SOCIÉTÉ

Fadumo Dayib, un nouvel espoir pour la Somalie ?

Il est de ces personnes qui ont des parcours inspirants, exceptionnels. Il est de ces femmes, qui, parce qu’elles sont des femmes, et encore plus dans un pays qui connaît beaucoup de difficultés, doivent se battre davantage. Aujourd’hui, je vais vous parler d’une femme qui a eu ce type de vie, et qui malgré les nombreuses difficultés qui ont jalonné son parcours, s’en sort admirablement bien.

Fadumo Dayib, la quarantaine, a connu énormément d’évènements difficile. De l’expulsion du Kenya, où elle est née, au statut de réfugiée en Somalie, qui fut son pays d’adoption, avant d’arriver en Finlande, alors qu’elle n’était qu’une adolescente, et qu’elle ne savait pas encore lire et écrire. Aujourd’hui, elle détient trois masters en santé publique et en développement international, est passée par la prestigieuse université d’Harvard, est doctorante à l’université d’Helsinki, mère de quatre enfants, et se présente à l’élection présidentielle somalienne qui est supposée se dérouler cette année. Un parcours qui force l’admiration.

Une determination d’autant plus impressionnante quand on observe la situation actuelle du pays pour lequel elle présente sa candidature. La Somalie est en effet un territoire qui a un besoin urgent de reconstruction, en proie à de nombreuses difficultés, notamment économiques et sociales. Plus encore, il est déchiré entre plusieurs clans qui détiennent l’autorité. Situé à l’extrémité est du continent africain, son économie dépend aussi énormément de l’aide internationale, la sécheresse des terres ayant aggravé sa situation déjà instable. Une instabilité qui se confirme par une suite d’évènements graves, le pays ayant été frappé pas plus tard que le 29 février par un double attentat, revendiqué par les islamistes Chabab, affiliés à Al-Qaida.

Il y a vingt-cinq ans, ce pays fut pourtant une terre d’accueil pour Fadumo Dayib, qui y est retournée en 2005 avec l’Unicef, en tant que professionnelle de santé publique. Elle travaille alors au Puntland (une région au nord-est de la Somalie), sur les problèmes de santé maternelle et sur la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. C’est par la suite sa mission au Libéria qui lui donne le souffle nécessaire et l’inspiration pour se lancer.

Un défi de taille à relever 

Fadumo Dayib est la première femme à se présenter à l’élection présidentielle somalienne, et considère que reconstruire la Somalie est « une obligation morale et un devoir civique ». Mais cela ne s’annonce pas sans difficultés : la candidate n’est soutenue par aucun des clans du pays, qui y possèdent une forte autorité. Interrogée par Le Monde Afrique, elle affirme s’opposer à ce « système clanique » qu’elle estime être « l’une des causes du conflit en Somalie. » Et surtout, le fait qu’elle soit une femme rend la tâche encore plus difficile.

Pour financer sa campagne à la présidentielle, Fadumo Dayib compte sur le système du crowfunding, c’est-à-dire un système de financement participatif, et ce, afin que personne ne puisse « posséder » sa candidature. Mais encore faut-il que les élections aient bien lieu cette année. Le président actuel Hassan Sheikh Mohamoud a en effet déclaré un report, pour cause d’instabilités dans le pays.

Elle est la première de sa famille à avoir survécu parmi douze enfants en dépassant le stade de la petite enfance, et se sent investie d’une mission qu’elle semble déterminée à accomplir. Celle de « servir l’humanité » et d’aider la Somalie. Elle s’y est d’ailleurs rendu en janvier, malgré les risques et les menaces de mort. Après plus de 25 années d’exil, elle estime qu’il est temps de rentrer pour aider ce qu’elle considère comme étant sa patrie.

Auteur·rice

Amoureuse de photographie, curieuse, passionnée par l'infinité du monde de l'art et aussi très intriguée par la complexité du monde politique.

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