SOCIÉTÉ

L’Iran et l’Arabie saoudite rallument le brasier historique de la haine

Pas de bonnes résolutions pour l’Arabie saoudite en ce début d’année. Le pays qui avait exécuté plus de 150 personnes en 2015 a frappé fort ce 2 janvier, en mettant à mort 57 personnes identifiées comme des terroristes par les autorités saoudiennes. Parmi eux, le cheikh chiite Al-Nirm, importante figure de l’opposition au régime saoudien. Les populations chiites, notamment en Iran, ont immédiatement réagi à l’affront, enclenchant l’engrenage de la montée des violences entre ces deux grands pays du Moyen-Orient.

Suite à l’annonce de cette exécution, l’Iran, représentant majeur de la branche chiite de l’Islam depuis la Révolution Islamique de 1979, a été le théâtre d’une violence contestataire initiée par sa population. L’ambassade saoudienne à Téhéran a été prise d’assaut par les manifestants, qui l’ont mise à feu, ce à quoi l’Arabie Saoudite a répondu par la suspension de toute relation diplomatique et commerciale avec l’Iran. Le personnel diplomatique a donc été expulsé de l’Arabie Saoudite et les liaisons aériennes ont même été coupées entre Riyad et Téhéran.

Cette escalade instantanée de la violence, exacerbée par les alliances de chacun des deux pays, révèle que la déchirure diplomatique entre les deux États, qui ne date pas de cette année, est prête à se réouvrir à la moindre occasion.

L’idéologique religieuse, premier facteur de tensions

La crise diplomatique prend principalement source à travers les différends religieux qui opposent les deux pays. A la mort de Mahomet, suite aux problèmes que causent sa succession, l’Islam se sépare en trois branches principales et distinctes, dont le sunnisme et le chiisme, qui n’entendent pas l’application de la religion de la même façon. L’Iran est une terre historique d’Islam chiite puisqu’il en fait sa religion officielle en 1502, sous la dynastie des Safavides et l’associe au pouvoir politique en 1979, avec la Révolution Islamique. Le chiisme ne concerne seulement 10 à 15 % de la population musulmane et l’Iran concentre 90 % de cette population sur son territoire. Dès 1980, les pays voisins de l’Iran, dont l’Arabie Saoudite, s’inquiètent des répercussions que pourrait avoir cette prise de pouvoir sur les minorités chiites disséminées sur leur territoire.

La guerre Iran Irak éclate en 1980, poussant l’Arabie Saoudite, pays sunnite prônant un Islam rigoriste, à créer le Conseil de Coopération du Golfe, regroupant cinq pétromonarchies sunnites autour d’elle pour lutter contre la potentielle menace que représente l’Iran chiite. Cette union politique met le feu au poudre entre les deux pays, et l’Ayatollah Khomeini, guide spirituel suprême iranien, émet une forte critique de l’Arabie Saoudite, soulignant notamment le fait que les deux plus grands lieux de culte musulman, Médine et la Mecque, lui appartiennent. L’Ayatollah réitérera d’ailleurs cette critique en 2015, lors des accidents et de la bousculade mortelle à la Mecque en septembre, en mettant en avant l’idée d’une gestion « internationalisée » de ces lieux de cultes communs.

Les relations déjà fragilisées entre les deux États se rompent une première fois, suite à la répression de manifestants iraniens à la Mecque par les autorités saoudiennes, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Les relations ne reprendront qu’à partir de 1991, confortées par la position neutre qu’adoptera l’Iran lors de la guerre du Koweït, et l’autorisation des pèlerins iraniens sur le sol saoudien, ce qui apaisera les tensions diplomatiques.

©entreleslignes

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Des alliances qui enveniment le jeu des relations diplomatiques

Le rapprochement de l’Arabie Saoudite avec les États-Unis avait déjà marqué un pic de tension entre les deux États, puisque l’Ayatollah avait qualifié l’Arabie Saoudite de « laquais » des États-Unis, avant de les accuser de diffuser un Islam américanisé et impur. Il faudra attendre la présidence de Khatami, en 1997 en Iran, et de son programme réformateur, pour calmer le jeu diplomatique avec l’Arabie Saoudite. S’entame alors une période de calme relatif entre les deux États, et le président iranien est même invité par la famille Al Saoud, qui dirige l’Arabie Saoudite quasiment depuis la création du pays, en visite officielle.

La période des printemps arabes, qui débute en 2011 en Tunisie, va venir bouleverser les relations diplomatiques et réintroduire la rivalité historique des deux pays, à travers le système des alliances et des soutiens. L’Iran va afficher un soutien aux manifestants chiites, notamment ceux du Bahreïn. De son côté, le Conseil de Coopération du Golfe affiche une « union politique », ce qui leur permet également de grossir leur sphère d’influence, plaçant l’Iran à l’écart du jeu politique, ce qui va exacerber les relations entre Téhéran et Riyad.

Une véritable course au prestige

A l’échelle régionale, l’Iran et l’Arabie Saoudite tentent tous les deux de s’affirmer comme leader du Moyen Orient, à force de jeux d’alliance et de prises de position symboliques dans les différentes causes. L’Iran a par exemple changé de camp dans les années 1980 et s’affiche pro-palestinien, afin d’obtenir l’approbation de ses pays voisins arabes, mais sans grand succès.

Aujourd’hui, de nouveaux défis viennent bouleverser les rapports entre les deux pays, comme par exemple la menace que fait peser Daesh, la crise du nucléaire iranien et l’éternel problème du pétrole qui concerne autant l’Arabie Saoudite que l’Iran. Ces nombreux facteurs rendent les rapports diplomatiques, historiquement très marqués par la rivalité, plus tendus que jamais. Reste à voir comment ces deux figures emblématiques du Moyen Orient vont réussir à gérer cette crise, tout en prenant en compte les défis actuels et les attentes de la communauté internationale.

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