LITTÉRATURE

Rencontre avec Sacha Sperling, l’écrivain qui peignait les jeunesses comme personne

Le jeune Sacha Sperling (Yacha Kuris, de son vrai nom) avait fait parler de lui en 2009, à la sortie de son premier ouvrage Mes illusions donnent sur la Cour. Trois romans plus tard, il revient sur le devant de la scène avec un nouveau livre, Histoire de petite fille, paru en mars dernier. À seulement 25 ans, cet auteur écrit beaucoup sur l’adolescence et la vie en générale, avec un style bref et recherché qui, par certains cotés rappelle Françoise Sagan. Maze l’a rencontré pour avoir sa vision de la vie et de la littérature.

Comment en êtes-vous venu à écrire ?

Je crois que j’ai assez tôt su que je voulais faire  ça. L’ envie est venue très tôt. Et puis ça a commencé concrètement à se réaliser à 15-16 ans. C’est l’âge où j’ai laissé les premières traces archéologiques, si l’on peut dire,  de mon premier roman. (rires) Mais en fait, dès le début, ça me paraissait très évident : l’envie existe depuis toujours chez moi.

Comment avez-vous vécu le succès de votre premier livre ?

C’était formidable, c’est arrivé quand j’avais 19 ans. C’est génial de voir qu’il y a des lecteurs, des journalistes qui ont une appétence pour ce que l’on fait. Après j’ai pu commencer à vivre de ma plume. Je ne pensais pas avoir ce luxe là aussi tôt.

Quelles sont vos inspirations  ?

J’ai beaucoup lu les américains, notamment la « beat generation » : Fitzgerald, Hemingway, Kerouac, Stephen King… Le roman américain m’a beaucoup influencé.  Ils savent très bien ficeler leurs histoires. Après, je me suis beaucoup inspiré de ma vie à moi, et puis je trouve l’inspiration partout : dans la rue, dans les journaux…

Vos héros sont toujours des adolescents. Quelle est votre vision de la jeunesse ?

On dit souvent des bêtises sur ce genre de question, mais si je devais y répondre… Je vois surtout une  génération que je trouve souvent un peu éreintée, à tort, sans doute. Une génération sans émeu, qui vit sans même chercher à comprendre ; j’entends beaucoup de gens qui parlent de génération très narcissique, de génération selfie, où chacun se raconte. Mais que chacun ait envie de se raconter, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Je suis  contre ces trucs un peu réactionnaires, ces gens qui disent « quelle génération bizarre ». Selon moi c’est une génération intéressante puisque j’en parle dans mes livres.

Lors d’une interview accordée à Marie-Claire, pour la sortie de Mes illusions donnent sur la cour, vous avez dit « ne pas accepter la réalité, c’est peut-être ça, être écrivain. » Trois livres après, est-ce toujours votre définition du métier d’écrivain ?

Alors, c’était il y a longtemps ! lI  y a beaucoup de jeunesses différentes, et il y a beaucoup de raisons qui font qu’on écrit. Autant, il y a des livres nécessaires, des livres que l’on écrit de manière intime et profonde pour exorciser quelque chose, autant il y en a d’autres plus légers. Je suis toujours d’accord avec ce que j’ai dit : c’est un refuge, l’écriture. Après je suis moins radical aujourd’hui. Je pense que l’on peut concilier une vie ordinaire et écrire, à certains moments.  On peut vivre une vie normale et s’échapper pendant quatre heures par jour. 

Vous avez une prédilection pour certains thèmes : l’adolescence,  les États-Unis, la liberté…  Pourquoi ces thèmes ?

Parce que pour l’instant, la jeunesse, l’adolescence, c’est une période qui m’inspire, qui a une énergie particulière. Il y a un doute, quelque chose de fragile à cet âge, que j’aime écrire. Bien sûr, je ne vais pas écrire toute ma vie sur l’adolescence, mais avec Histoire de petite fille, mon nouveau roman, je suis resté sur ce thème là. Il y a quelque chose qui me plaît : l’incertitude,  la recherche de soi, l’excès. C’est une période riche d’un point de vue romanesque, peut-être plus que du point de vue de la vie réelle. C’est un bon sujet (rires).

Avec Sacha Winter, on avait l’impression d’avoir à faire à de l’autofiction, voire même parfois à de l’autobiographie. Diriez-vous que vos livres ont toujours un rapport, de près ou de loin, avec votre propre vie ?

Alors pour mon dernier livre Histoire de petite fille, je sors complètement de l’autofiction pour raconter le parcours sinueux et dangereux d’une jeune lycéenne de 15 ans qui vole l’identité d’une de ses amies (parce qu’elle est mineure) pour devenir une actrice X à Los Angeles. Ça n’avait rien à voir, de près ou de loin, avec ma vie. C’était un challenge, un plaisir nouveau. L’autofiction est un plaisir, bien sûr. J’en ai beaucoup fait. J’y reviendrai sans doute.

Vous avez fait des recherches pour ce livre ? 

Oui bien sûr ! Je suis parti un peu aux USA, en France aussi,. J’ai fait des interviews, j’ai collecté des instants de vie. Je me suis un peu rapproché du style journalistique par certains aspects. Il ne faut pas dire n’importe quoi. Je voulais parler de la réalité, je ne pouvais pas me mettre à la place de mon héroïne, donc j’avais besoin de témoignages. Il fallait que je parle à ces gens là. C’était très fort.

Vous avez réussi à créer un style bien à vous : vos phrases sont souvent brèves, saccadées. Lorsque vous écrivez, écrivez-vous d’une traite ou peaufinez-vous votre prose pendant de longues heures ?

Ça dépend. Lorsqu’on nous pose cette question, on a envie de répondre tout et son contraire. Il y a des chapitres qui viennent directement et d’autres non. Je dirais que j’écris d’une traite, puis  je passe à la relecture. La relecture est très importante. C’est une des étapes que je préfère, le moment où on a le plus de matière qu’il faut couper et assembler, un peu comme un collage parfois ! C’est un peu comme si on faisait le montage d’un film. C’est  très agréable, on a laissé un peu reposer la pâte et on assemble chaque petit bout ensemble.  J’écris en deux grands temps : le premier jet et ce moment de relecture.

Est-ce que vous vous inspirez d’autres œuvres artistiques ?  

Oui, quand on écrit un bouquin, que ce soit au moment de la  rédaction ou quand on est dans l’attente d’un sujet, on regarde tout ce qui nous entoure : on est comme une éponge énorme,  comme une antenne. Tout ce qu’on voit peut potentiellement entrer dans la machine : ça peut être tels articles de journaux, tels films, ce bouquin… Mais il n’y a pas d’œuvre en particulier. Je ne pourrais pas te dire « je suis inspiré par le travail de Cézanne ou Kubrick ». Après, j’ai des films comme ça, cultes. Mais on s’inspire de tout.  Surtout, j‘essaie de pas arrêter de me nourrir de choses nouvelles. J’utilise des œuvres différentes pour chaque livre. Pour Mes Illusions donnent sur la cour, mon premier roman, c’était un univers un peu rock’n roll, avec une ambiance assez eighties. Alors que pour Histoire de petite fille, c’est un univers complètement différent, c’est plutôt l’univers du hip hop, de Tarantino.

Auteur·rice

Grande voyageuse (en devenir). Passionnée par la littérature et les langues étrangères. Dévoreuse de chocolat. Amoureuse éperdue de la vie et de la bonne bouffe. "Don't let the seeds stop you from enjoying the watermelon"

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