Voyage dans la littérature mondiale : une plongée au cœur du festival Étonnants Voyageurs

Du 14 au 16 mai se tenait, dans la jolie ville maritime de Saint-Malo, la vingt-septième édition du festival littéraire Étonnants Voyageurs. Ce festival, fondé en 1990 par Michel Le Bris, souhaite promouvoir une littérature ouverte sur le monde. Au programme, des rencontres avec des auteurs de tous pays et de toutes origines, des conférences, des expositions et des projections de films.

Cette année, le festival faisait la part belle à l’Orient en accueillant des écrivains venus du Maghreb, du Moyen-Orient, de Turquie. C’est le cas d’Hakan Günday, jeune écrivain turc et lauréat du prix Médicis étranger 2015 pour son roman Encore dans lequel il raconte l’histoire d’un enfant dont le père est passeur de clandestins. Dans ses romans, l’auteur évoque régulièrement les relations entre l’Orient et l’Occident. Il était présent à Saint-Malo pour présenter son dernier roman, Topaz, publié en 2016 aux éditions Galaade, où il invite les lecteurs à Antalya, à la découverte des magasins de cuirs, de bijoux et de tapis. Dans ce monde d’apparat, le lecteur fait la connaissance de Kozan, vendeur de bijoux, mais également de mensonges. À travers ce nouveau roman, l’auteur délivre une critique sociale et économique du tourisme de masse. Lors de sa conférence, Hakan Günday présente son pays comme une terre tiraillée entre son identité orientale et son identité occidentale. Selon lui, en tentant de choisir entre l’une de ses identités, la Turquie rejette l’autre et se fait donc la guerre à elle-même. L’auteur appelle les pays et les hommes qui les composent à accepter leurs identités multiples, à faire la paix avec eux-mêmes. Parmi les écrivains originaires d’Orient, étaient présents également Nedim Gürsel, Ece Temelkuran ou encore Ahmet Insel.

Penser le religieux

Les questions religieuses n’ont de cesse de diviser le monde. Pour cette nouvelle édition, le Festival Étonnants Voyageurs a consacré toute une thématique aux religieux, intitulée « Et Dieu, dans tout ça ? ». À l’origine de cette décision, la polémique autour de l’écrivain algérien Kamel Daoud et la publication de son article sur le rapport des musulmans à la sexualité, à la suite des agressions survenues à Cologne la nuit du Nouvel An. L’objectif, éduquer les visiteurs du festival sur les problématiques liées à la religion, et principalement à l’islam, actuellement sous le feu des projecteurs. Pour en parler, divers penseurs, écrivains et philosophes comme Abdennour Bidar, auteur de la Lettre ouverte au monde musulman en 2015 et, récemment, du livre Les Passeurs, dans lequel il rend hommage aux personnes qui tentent, chaque jour, de réparer les fractures sociales, religieuses et économiques entre les hommes. Nous pouvons citer aussi la présence de Boualem Sansal, Gérard Mordillat, Atiq Rahimi ou encore Henry Corbin pour traiter de cette thématique.

Dans le monde, des femmes

Cette année, le festival Étonnants Voyageurs a fait venir des écrivaines et des cinéastes du Maghreb et du Moyen-Orient qui luttent pour être écoutées dans leur pays. Dans cette nouvelle édition, le festival leur donne la parole. Parmi les femmes présentes à Saint-Malo, la Tunisienne Fawzia Zouarie, auteure du roman Le Corps de ma mère, l’Iranienne Roja Chamankar pour Je ressemble à une chambre noire ou encore l’Algérienne Malika Boussouf, auteure du livre Musulmanes et laïques en révolte publié en 2014, qui parle sans tabou de cette « guerre universelle faite aux femmes et à leur corps » dans le monde. Le festival est l’occasion d’une découverte de ces voix féminines occultées, voire même souvent censurées. À propos de voix, il est également question de musique et de cinéma avec la venue d’Ajat Najafi pour son film documentaire No Land’s Song sorti en salle en mars 2016, dans lequel elle expose les difficultés rencontrées par les femmes pour chanter en Iran.

Un festival éclectique

À Étonnants Voyageurs, aucun genre littéraire n’est délaissé. En effet, même si le roman est l’essai sont particulièrement représentés, le festival offre également une place de choix à la science fiction, au polar, à la poésie, à la littérature jeunesse et à la bande dessinée. De fait, la BD est un genre emblématique pour la ville de Saint-Malo, qui accueille chaque année le « Quai des bulles », festival spécialisé. En témoigne le nombre de maisons d’éditions et de librairies spécialisées dans la bande dessinée présentes au Salon du Livre lors du week-end. De plus, certaines planches de bandes dessinées comme Que la bête fleurisse de Donatien Mary, Un certain Cervantès de Christian Lax ou l’ouvrage collectif La Petite bédéthèque des savoirs édité par Le Lombard, étaient exposées au Palais du Grand Large pendant le festival, soulignant ainsi l’hybridité du genre de la bande dessinée, entre art et littérature. Pour ce qui est de la science fiction, un genre encore peu reconnu, il s’agissait, pour le festival, de mettre en lumière les auteurs de science fiction actuels, qui proposent également leur point de vue sur le monde. D’ailleurs, la remise du Grand Prix de l’Imaginaire était organisée le dimanche dans la Maison de l’Imaginaire à Saint-Malo. Dans la catégorie francophone, c’est Laurent Genefort qui a remporté le prix pour son roman Lu’men publié par Le Bélial’ en 2015.

Avec cette nouvelle édition, Étonnants Voyageurs s’impose définitivement comme un festival ouvert et représentatif de la littérature quelque soit son origine ou son genre. Comme le résume Michel Le Bris dans l’éditorial qui ouvre le catalogue du festival, « Le monde qui vient sera dit, sera pensé, ou sera subi ». Il rappelle ainsi, s’il le fallait encore, le rôle indispensable qu’a à jouer la littérature dans nos sociétés actuelles.

Amélie Lequeux

Je suis Finistérienne, étudiante en master de littérature comparée et animatrice radio à Rennes. J'écris pour la rubrique littérature de Maze Magazine et participe ponctuellement à Maze Radio - Rennes.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés