CINÉMAFestival de Cannes

Mention TB : tromper et berner – Baccalauréat de Cristian Mungiu

Après le succès, il y a six ans, de 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme d’or de la 60ème édition) Cristian Mungiu présente cette année Baccalauréat en compétition officielle. Après la claque de son précédent film, abordant la question de l’avortement illégal en Roumanie, Baccalauréat semble lui aussi faire une sorte d’état des lieux de ce pays de l’Europe de l’Est pris entre corruption, manipulation et jeu d’influence.

Le film raconte l’histoire d’une famille, d’un père avant tout, prêt à tous les sacrifices pour assurer à sa jeune fille, Eliza, de rentrer dans une prestigieuse école d’Angleterre. Pour cela, elle doit obtenir la plus haute note au baccalauréat, mais elle subit une agression qui va bouleverser ce projet ainsi que les principes moraux de cette famille dite “correcte”. En effet, Mungiu met en scène le dilemme face auquel se trouve Roméo, père de famille soucieux de l’avenir de sa fille, qui sacrifie ses valeurs et plonge tout entier dans le système corrompu de son pays. Le film repose donc sur la révélation de cet état de la Roumanie où il relève de la norme de monnayer son influence et ses services. Au milieu des policiers, médecins et correcteurs du bac corrompus, la famille d’Eliza est donc anormalement correcte et subit la pression psychologique, la violence physique qui régit la société roumaine. Finalement assez moral et psychologique, Mungiu parvient bien à mettre en lien les questions qu’il aborde avec sa mise en scène. D’abord par le choix de réaliser des plans longs et parfois des plans séquences. Lors des scènes de dialogues (d’ailleurs très bien écrits, tous très justes) il parvient à faire sentir la tension existante entre les personnages et invite le spectateur à lire entre les lignes, à comprendre les sous-entendus subtils que chacun glisse pour corrompre autrui. Lorsqu’il s’agit de plan sur Roméo, le silence et la longueur des plans laissent voir au spectateur les doutes traverser l’écran et à mesure que les secondes s’écoulent le personnage semble se décomposer sous nos yeux.

Bien qu’il aborde des thèmes moraux évidents, Mungiu reste subtil et humble vis-à-vis de son sujet, et de manière générale vis-à-vis de son film. D’une part, il ne cherche pas à réaliser des prouesses techniques, malgré la longueur de ses plans, mais il fait preuve d’une grande maîtrise ; d’autre part, son intention n’est pas de donner une leçon à son pays ; en cela la film est d’ailleurs peu optimiste… Il suffit de constater l’amertume des parents, revenus après 1991, avec l’espoir de changer les choses, sans y parvenir. Mungiu semble donc révéler la permanence d’une Roumanie figée dans ce cercle infernal de corruption qui gagne même les gens les plus honnêtes.

Intelligent, bien construit, écrit et réalisé, Baccalauréat part de quelque chose d’aussi anodin que l’obtention du baccalauréat pour se transformer en une sorte de chronique, peut-être plus morale que sociale, sur la Roumanie d’aujourd’hui. Si Baccalauréat n’est pas aussi frappant que l’avait été 4 mois, 3 semaines et 2 jours, il reste un film abouti sur de nombreux points.

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