CINÉMA

The Revenant : le Territoire des loups

The Revenant a été vendu comme l’hériter de Apocalypse Now : annoncé par la presse américaine comme un bide avant même sa sortie, dépassement de budget, une exigence névrotique du réalisateur et un tournage extrême. Maintenant que le feuilleton de Léo et son Oscar est terminé, qu’en est-il du film ?

Le sentiment qui nous vient tout au long du visionnage de deux heures et demie est sans doute celui de l’inédit et de la redécouverte. Redécouverte de ce que c’est de se retrouver dans une salle de cinéma face à une image projetée sur un écran géant. Redécouverte de l’immensité que peut avoir un cadre. Redécouverte enfin de l’immersion que peut procurer l’installation sonore d’une salle de cinéma.

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Copyright Twentieth Century Fox France

Cette impression de redécouvrir ce qu’est originellement le cinéma est permise par une sensation de jamais vu ou, au mieux, de rarement vu récemment. Rarement un film n’aura eu une imagerie aussi maîtrisée de bout en bout. Chaque plan est d’une complexité saisissante à la fois dans sa composition, sa chorégraphie, et son éclairage.

Même s’il serait injuste de minimiser le savoir-faire indéniable de mise en scène de Alejandro González Iñárritu, il faut souligner le travail du chef opérateur, Emmanuel Lubezki. Pour ce dernier il semblerait que ce film soit un aboutissement de toute sa carrière. On retrouve l’utilisation d’un steadicam (système pour stabiliser la caméra lors de son mouvement, ndlr) et de la courte focale de chez Terrence Malick et la complexité des plans séquences propres à Alfonso Cuarón, avec qui il a travaillé précédemment.

Son expérience dans un cinéma sensoriel et immersif est ici à son apogée avec une caméra éclaboussée, embuée, et au ras de l’eau, de la boue et de la roche. Cela ne fait qu’appuyer la présence physique du spectateur au milieu des personnages. A ce titre l’usage de la courte focale est loin d’être un artifice puisqu’elle permet d’être proche des protagonistes tout en les emprisonnant dans un contexte, la nature hostile. L’immersion est d’autant plus aboutie qu’il ne nous vient jamais à l’esprit de remettre en question la véracité de ce qui est à l’écran, des décors comme de l’action.

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Un exemple de la photographie d’Emmanuel Lubezki en lumière naturelle – Copyright Twentieth Century Fox France

Autre tour de force, mais cette fois que l’on doit intégralement à son réalisateur, c’est son approche viscérale et jusqu’au-boutiste du genre, ici le survival. La violence, plutôt que d’être éludée ou étouffée, est au contraire frontale et radicale. Sans toutefois réinventer ce genre, il réinvestit ses codes dont l’Homme face à la nature et a fortiori à Dieu, comme l’a fait récemment Le Territoire des loups de Joe Carnahan. On ne s’étonnera donc pas de voir Leonardo Dicaprio se métamorphoser en une image christique.

L’influence de son comparse Alfonso Cuarón avec Gravity (avec qui il a formé El Tequila Gang) se fait sentir avec ce héros qui est amené à mourir pour renaître symboliquement, pour faire face à l’Epreuve. Cela commence par la fameuse attaque de l’ours, un effet spécial dont la perfection (aidé par un choix photographique idéal) est dans la droite lignée du T-rex de Jurassik Park de 1993.

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Copyright Twentieth Century Fox France

Bien qu’ Alejandro González Iñárritu amoindrit les défauts principaux de son précédent Birdman, ils restent sous-jacents. En effet son approche auteuriste du genre, ce que certains qualifieraient de prétentieuse, à travers une contemplation très malickienne (l’héritage du Nouveau Monde est omniprésente) empêche une pleine implication émotionnelle du spectateur. Le paradoxe est bien là : le spectateur est immergé avec force, mais peine à être en totale empathie avec les personnages.

Finalement Alejandro González Iñárritu n’est jamais aussi bon que lorsque il se contente de raconter visuellement son histoire, sans devoir se sentir obligé de rajouter une composante métaphysique.

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