CINÉMAFestival de Cannes

Du rire aux larmes – One week a day de Asaph Polonsky

À la fin de Shiv’ah – les 7 jours de deuil dans la tradition juive-, Vicky et Eyal, endeuillés de leur jeune fils unique, se voient forcés de reprendre le cours de leur existence. Asaph Polonsky filme le jour qui suit cette période ainsi que la manière dont chacun tente de surmonter cette épreuve. Sans jamais sombrer dans le pathos, il déploie au contraire une palette d’émotions intenses, suscitant le rire comme les larmes. 

Avec son premier film, A. Polonsky, parvient à évoquer avec justesse une question épineuse et déjà très connotée. Il réussit avec une grande subtilité à étayer son film d’une multiplicité de tons tout en conservant une trame principale simple mais riche de petits épisodes et de scènes incroyables.

Surprenant, le film commence par une pancarte expliquant le principe de la cérémonie de Shiv’ah, pourtant la première scène que l’on découvre est celle d’une partie de ping-pong entre Eyal et des enfants. Ainsi, la première émotion que suscite One week and a day est le rire. D’emblée le thème du jeu apparaît et il se poursuivra tout au long du film, donnant lieu des scènes d’une immense tendresse, pleine de subtilité et surtout amusantes. Asaph Polonsky semble parvenir à réinventer le film sur le deuil tant il évite toujours de tomber dans le pathos, on ignore par exemple la mort du fils, jamais la question (si peu originale) du “traumatisme” n’est abordée trop évidemment. A. Polonsky offre à chaque fois un sentiment nouveau, il confère à chaque scène une émotion propre ; qu’il s’agisse d’une scène de air guitar (filmé en un très long plan), de “roulage de joint”, de mime à l’hôpital… De plus, chacune d’elles est portée par un trio d’acteurs géniaux, dont les personnages se révèlent être tous attachants et complexes. En effet, Asaph Polonsky ne fait pas dans l’unilateralité mais nourrit chacun des éléments de son film de dimensions et de facettes diverses. Grâce à ces personnages, le spectateur peut admirer les sous-entendus et jeu de regards qui parsèment le film et peut avoir l’impression de voir naître une réelle complicité avec ceux-ci. De cette sensation-là vient l’émotion, le rire ou les larmes.

La mise en scène participe également de cette émotion. Que Polonsky filme en plans longs ou en plans fixes, tout les composants du cadre sont maîtrisés impeccablement mais toujours avec chaleur et générosité. La lumière et la gestion de l’espace mettent en valeurs des visages et des corps d’une beauté touchante et saisissent les gestes dans leur plus grande simplicité, avec délicatesse.

Premier film tout à fait abouti et d’une justesse incroyable, ce film m’a bouleversée, par sa sensibilité, subtilité, justesse… Commençant par un jeu et s’achevant par un sourire, One week and a day donne à voir le deuil non pas comme un trauma mais comme une épreuve collective à la fois terrible et douce.

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