MUSIQUE

Le set comme remède au froid polaire – Rencontre avec Maceo Plex

Rencontrer Maceo Plex a été le résultat inattendu de nos demandes d’interview début janvier. Peu d’espoir dès le début, et encore moins d’attentes le soir même, avant qu’à 19h30, la soirée déjà entamée, mon téléphone ne vibre plusieurs fois. En quelques mots, l’interview était confirmée et se allait se dérouler dans un laps de temps très très proche. Joie, excitation et une raison supplémentaire de braver le froid, pour rencontrer ce producteur plus habitué au soleil et à la chaleur, qu’aux températures polaires de cette soirée hivernale. 
Après un set réjouissant, rencontre avec un des grands de la house et de la techno d’aujourd’hui. 

Alors comment s’est passé ton show de ce soir ?

C’était génial et de manière inattendue vraiment bien ! Je savais que ça allait être une bonne soirée, mais pas à ce point. Malgré le froid je me suis senti comme chez moi.

Est-ce que c’était la première fois que tu jouais dans un environnement aussi froid et est-ce que tu trouves que ça change l’ambiance générale ?

J’étais déjà venu jouer à Montréal il y a six ans en janvier, mais… c’était dans un club. Donc, c’était la première fois que je jouais exposé à ces températures.
Je pense que oui, l’ambiance change… Heureusement, les gens ne dansaient pas parce qu’ils étaient juste en train de geler, mais surtout parce qu’ils aimaient la musique. Ça les a aidé à mobiliser cette énergie qui crée de la chaleur, et qui a rendu l’ambiance chaleureuse.

Je me demandais quelle était la différence entre tous tes noms de scène comme Maetrik ou Mariel Ito, par exemple.

Avant, il y avait des différences, aujourd’hui plus tellement (rires). Avant j’avais un nom pour ce qui relevait plus de la techno et de mes sons un peu dark, un pour ce qui s’apparentait à de la house, un autre pour les sons plus electro… Aujourd’hui je suis juste Maceo Plex, et je continue à faire des trucs. C’est juste beaucoup trop de travail de se demander quel nom utiliser pour tel ou tel son, et il y a des choses beaucoup plus importantes que d’essayer de voir quel est le nom cool à mettre sur quelque chose. C’est moi, j’espère que vous aimez et puis c’est tout.

Je dois admettre que j’ai un peu de mal à différencier house et techno, est-ce que tu pourrais essayer de me les expliquer ?

(Rires) Pour moi, vu comme ça, il n’y a aucune différence, parce que les deux sont quasiment identiques. Pourtant, il y a des différences lors de la production. L’une est plus développée sur une base logique avec des sons synthétiques, des effets, et des innovations pouvant être faites avec la technologie, tandis que l’autre est plus basée sur la soul, avec des mélodies funk et du chant. Après, fondamentalement c’est la même chose, un rythme de 4/4 et une production faite pour danser.

Comment as-tu découvert la musique électronique et pourquoi as-tu décidé de devenir producteur ?

J’ai découvert l’électro dans les années 1980 quand j’étais gamin, notamment des trucs qui venaient de Miami. Puis plus tard, quand j’ai découvert les premiers disques house et techno, dans la fin des 80’s, début des 90’s, c’est là que je suis vraiment tombé amoureux de cette musique. J’ai commencé à m’y essayer en 1993, quand j’ai enfin eu une voiture me permettant de me conduire jusqu’au disquaire… Donc voilà, 1993… ça fait longtemps maintenant !

Quel est le premier artiste que tu as découvert ? 

(Hésitations) Juan Atkins de Détroit ! Il a fait mon disque préféré de tous les temps, No UFO’s. À l’époque les enregistrements venant de Détroit donnaient l’impression de venir d’une autre planète ! Ils étaient totalement différents. Juan Atkins est le premier que j’ai découvert, puis j’ai commencé à en découvrir d’autres au fur et à mesure puis j’en suis arrivé à la techno européenne. Au début, je n’aimais pas tant ça, puis je me suis laissé avoir !

Y a-t-il beaucoup de différences entre l’electro en Europe et aux États-Unis ? 

Oui, vraiment. Je pense que la dance music américaine, ou plutôt nord américaine, est… ça sonne bizarrement mais… en Amérique du Nord, ça sonne plus commercial. Il y a beaucoup d’Electronic Dance Music commerciale, comme pour tous les autres styles musicaux. Il y a beaucoup de morceaux commerciaux qui passent à la radio. Donc, les personnes qui font des sons plus étranges, plus sombres, plus underground ont tendance à être plus sentimentaux et émotionnels avec leur musique. Pour moi, la musique électronique en Europe est plus pensée. Donc pour résumer, je crois qu’en Amérique du Nord, ils réfléchissent moins et que lorsque que quelqu’un ressent quelque chose il le met dans sa musique. En fait d’un côté c’est plus basé sur les sensations et les sentiments, et de l’autre sur les idées et la réflexion.

Finalement, après Solar Sampler sorti en 2015, quels sont tes prochains projets ? 

Le sampler est en fait issu d’un album, intitulé Solar, d’après le nom de mon fils. Il devait sortir en octobre, mais je l’ai repoussé afin de pouvoir retoucher les musiques et de rendre le tout parfait. Maintenant, c’est sûr qu’il va sortir à la fin du printemps ou au début de l’été, autour de mai. Je travaille vraiment dur dessus pour qu’il puisse enfin paraître. Beaucoup des titres que j’ai joué ce soir venaient de cet album. Il y a beaucoup d’electronica dessus aussi, mais pas vraiment de dance music.
J’espère juste que le public peut être patient, et attendre que je le finisse.

C’est vrai qu’aujourd’hui on a tendance à vouloir tout tout de suite…

Oui, c’est l’ère de Google. C’est fou, on avait plus de temps quand j’étais enfant.

Auteur·rice

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

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