CINÉMA

Batman V Superman – On a les héros qu’on mérite…

Zack Snyder a toujours été une fracture au sein de la communauté geek : d’un côté vu comme un surdoué visuel et de l’autre comme un destructeur stupide de mythes. Mais avec ce Batman V Superman la tendance penche dangereusement vers le deuxième groupe, sans pouvoir expliquer pourquoi. Ce changement soudain est d’autant plus étrange que les défauts de ce film s’avèrent pourtant identiques à ceux présents depuis ses débuts.

Zack Snyder n’a jamais été un poète subtile. Lui, ce qu’il aime c’est le bruit (rappelez-vous les scènes d’actions assourdissantes de Sucker Punch) et les images clinquantes périmées deux mois après leur sortie (300 est-il regardable aujourd’hui ?). Son Man of Steel n’y faisait pas exception, mais ce Batman V Superman est un cas d’école.

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La symbolique à toute épreuve – Copyright Warner Bros France

“Why the world needs Superman ?”

Depuis la création de Superman en 1938, l’image de ce héros a toujours renvoyée à Dieu. Ce n’est donc pas hors-sujet de jouer avec la lumière pour lui donner une dimension christique. Mais encore faut-il ne pas trop en faire. Car en plus de le faire apparaître devant l’auréole du soleil, le peuple tend la main vers le ciel quand il le voit. Et si vous n’aviez pas compris, pas de panique les dialogues vous le martèleront (le nombre de fois que le mot “Dieu” est prononcé est un exploit). Et c’est là que repose tout le problème de la subtilité pachydermique de Zack Snyder.

Un symbole, pour en être un, doit relever du non-dit, du sous-entendu et passer inaperçu. C’est toute la différence entre une comparaison et une métaphore. La première est clairement identifiable, l’autre doit être relevée pour livrer son sens, et ainsi aspirer à un plus grand impact. Or le scénariste David S. Goyer prend bien la peine de pointer du doigt l’existence du symbole, mais surtout de nous expliquer en long et en large en quoi il consiste. A force d’être trop présent, il finit par perdre son caractère implicite et ainsi,  il disparaît.

Si Superman perd sa fonction de symbole, soit sa raison d’être, que reste t-il ? La force de ce personnage est qu’il représente un espoir, des valeurs, un exemple vers lequel tendre. Dans ce Batman V Superman quel idéal représente t-il ? Aucun. Superman tue. Superman est motivé par la vengeance. Superman est submergé par la colère. Et Superman est bête. Sa force est qu’il ne doute pas que ses valeurs soient les bonnes pour l’Humanité et que quoi qu’il arrive, il doit se battre pour celles-ci. Or, ici il suffit de le contrarier légèrement pour qu’il se mette à douter quant à la nécessité de nous défendre. Qu’à cela ne tienne, dix minutes plus tard il suffira d’une apparition fantomatique de vingt secondes pour qu’il revienne dans le droit chemin. Finalement il embrasse son destin au gré de ses humeurs.

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Copyright Warner Bros France

L’attraction principale du film est l’affrontement avec le Batman. Dommage que ce combat (combat du siècle nous dit l’affiche…) ne soit réglé en cinq minutes. Mais comme leur antagonisme est fondé uniquement sur des dialogues sur-explicatifs, à défaut d’être capable de le présenter par la mise en scène, le combat n’a aucun ancrage émotionnel. On se met même à se demander pourquoi ils se tapent dessus.

A force de sur-dramatiser chaque mouvement, la scène est dénuée de toute tension. Le duel au sommet n’aura donc pas lieu. Et ce n’est pas le dénouement consternant du combat qui arrangera les choses. La destruction de ces deux mythes s’achèvera par le retournement idéologique soudain de Batman concernant la nature humaine. On se serait presque demandé si on ne s’était pas endormi entre temps.

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Copyright Warner Bros France

La Peste V le Choléra

Malgré tout, forcé de constater que Batman v Superman est un film d’auteur. La signature clipesque de Zack Snyder se constate à chaque plan. En cela le film se démarque radicalement des productions Marvel qui sont uniformisées et dénuées de toute personnalité. Dommage qu’Hollywood ne nous offre pas des alternatives à ces deux camps.
Finalement avec Man of Steel, ces deux films auront au moins eu le mérite de nous faire réévaluer le Superman Returns de Bryan Singer. A défaut d’être parfait ce film avait au moins un capital sympathie, une sincérité et une humilité indéniable, qui manquent cruellement à ce Batman V Superman.

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