A New Place 2 Drown – Archy Marshall

Auparavant connu sous son nom de scène, King Krule, l’anglais de 21 ans est revenu avec un album inattendu deux ans après 6 Feet Beneath the Moon.

Deux albums, un EP et trois singles publiés en six ans d’activité. L’artiste prolifique, qu’est Archy Marshall, a déjà eu au moins quatre vies, musicales s’entend. Pour autant Zoo Kid et Edgar the Beatmaker ne sont pas à l’origine du succès du jeune britannique que King Krule a propagé dans les oreilles des amoureux de rock, punk et autres variantes. À l’origine de cet intérêt, un renouvellement apporté au genre et porté par une voix qui n’est pas sans rappeler celle d’un Joe Strummer.

Fin 2015, il réapparaît sans crier gare, avec un projet particulier, réfléchi et usant de supports aussi bien visuels qu’auditifs. Réalisé loin de la médiatisation, le britannique va à rebours de nos habitudes de consommateurs d’art pour renouer avec la lenteur et la patience laissant le temps d’apprécier la création et de comprendre la démarche.
Avec son frère Jack, il nous propose A New Place 2 Drown, concept composé d’un livre, d’un court métrage et d’un disque prenant la forme d’un accompagnement sonore. Sous ce prisme les compositions laissent défiler des images et délivrent une ambiance cinématographique entrecoupée d’interludes plus musicaux, presque faits de bruits, mais aussi de paroles au rythme et aux rimes pensés.

Du court-métrage, on retient une enfance semblant libre, plongée dans l’imagination et l’expression artistique. De la musique nous en avons la confirmation.
Any God Of Yours apporte une immersion aquatique, un sentiment de tranquillité en semi-apesanteur. Les transitions sont soignées, et Swell fait office d’introduction à l’ampleur du projet engrangé. Les paroles précisent l’intérêt du lieu, celui où le protagoniste pourra noyer son chagrin, et la rupture qui en est à l’origine. Des notes émane une certaine mélancolie feutrée pouvant être associée à la lassitude d’une réalité embuée de tristesse et de restes alcoolisés.
L’ensemble suit une continuité quasi magnétique, où la partie instrumentale souligne la poésie des textes telle la nonchalance dégagée par Ammi Ammi et son anaphore « We just / We don’t. »
Les figures de style sont maniées avec brio, tout comme l’agencement des titres et des mots employés, qui se font sans cesse écho. D’un « So I stay solo » entonné sur Buffed Sky, l’intitulé du morceau d’après y répond et lâche un Sex with nobody. Solitude, toujours.
Sur Eye’s Drift, les sons sont noyés, et l’on se passe de la compréhension d’une prononciation désarticulée pour se laisser transporter par les émotions véhiculées. Un détail n’échappe pourtant pas à notre oreille : de Any God Of Yours un sample est réutilisé.
Jusqu’à la fin, la figure féminine omniprésente nous sert de prétexte pour nous noyer dans ce flot incessant et perdre une dernière fois pied sur Thames Water. «  Girl this place is evil », de Swell à la fin, l’enfer n’est pas loin – est-ce le lieu ou les autres, telle reste la question.

Si l’histoire se suffit à elle-même par la musique, il ne fait pourtant aucun doute que seul(e) celui (ou celle) qui aura tous les éléments du projet en main pourra en comprendre la totalité. Alors, l’extrait simplement écouté révélera un tout encore plus élaboré, étayé d’un visuel jusque là imaginé.

Louison Larbodie

Europe

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

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