SOCIÉTÉ

Tu seras prostituée ma fille

Entrainés dans le tourbillon de modernité du XXIème siècle, à l’heure où les scientifiques cherchent un moyen de substituer le robot à l’homme dans de nombreux secteurs d’activités, nous avons aujourd’hui du mal à imaginer que pour d’autres sociétés à la même heure, l’enfant n’est rien de plus qu’une force de travail, une aide économique. En 2013, l’Organisation Internationale du Travail recensait 168 millions d’enfants au travail dans le monde, dont plus de 85 millions exerçant une activité dangereuse. Et si ce genre d’activité professionnelle a pratiquement disparu de nos mentalités, elle prend des formes terrifiantes dans certaines sociétés où l’enfant n’est seulement considéré comme un instrument. 

L’éducation une arme contre le travail des enfants

La prise de conscience concernant le travail des enfants se produit en grande partie lors de la Révolution industrielle des pays les plus avancés en Europe et en Amérique du Nord. Quelques intellectuels du XIXème siècle se placent en faveur d’une réglementation du travail des enfants et Le Manifeste du parti communiste d’Engels et Marx en 1848 est le premier à prôner son interdiction, clairement perçu comme une exploitation des classes ouvrières. La loi du 21 mars 1841 constitue en France un premier pas vers la législation puisqu’elle condamne le travail des enfants de moins de huit ans et interdit le travail de nuit pour ceux qui ont moins de treize ans. La véritable bascule est permise grâce à la mise en place d’une Education obligatoire de six à treize ans, gratuite et laïque par Jules Ferry grâce aux lois de 1880 et 1881. Le travail des enfants, jusqu’alors perçu comme une véritable aide économique pour le foyer, devient de moins en moins accepté, et les allocations familiales versées pour les enfants les plus assidus à l’école terminent de convaincre les familles d’envoyer leurs enfants à l’école plutôt que dans les champs ou à la mine.

Reuters

Pakistan ©Reuters

Une activité difficile à quantifier

Si le travail des enfants a quasiment disparu dans les pays les plus développés, il reste encore très présent dans de nombreux États, parfois peu ou pas réglementé, notamment dans des secteurs tels que l’agriculture ou l’industrie. Au Mexique ou au Brésil, 25 % de la main d’œuvre exploitée sur les grandes plantations sont des enfants de moins de 15 ans. Chiffrer le travail des enfants s’avère être une tâche complexe, tout d’abord à cause de la définition de cette activité elle-même, mais également  à cause de la limite floue entre le travail des enfants légal et celui qui ne l’est pas. En effet, de nombreux enfants sont forcés à travailler, enrôlés de force ou sous la menace, nombreux sont les enfants qui n’ont pas leur mot à dire et doivent subir des violences quotidiennes physiques ou mentales liées à l’activité professionnelle qu’ils sont forcés d’exercer. Proche de l’esclavage, cette pratique est courante dans des pays tels que le Népal, avec le kamaiya, système qui permet aux parents de placer leurs enfants dès leur plus jeune âge dans des usines en échange de prêts ou simplement pour rembourser des dettes. Le travail des enfants prend également d’autres formes monstrueuses avec la prostitution et les enfants soldats. L’Inde est, selon l’UNICEF, le pays le plus touché par la prostitution enfantine et il n’est pas rare, notamment dans les régions les moins développées, que les parents prostituent leur fille pour pouvoir rembourser les dettes qu’ils ont contractées.

Les enfants comme outils de guerre

En 2014, l’ONU recense environ 250 000 enfants soldats à travers le monde, principalement concentrés en Afrique. Embrigadés par des groupes armés rebelles ou terroristes, ils sont parfois enrôlés par l’armée ou la police nationale d’un pays. Ces enfants soldats ne sont pas seulement soldats à proprement parler mais peuvent remplir des missions d’espionnage, de déminage, servent parfois de kamikazes comme par exemple dans le groupe terroriste de Boko Haram en Afrique. En effet, une des stratégies militaires du groupe consiste à enlever des jeunes filles, les forcer à suivre une « formation » pour qu’elles puissent servir les intérêts du groupe, par leur agilité, leur facilité à se glisser partout grâce à leur petite taille. En 2015 une fillette de 7 ans s’était faite exploser sur un marché au Nigeria et plus de 500 femmes et jeunes filles ont été kidnappées depuis la création de mouvement terroriste. Car si on pense plus facilement aux garçons lorsqu’on parle d’enfant soldat, les filles sont aussi fortement enrôlées, notamment pour servir d’esclaves sexuelles aux soldats.

Bylakuppe, Inde 2001.

©McCurry

Le travail des enfants est une activité difficile à contrôler qu’une simple législation n’arrête malheureusement pas. Aujourd’hui cinquante-huit États ont signé les Principes de Paris en 2007 qui interdisent le port d’armes aux enfants de moins de 18 ans lors de conflits armés. On a également fait du 12 juin une journée mondiale contre le travail des enfants en appelant massivement les pays à faciliter l’accès à l’éducation et son obligation pour les enfants.

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