CINÉMA

Festival Anima – Apologie de la beauté animée

Le festival Anima est un événement culturel bruxellois qui a connu sa 35ème édition en ce mois de février. Entièrement centré sur le cinéma d’animation, il permet de faire découvrir aux petits comme aux grands toute la grandeur de ce que peuvent être des courts et des longs métrages qui n’incluent pas d’acteurs réels. Comme à son habitude, le festival a été une grande réussite, et nous tenons à faire la part belle aux œuvres qui ont marqué cette semaine du 7ème art.

Du succès des grosses productions américaines…

Tous les univers se rencontrent à Anima. C’est toute la force de ce festival, il attire autant de bobos avides de cinéma indépendant que d’enfants venus se divertir avec leurs parents pour un après-midi. Plusieurs séances étaient consacrées aux enfants, et tout était fait pour qu’ils passent un bon moment. En effet, deux excellentes grosses productions d’animation Disney-Pixar ont fait salle comble et ont contenté le jeune public au-delà de ses espérances.

Il avait tout d’abord Le voyage d’Arlo, long-métrage intelligent qui inverse la relation habituelle qu’entretiennent les Hommes avec les animaux. Par des propos (très) simples, le scénariste John Walker a su faire réagir le jeune public à des thématiques jamais faciles à aborder à un si jeune âge, comme le respect de l’autre ou la recherche de soi. D’un point de vue plus général, le film suit les traces du classique Frère des ours en adoucissant tout de même certaines dures réalités pour ne pas heurter la sensibilité du spectateur.

Vient ensuite la surprise de cette rentrée 2016, Zootopie, véritable réussite à tous les niveaux. Il s’agit d’une sorte d’actualisation des fables de La Fontaine. Les protagonistes sont tous des animaux, mais avec des yeux d’adulte, on se rend très vite compte que les traits de caractère caricaturaux des bêtes ne sont qu’un prétexte pour dépeindre notre société. L’esthétique et les graphismes du film sont poussés à une perfection maximum. La ville de Zootopie fait certes rêver mais elle présente quelque chose de très réel, ce qui renforce le sentiment qu’il n’y a qu’un pas entre notre monde et celui du film.

… Au triomphe de nos films francophones.

Un des films les plus attendus de cette semaine était l’adaptation du jeu et du manga Dofus. Initialement destinés aux plus jeunes, l’entièreté du public présent était âgé de 18 à 30 ans et venait se remémorer ses longues nuits passées sur la plateforme du jeu Dofus. Bien sûr, l’oeuvre s’est heurtée aux craintes habituelles du public comme le fait de savoir si l’adaptation sera réussie ou non, si elle apportera une dimension nouvelle à l’univers ou non. Toutes ces peurs se sont évaporées après la séance et les spectateurs ont en grande majorité été conquis par ce qu’ils venaient de voir. Dofus Le film – Livre I : Julith est une simple histoire à cheval entre le roman d’initiation, le récit d’aventure et l’histoire fantastique. L’équilibre trouvé entre les inspirations graphiques japonaises et la patte du jeu qui a fait son succès, prouve que l’on peut faire du très bon boulot sans être un studio de renommée mondiale.

Remi Chayé, réalisateur de Tout en haut du monde a également pu se satisfaire du succès unanime remporté par son film. L’histoire tient en quelques mots : Sacha, jeune fille de l’aristocratie russe, se met en tête poursuivre les explorations de son grand-père adoré, qui visaient à trouver le Pôle Nord. S’ensuit un voyage éprouvant au cours duquel elle découvrira le monde dans toute sa splendeur et sa complexité. Ce qui touche particulièrement dans ce film, c’est la simplicité du trait. En effet, les personnages sont très peu travaillés, on ne distingue parfois pas de contours concrets, mais cette esthétique a toute sa place dans l’oeuvre. Le travail des couleurs et l’importance des plans larges nous font nous sentir tout petit face à l’immensité du monde et à la quête entreprise par les personnages du film.

La part belle aux courts-métrage 

Anima est un festival réputé pour son concours international de court-métrage. Cette année, les « best of shorts » comme on les appelle, étaient au nombre de six. Nous avons assisté à une grande partie des projections des films en compétition, pour le meilleur et parfois pour le pire.

On retiendra l’excellent My Dad de Marcus Armitage qui conte l’évolution de la vie d’un enfant dont le père prend part à des manifestations violentes et extrêmes à l’encontre des immigrés et des réfugiés. Les dessins fauves, perpétuellement en mouvement, font perdre la tête au spectateur et démontrent avec splendeur le chaos mental qui règne dans la vie de l’enfant/narrateur. Comme lui, on ne sait plus s’il faut se fier aux mots que l’on entend autour de nous ou s’il faut réfléchir par nous-même. Ce court métrage a d’ailleurs été primé dans la catégorie étudiant.

Dans la même lignée de court-métrage anglais, Meanwhile de Stepen McNally a conquis la salle. Ce film met en relation des générations qui n’ont plus rien à se dire et qui se méprisent, pour au final leur faire réaliser qu’elles ont beaucoup en commun. Les angoisses des adolescents sont mises sur le même pied d’égalité que « les problèmes sérieux » des adultes dans un mélange détonnant, noir certes, mais criant de vérité.

En ce qui concerne les courts-métrage français, on ne peut qu’acclamer Chez moi de Phuong Mai Nguyen. Cette capsule décrit le désespoir d’un enfant qui voit sa mère aimer un autre homme, un étranger, et qui oublie peu à peu son fils. Tout concourt à diffuser la tristesse de l’enfant dans tous les coeurs. La palette de couleurs très automnales donne l’impression que tout autour de lui est en train de mourir, que tout se tasse sans qu’il ne puisse rien y faire. Sans être tire-larmes, il est impossible de ne pas avoir un minimum d’empathie face à cet enfant qui subit désormais sa vie familiale.

L’envers du décor sous le feu des projecteurs 

Anima met un point d’honneur à montrer au public qu’un film n’est pas simplement une oeuvre d’art, mais l’aboutissement d’une masse astronomique de travail. Voilà pourquoi plusieurs séances de rencontres et de multiples conférences sont organisées avec des professionnels du métier.

Pour faire découvrir le cinema à une assemblée, rien de tel qu’un cours d’histoire express. A chaque cours, son professeur. C’est le conférencier Ilan Nguyen qui nous a enchanté en remontant aux racines du cinéma japonais. Il a réussi à captiver son public en démontrant que le cinema d’animation japonais vit depuis bien plus longtemps qu’on ne l’imagine et qu’il a, de tous temps, foisonné de merveilleuses productions. En balayant une bonne partie du vingtième siècle, il a rendu accessible à tout le monde la compréhension de l’imagerie japonaise, du travail de ses pères fondateurs et des limites que le cinéma d’animation tente sans cesse de repousser.

Enfin, on peut dire qu’Anima a eu le mérite de faire découvrir au public que les grands noms de l’animation n’ont pas toujours une consonance anglo-saxonne, mais peuvent parfois être belges aussi. Amaury Coljon, jeune animateur bruxellois, a tout simplement médusé son public majoritairement constitué d’étudiants en cinéma. Sous ses airs de timide invétéré, nous avons pu découvrir une personnalité de vainqueur, un homme pour qui la réussite tient en deux mots : travail et effort. Tout au long de sa conférence, il n’a pas cessé de répéter que s’il avait réussi à être animateur sur les très célèbres Star Wars VII, Maléfique ou encore Avengers, ce n’était pas par un coup de chance, mais bien à force de travail. Il ne s’est pas contenté de déballer son parcours, il a donné à l’assemblée d’étudiants qui lui faisait face l’envie de réussir et les clés de cette réussite. Tout dans son discours permettait de dépasser les barrières habituelles comme l’argent ou les pistons. Il a déployé une sorte de force tranquille qui fait que sa bonne humeur et sa persévérance l’ont porté là où il est maintenant. Le fait qu’il montre sa première « production » datant de sa première année d’étude a été très apprécié. Beaucoup de gens dans la salle ont réalisé à ce moment là qu’il ne fallait pas naître avec un don pour réussir dans le métier.

En bref, Anima 2016 a encore une fois été le confluent de toutes les cultures réunies sous la seule enseigne du cinéma d’animation. Son ouverture aux techniques étrangères et son accessibilité à tous font de ce festival un incontournable de la culture bruxelloise. Dix jours de festival n’ont pas suffit à nous rassasier, tout le monde attend déjà la 36ème édition en 2017, qui s’annonce haute en couleur et très réussie, comme d’habitude.

Auteur·rice

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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