Rencontre avec General Elektriks – “Ma musique m’arrive autant que je la fais arriver”

Artiste singulier, discret, qui vous a à coup sûr déjà fait danser un jour ou l’autre, Hervé Salters a.k.a General Elektriks “trace sa route” depuis 2003 avec ce projet solo, où il réalise tout tout seul de A à Z. Il est revenu en janvier dernier avec To Be A Stranger, son quatrième album. Nous l’avons rencontré pour parler entre autres de ce disque, de sa vision de la musique, ou encore de Berlin.

Tu reviens avec cet album To Be A Stranger, cinq ans après Parker Street. T’étais passé où pendant tout ce temps ?

(rires) Et bien j’ai déménagé, déjà ! J’habitais à San Francisco et j’ai déménagé il y a trois ans et demi à Berlin. Il y a eu une grosse tournée après Parker Street, pendant un an de l’automne 2011 à l’automne 2012. J’étais assez fatigué après cette tournée puisqu’on l’avait quasiment enchainée avec celle de Good City For Dreamers, l’album précédent. Personnellement cela m’a fait beaucoup de bien de prendre un break par rapport à ce projet et puis de ne plus de penser à General Elektriks pendant un petit moment, en laissant le projet vivre à sa manière grâce aux gens qui l’écoutent, et plus que grâce à moi. J’ai fait d’autres choses musicalement, des musiques de séries et de films, des collaborations diverses, etc.

Et puis j’étais en ermite dans mon nouveau studio à Berlin, jusqu’à ce que l’envie de refaire du GE revienne, ce qui est quelque chose d’assez important pour moi. L’idée qu’il faut avoir envie de faire de la musique quand on fait de la musique, c’est pour ça que j’en fais : c’est par passion, et c’est pas par devoir. J’aime pas le principe de « tu finis ta tournée, tu sors un nouveau disque », pendant ce temps personne ne me demande si je m’éclate ! Les gens t’attendent, et c’est super, c’est le bon genre de problème, mais pour moi General Elektriks il faut que ça reste fun, qu’il y ait cette petite étincelle qui à la base me vient sans que je la dirige.

J’ai attendu que ça revienne, et c’est revenu, il y a à peu près deux ans, et là j’étais ravi d’y retourner. Je me suis donné le temps de faire ça tranquillement et ça a donné To Be A Stranger.

Qu’est-ce que ça a changé de faire ce dernier album à Berlin ?

Du point de vue du processus d’enregistrement, absolument rien. Je continue à faire les disques de ce projet toujours de la même manière, c’est-à-dire tout seul dans mon studio. Je pourrais faire des disques au Groenland ou en Afrique du Sud, ça ne changerait pas grand chose sur ma manière de faire !

Par contre ça change beaucoup de choses du point de vue de là où se nourrit la muse. D’un point de vue musical, je ne peux pas dire que c’est une ville qui a un impact fort sur ce que je fais, ou en tous cas j’ai pas l’impression. J’ai pas déménagé à Berlin parce que je suis fan de techno minimaliste (rires), c’est pas trop le genre de choses que j’écoute. Contrairement à San Francisco qui en plus d’être un choix de vie correspondait à un choix musical.

Par contre c’est une ville qui induit quelque chose de radical artistiquement, c’est partout autour de toi, ne serait-ce que les grafittis dans la rue, ce que tu peux entendre sortir des autoradios, ou ce qu’il se passe dans les théâtres. Et puis ici on est moins dans le commerce de l’art que dans la production de l’art telle que les gens ont envie de la faire, et c’est très motivant. Si Berlin a eu une influence sur moi, c’est sur ce plan là : me rassurer dans l’idée qu’il faut que je continue à tracer ma route à ma manière.

Qu’est-ce que tu as voulu mettre dans cet album, et que t’inspires le résultat ?

En fait j’ai pas voulu y mettre quelque chose de particulier au début, j’attaque les disques sans préconception ! Je suis pas vraiment un théoricien, je suis plutôt un empiriste, j’essaye des choses. Et puis au fur et à mesure je me retrouve avec plusieurs morceaux qui semblent aller dans une certaine direction, d’autres non, qui vont un petit peu ailleurs. Ceux là je les mets un petit peu de côté. Et ceux qui semblent donner un ensemble un petit peu cohérent, c’est eux qui deviennent le disque. Le disque m’arrive autant que je le fais arriver, j’aime bien cette idée là.

Une fois que j’ai choisi le noyau dur, il y a une volonté qui se créée, et c’est là que j’ai réalisé qu’il y avait pas mal de chansons qui parlaient du fait d’être un étranger, d’être déraciné. Ce qui est mon cas depuis 1999, puisque je suis Parisien à la base.

Tu travailles tout seul tu le disais. D’où ça te vient cette envie de composer seule, avec des claviers et des machines, plutôt qu’avec un groupe ?

À la base, je suis claviériste, et je faisais parti de groupes, je collaborais à différents projets. L’idée du projet solo où j’allais m’enfermer dans une cave avec mes claviers, c’est presque plus l’accident. La règle pour moi c’est plus de collaborer avec des gens. Mais j’ai eu une assez mauvaise expérience en major, avec Universal, dans les années 90 avec mon groupe de l’époque, et je suis sorti de là en me disant « ok, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je vais faire si je ne peux pas faire la musique que j’aime ? ». Et il me fallait de l’indépendance financière pour avoir de l’indépendance musicale, ne pas avoir besoin de l’argent de quelqu’un d’autre pour faire tes disques.

“On m’aurait dit il y a quinze ans que j’allais faire un projet solo, je n’y aurais pas cru.”

J’ai lu à l’époque une interview des Dust Brothers, qui ont produit l’album Odelay de Beck, qui est un album qui a beaucoup compté pour moi. Ils racontaient comment ils avaient enregistré l’album avec deux platines, un micro, et Beck qui venait poser sa guitare sur tout ça. J’y ai vu la solution pour l’indépendance : acheter un ordinateur, un micro pourri, et expérimenter dans ma cave. C’est comme ça qu’est né General Elektriks. On m’aurait dit il y a quinze ans que j’allais faire un projet solo, je n’y aurais pas cru.

Ce côté funk, groove dans ta musique est assez singulier. Aujourd’hui on a l’impression que ce sont des styles qui reviennent beaucoup sur le devant de la scène. C’est ce que tu peux constater toi aussi ?

Tout dépend de quoi on parle. Si on parle de l’ordre établi musical, du mainstream, du funk il n’y en a toujours pas beaucoup ! C’est un genre assez confidentiel. Mais si dans les groupes amateurs, dans les scènes locales ça revient, ben c’est super ! Je refuse d’imaginer le funk comme un vieux truc traditionnel, même si c’est né il y a longtemps. C’est un genre qui est toujours très vivant.

Tu as eu des collaborations par le passé, avec quels artistes tu aimerais aujourd’hui mener des projets ?

Je viens de coréaliser le dernier album d’une chanteuse brésilienne, Céu, qui va bientôt sortir. Il y a des utopies, j’adorerais croiser Stevie Wonder  mais ça n’arrivera jamais je ne me fais pas trop d’illusions (rires). Mais il faut continuer à rêver !

Crédit : Lionel FRAIX
Crédit : Lionel FRAIX

Tu as posté dernièrement des petites vidéos sur Facebook notamment, des petites jams que tu fais tout seul. Qu’est-ce que tu trouves dans cette nouvelle manière de partager ta musique ?

Quand tu es sur les réseaux sociaux tu peux pas charger trop les gens avec de l’information. Généralement ils ont plutôt envie de quelque chose d’un peu rigolo, court, pour pouvoir partager avec les potes. Et ça peut être un vrai trampoline à l’inspiration. Ça permet aux gens de rentrer dans mon univers aussi, de découvrir le studio.

Est-ce que tu as déjà d’autres projets après cette nouvelle tournée ?

J’ai déjà de nouveaux morceaux pour General Elektriks, je suis sur une lancée, donc il se peut que le prochain album arrive plus vite ! Mais c’est très difficile pour moi de prévoir. Je n’ai pas d’autres collaborations en cours pour le moment à part le projet General Elektriks. J’ai eu quelques propositions dernièrement, que j’ai refusé, tout simplement parce que j’ai envie de me laisser savourer le fait de repartir sur la route avec GE, donner suite à cette envie d’en faire, même dans la cave.

General Elektriks en concert prochainement :

Le 25 mai à Angers, le 26 mai à Angoulême, le 27 mai à Biarritz, le 31 mai à Arras, et dans les festivals Solidays, Au Foin de la rue, Terres du son, Festival du Roi Arthur…

Informations sur www.general-elektriks.com

Kevin Dufreche

A l'écrit, et en podcast : Musique en bref !

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