SOCIÉTÉ

« Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. »

Sa loi sur le mariage pour tous aura provoqué applaudissements d’un côté et controverses de l’autre, et son désaccord sur la déchéance de nationalité, finalement abandonnée, l’aura poussé à quitter le gouvernement. Christiane Taubira est une figure incontournable de la gauche française, qui nous a délecté de ses talents d’oratrice engagée lors d’une conférence à Montréal, dont le thème était… l’avenir de la gauche, justement. Retour sur un parcours chahuté et passionné, et sur sa vision du futur de la gauche. 

« Le mariage civil porte l’empreinte de l’égalité. Il s’agit d’une véritable conquête fondatrice de la République, dans un mouvement général de laïcisation de la société. […] Nous disons que le mariage ouvert aux couples de même sexe illustre bien la devise de la République. Il illustre la liberté de se choisir, la liberté de décider de vivre ensemble. » Cet extrait du discours prononcé devant les députés lors de l’ouverture des débats sur le mariage pour tous le 29 janvier 2013, donne le ton de l’ancienne garde des Sceaux, à savoir engagé. Une implication politique qui a débuté plus tôt, en 1978, alors qu’elle s’engage en tant que militante indépendantiste aux côtés de son mari de l’époque, Roland Delannon. Par la suite, elle prend part au Mouvement Guyanais de Décolonisation, et participe même aux émeutes de Cayenne, sa ville d’origine. Ces évènements vont l’obliger à vivre dans la clandestinité, et son mari sera même emprisonné.

Un passé qui aura participé à la construction de cette femme passionnée de littérature, qui possède une maîtrise de la langue française saluée plus d’une fois dans la sphère politique. Mais au-delà des mots, c’est l’engagement qui symbolise l’ancienne garde des Sceaux, qui avait déjà une loi à son actif votée en 2001, qui reconnaît l’esclavage et la traite comme crimes contre l’humanité.

C’est quelques onze années plus tard qu’elle est nommée au poste de ministre de la Justice, et qu’elle se fait d’ailleurs assez rapidement remarquer par ses positions fermes, n’hésitant pas à aller contre la politique de Manuel Valls sur la question des Roms, puis avec cette loi évoquée plus tôt qui ouvre le mariage aux personnes de même sexe, et enfin avec la réforme de politique pénale.

La gauche, quel avenir ?

Mais le mercredi 27 janvier, tout bascule, et les médias en font leurs unes : Christiane Taubira démissionne du gouvernement « sur un désaccord politique majeur ». Ce désaccord concerne alors la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité, contre laquelle elle s’était déjà publiquement opposée à de nombreuses reprises. Toutes les chaînes de télévision diffusent cette image d’elle en boucle, quittant son ancien ministère à vélo. Elle publiera le matin même sur Twitter : « Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l’éthique et au droit. » Cet évènement fut parfois salué, que ce soit par des preuves de soutien face à ce que Cécile Duflot considère comme « un acte de courage et de conviction  », ou par de la joie et du champagne du côté de la droite. Esther Benbassa, sénatrice EELV, pose alors la question : et si Christiane Taubira était la dernière figure de gauche du gouvernement ?

Invitée à l’Université de Montréal pour se prononcer sur l’avenir de la gauche, Christiane Taubira en a rappelé l’histoire et les valeurs fondatrices. Elle a également souligné « qu’à chaque fois que la gauche s’en est éloignée, elle s’est affaiblit […] et en ce moment, la gauche capitule face aux forces conservatrices. » Que faire alors dans cette situation qu’elle dépeint ? Pour l’ancienne ministre, la solution réside dans le débat, dans la résistance, et surtout, dans les mains de la jeunesse. À ce sujet, il est dommage qu’elle n’ait apporté lors de cette conférence qu’une réponse très partielle au sujet de l’avenir de la gauche française.

En attendant, son rêve de construire une bibliothèque dans sa région natale, avec un toit vitré pour pouvoir admirer les étoiles, nous montre peut être, à nous la jeunesse, que nos rêves ne sont pas impossibles, et qu’il est de notre droit, et même de notre devoir, de tout mettre en œuvre pour les réaliser.

Auteur·rice

Amoureuse de photographie, curieuse, passionnée par l'infinité du monde de l'art et aussi très intriguée par la complexité du monde politique.

You may also like

More in SOCIÉTÉ