SOCIÉTÉ

Le grand retour iranien

L’année 2016, ou 1394 pour le calendrier persan, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour les quelque 80 millions d’habitants de la République Islamique d’Iran. C’est en effet un visage nouveau de son pays qu’a essayé de montrer le président Hassan Rohani en marge de son déplacement en France. L’accueil avec les honneurs de son homologue François Hollande sonne en effet comme un nouveaupart pour ce pays qui entend revenir pleinement sur la scène économique et politique mondiale.

Des sanctions explosives

Encore aujourd’hui, l’Iran reste lié à son nucléaire qui, à défaut de l’avoir renforcé militairement, l’a détruit économiquement. Ce programme nucléaire, entamé sous le règne du dernier chah d’Iran Mohammed Reza Pahlavi et avec l’impulsion des puissances internationales, ne semblait en rien menaçant à ses débuts dans les années 1960. Mais, la Révolution islamique de 1979 qui fait du pays une République islamique, changea la donne et lui conféra des allures militaires. Les sanctions économiques et politiques tombèrent rapidement, même s’il fallut attendre les années 1990 pour voir se mettre en place un embargo globalisé envers le pays.

Il faut dire que les tensions étaient vives, mettant en avant des mécanismes complexes et souvent opaques liant la République islamique de Rouhollah Khomeini puis d’Ali Khameini aux États-Unis ou à la France.

L’élection de Mohammed Khatami, en 1997, le premier président réformiste, ne résout pas la situation mais permet de faire avancer les négociations à partir de 2003, menées par un certain… Hassan Rohani. En 2005 cependant, l’arrivée du conservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne doucha les espoirs de la communauté internationale avec la reprise du programme nucléaire. Refusant toute ingérence, il contribue à une escalade des tensions avec les États-Unis et se rapproche de la Russie de Vladimir Poutine. Sa réélection contestée contribua à enterrer définitivement toute issue au dossier nucléaire.

Vaste mission

Élu en juin 2013, Hassan Rohani arrive à la tête d’un pays à l’économie dévastée, subissant de plein fouet les sanctions internationales, frappant les puits de pétroles et autres ressources gazières. Au terme de longues négociations, l’Iran parvient à régler cette question du nucléaire sous sa houlette, et calme ainsi le jeu sur la scène internationale. Il faudra attendre 2016 pour voir les sanctions se lever progressivement, suite à l’accord de Vienne de 2015.

L’épineuse question du nucléaire étant (temporairement ?) réglée, le président Rohani entend relancer l’économie d’un pays sous embargo depuis 40 ans ou presque. C’est une vaste mission qui passe par une profonde modernisation du pays, avec un rétablissement des relations commerciales aux quatre coins du monde. Après l’Italie, le président iranien a profité de son voyage en France pour signer des accords de principes de plusieurs dizaines de milliards d’euros : Airbus, Renault, Vinci ou encore la SNCF se sont pris au jeu.

Les banques encore traumatisées

Mais au-delà des commandes multiples et variées, l’Iran va devoir surtout accueillir les capitaux étrangers, nécessaires pour l’exploitation de la quatrièmes réserve d’or noir de la planète. A l’heure actuelle, les investisseurs ne se pressent pas, et nul ne doute que la reprise sera longue et incertaine. L’accord signé par Total, qui achètera du pétrole brut directement en Iran, aura peut-être un effet de déclic alors que beaucoup restent encore frileux à l’idée de se développer dans un pays qui apparaît encore comme instable.

En effet, le contexte régional tendu n’offre que peu de garanties. La remise en route de sanctions en cas de reprise du programme nucléaire incite à la prudence, principalement du côté des institutions bancaires, encore traumatisées par les amendes record infligées par les autorités américaines à ceux qui n’avaient pas respecté l’embargo.

Nouveau point d’appui

Bien plus qu’un eldorado économique, l’Iran se rêve aussi en puissance régionale, dans la longue lignée de sa rivalité avec l’Arabie Saoudite. L’escalade des tensions entre les deux pays, après l’exécution du chiite Nimr Al-Nimr, fait craindre une crise plus large. Tandis que Riyad a mis fin à ses relations diplomatiques avec Téhéran, le saccage de l’ambassade saoudienne début janvier témoigne de tensions encore vives. Se voulant ferme sur la question, le pouvoir iranien entend cependant montrer un visage différent, celui d’un point d’appui régional digne de confiance.

Alors que les négociations sur la Syrie pourraient s’appuyer sur Téhéran, le mot d’ordre est donc l’apaisement afin de regagner la considération des puissances occidentales, dans l’optique de participer aux pourparlers, trouver une issue au conflit, et ainsi modifier les rapports de force régionaux.

Donner le ton

Derrière tous ces enjeux globaux, l’Iran doit avant tout changer en son for. Les semaines à venir marqueront des échéances majeures pour M. Rohani, qui espère pouvoir compter sur une majorité réformatrice lors des élections législatives du 26 février prochain. Ces dernières, qui s’accompagnent de l’élection de l’Assemblée des experts, donneront le ton (ou non) des réformes sociales et économiques qu’entend insuffler le président iranien à son pays, ou marqueront un retour conservateur fort de signification.

Car, ouverture sur le monde ou non, l’Iran reste un État théocratique autoritaire, « le deuxième pays dans le monde pour le nombre d’exécutions et le premier pour les exécutions des mineurs délinquants » selon la porte-parole d’Amnesty France. Désormais, ne reste-il pas à s’ouvrir sur soi-même ?

Auteur·rice

Jeune rédacteur. Actualité internationale mais également enjeux locaux. www.thomasphilippe.com

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