CINÉMA

Xavier Beauvois VS Mad Max : Des Geeks et des Dieux

« Qu’est ce que c’est mauvais Mad Max : Fury Road, très mauvais ». C’est avec ces mots que Xavier Beauvois a mis un coup de pied dans la fourmilière geek, le 13 mai dernier. La réaction de ces derniers ne s’est pas fait attendre. Pourquoi revenir sur cet accrochage anecdotique ? Il s’avère que cette conversation, houleuse, symbolise à elle seule une opposition idéologique dans la manière de concevoir le Cinéma en France.

Technique VS Création

Pour comprendre en quoi deux points de vues s’affrontent, il faut revenir sur les déclarations précédentes de Xavier Beauvois. Il a affirmé il y a quelques années : « La technique au cinéma s’apprend en vingt minutes ». Le réalisateur sous-entend ici que la technique (comment fonctionne une caméra, le son, le mixage, l’éclairage…), au fond, n’est pas très importante ou, en tout cas, n’a qu’un impact mineur sur le processus créatif de la réalisation.

Il enfoncera le clou en disant : « La technique, c’est le boulot des techniciens. Pas celui du réalisateur ». Donc technique et réalisation seraient indépendantes l’une de l’autre. Or pour le camp adverse il semblerait, qu’au contraire cela fasse partie intégrante de la création. En effet, si des réalisateurs comme Peter Jackson, Stanley Kubrick, ou David Fincher sont capables de créer des images dont la puissance est instantanée, c’est justement parce qu’ils connaissent à la perfection le fonctionnement du matériel. Artistiquement, l’utilisation du relief pour Avatar est incontestablement reconnue. Cela est certainement dû au fait que les prototypes des caméras 3D ont été fabriqués par le réalisateur lui-même, James Cameron. En sachant comment ces caméras fonctionnent techniquement, il sait ce qu’il est possible ou non de faire, et jusqu’où il peut aller. La frontière entre réalisation et technique ne semble donc pas si évidente.

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Jeffrey Katzenberg, James Cameron et Steven Spielberg s’intéressant à la technique : de quoi se mêlent-ils ?  D.R.

Réalisateurs divins VS Artisans

Mais alors, si ce n’est pas la technique, qu’est-ce qui relève du domaine du réalisateur ? Prenons comme exemple la direction d’acteur et la « sensibilité  ». A ce propos, Xavier Beauvois a sa petite idée : « La direction d’acteur, ça s’apprend pas. La sensibilité non plus ». C’est ici que la pensée élitiste, aristocratique diront certains, intervient. Si cela ne s’apprend pas, c’est parce qu’elle est innée. Il y a donc les réalisateurs touchés par la grâce de Dieu (des artistes donc) et les autres (de vulgaires artisans).

La revanche du geek : capture d’écran du détournement de la page Wikipédia de Xavier Beauvois, avant qu’elle ne soit rétablie

Cette opposition entre les réalisateurs légitimes et les autres hiérarchise par la même occasion ceux qui sont considérés comme bons ou mauvais. Sans beaucoup extrapoler, ceux du premier groupe seraient ceux dits sérieux, ceux qui donnent des « films d’art », qui font le tour des festivals. En face il y aurait les œuvres plus commerciales, « excitées et bruyantes » (pour reprendre l’expression du journaliste Rafik Djoumi).

Voilà que se dessine l’interminable séparation entre films d’auteur (Des Hommes et des Dieux, Grand prix du jury à Cannes) et culture populaire (Mad Max : Fury Road sélectionné à Cannes… hors compétition). Comme s’ils s’excluaient réciproquement. Autrement dit, il y a les films de l’Elite et ceux du Peuple. Voilà que se retrouve en creux, une resucée de la lutte des classes.

 

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