La prépa : passage presque obligé vers les écoles d’art

En France, quarante-six écoles supérieures d’art accueillent chaque année 3 500 nouveaux étudiants. Tous les ans, ce sont environ 10 000 candidats qui viennent tenter leur chance aux concours d’entrée. Sur les 35 % de réussite, un faible nombre d’étudiants sort du lycée, beaucoup d’autres ont une ou plusieurs années d’études derrière eux. Aujourd’hui, une grande partie des étudiants en écoles d’art a fait ses armes dans des classes préparatoires. En France, il en existe une vingtaine de publiques, et beaucoup de privées.

Le but principal de ces classes, publiques ou privées, est de préparer aux concours d’entrée des écoles supérieures d’art (Beaux-Arts). Ces concours diffèrent selon les établissements, mais tous demandent au minimum un dossier de travaux et un entretien. Il faut dire que ce n’est pas forcément évident en sortant du bac… Au lycée, l’enseignement en Arts-Plastiques ne représente que trois à cinq heures de l’emploi du temps, quand une semaine de classe prépa varie de vingt-cinq à trente-cinq heures. L’idée est donc de proposer un enseignement plus développé, exclusivement consacré à l’apprentissage des arts-plastiques.  L’enseignement y est souvent divisé en deux tiers de cours pratiques et un tiers de cours théoriques. Les écoles de l’APPEA proposent toutes des cours de dessins, de peinture, de volume et d’histoire de l’art. Selon les établissements, d’autres cours sont dispensés : photographie, culture générale, vidéo, design graphique, performance, anglais…

Avec un emploi du temps aussi chargé, une année dans ces écoles ne sert pas seulement à préparer un dossier. Le développement personnel et la découverte du domaine artistique y sont même privilégiés. Les enseignants, qui sont souvent eux-mêmes des professionnels du monde de l’art (artistes, historiens de l’art, etc.) sont là pour accompagner les étudiants, les aider sur leurs choix d’écoles supérieures, tout en apprenant les bases fondamentales. Mais ne nous empressons pas, vous ne sortirez pas d’une prépa en étant plasticien. Ce n’est que le début et vous aurez beaucoup de choses à apprendre aux Beaux-Arts ! Et comme tout bon début, il doit être sérieux. Certes, les contraintes scolaires du lycée n’existent plus, ce qui laisse une certaine liberté, mais il faut faire attention à ne pas s’égarer. Une année comme celle-ci demande un grand investissement personnel. Les enseignants sont là pour accompagner, et ils ne vous pousseront pas si vous ne vous impliquez pas. Une ancienne étudiante de la prépa de Lyon, maintenant à la HEAR Strasbourg, décrit son année comme « une des plus dures, mais une des meilleures ».

« Une des années les plus dures, mais une des meilleures »

Mais quelle est la différence entre les classes publiques et les privées ? Les écoles supérieures d’art, qui délivrent les DNA (Diplôme National d’Art) et DNSEP (Diplôme National d’Expression Plastique) sont des institutions qui dépendent du ministère de la Culture, donc publiques. Depuis peu, ce ministère s’intéresse et se rapproche des prépas, considérant le nombre de ressortissants dans les écoles nationales. En 2007, les prépas d’Issy-les-Moulineaux, de Lyon et de Beaune se sont regroupées pour créer l’APPEA (Association nationale des classes Préparatoires Publiques aux Écoles supérieures d’Art). Depuis cette année, ces classes (et seulement celles-ci) offrent à leurs étudiants un statut similaire aux universitaires, ce qui démontre l’intérêt porté par l’État. Aujourd’hui, les 17 classes qui en font partie de cette association doivent répondre à une charte de qualité (au moins 35h de cours par semaine, un certain nombre d’enseignants, 35 étudiants maximum, des frais de scolarité n’excédant pas 1500 €…). La majeure différence des prépas privées est qu’elles sont payantes. C’est logique, mais cela influe sur beaucoup de choses. Les élèves qui y vont sont ceux qui peuvent se le permettre financièrement : une année dans ces écoles coûte en moyenne 5 000 €, et peut monter jusqu’à 10 000 €. Les cours pratiques annoncés sont souvent des ateliers qui fonctionnent en autonomie, et le nombre d’étudiants y est plus important : « C’est un peu une usine. […] Il faut se faire connaître pour que les profs suivent ton boulot, mais une fois que c’est bon, c’est cool », témoigne un ancien des Ateliers de Sèvres. Cette école est, avec Prep’Art, la plus grosse et la plus fructueuse des privées. Beaucoup d’étudiants d’écoles de prestige (Beaux-Arts de Paris, Arts Décos…) en sortent. Les classes préparatoires privées visent l’élitisme, quand les publiques dirigent plus facilement vers de petites écoles supérieures, qui correspondent aux profils de leurs étudiants. « On met l’étrier aux pieds de ceux qui n’en n’ont pas forcément les moyens financiers et culturels mais qui sont motivés », affirme Samuel MATHIEU, directeur de la prépa des Beaux-Arts de Beaune.

Carte des écoles du réseau APPEA
Carte des écoles du réseau APPEA

Les études d’art demandent un investissement personnel que l’on n’a pas toujours en sortant du bac. En plus d’en apprendre plus sur ce domaine, la prépa enrichit la personnalité. Même si à la fin de l’année, on se rend compte qu’on n’est pas fait pour les Beaux-Arts, ce n’est pas une année de perdue, bien au contraire on en ressort grandi. S’investir, expérimenter, être curieux sont les principes de base pour une bonne année. « Un temps pour s’ouvrir à l’art, éveiller sa curiosité, et surtout commencer à comprendre les enjeux de l’art contemporain ! », confie une étudiante sortant de la prépa de Sète.

Pour plus d’informations, le site de l’APPEA : www.appea.fr

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