MUSIQUE

Trans Musicales 2015 – Rencontre avec Superpoze, Dream Koala et Code

Conçue et présentée en exclusivité dans le cadre des 37èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes, l’association de la musique orchestrale de Code, de l’électronique de Superpoze, et de l’expérimentation pop de Dream Koala a fait couler beaucoup d’encre. À quoi s’attendre ? À vrai dire, même les programmateurs du festival n’en avaient pas la moindre idée. À quelques heures d’un set qui a mis tout le monde d’accord, nous avons rencontré Jérémy, du collectif Code, et ses deux collègues d’un soir, Superpoze et Dream Koala.

C’est assez inédit de vous voir ensemble, vous êtes là pour un projet que vous allez présenter ce soir aux Trans Musicales, qu’est-ce qui vous a poussé à monter cela ?

Dream Koala : on se connaît depuis un moment avec Gabriel et, même si au moment de notre rencontre nos musiques étaient assez différentes, avec le temps je crois que nous nous sommes rapprochés musicalement. On a trouvé un point de convergence et eu de plus en plus envie de bosser ensemble ; on a toujours eu envie, mais on n’a jamais réussi.

Superpoze : déjà il y avait ça qui traînait depuis des années, une envie de bosser ensemble mais on ne savait pas trop comment. Yndi (Dream Koala) m’avait remixé mais ce n’est pas vraiment travailler en commun, et en parallèle il y a eu la rencontre avec Jérémy et l’ensemble Code (ils sont 12), le but premier de Code c’est d’arranger et recomposer, d’apporter du classique sur des musiques actuelles. Ils avaient retravaillé nos morceaux à Yndi et moi et donc ça collait bien, on s’est dis : faisons un concert.

Dream Koala : on avait aussi envie de sortir de ce format mp3, de faire quelque chose de vraiment vivant.

Superpoze : on parlait souvent d’avoir un groupe, de faire des choses comme ça. Au début, j’avais proposé à Yndi d’être musicien live de ma tournée, c’était pas possible en termes de planning mais on avait l’idée et on s’est retrouvés autour de Code.

C’est un projet exclusif aux Trans Musicales ou c’est quelque chose qui pourrait être amené à se reproduire pour d’autres occasions ?

Superpoze : pour l’instant oui, c’est exclusif aux Trans Musicales, après je pense qu’on souhaite tous pouvoir le rejouer mais ce n’est pas un projet qui pourra tourner comme on tourne tous les deux. On part à deux ou trois d’habitude et là on prend tout le wagon dans le train (rires). L’envisager en one shot ça a été aussi un moyen de moins appréhender, on proposer un événement, un truc ponctuel, un moment, et on verra si celui-ci se prolonge.

Pourquoi les Trans Musicales ?

Code : parce que c’est cool ! Ils nous ont repéré via Gabriel et c’est eux qui sont venus vers nous sans même savoir que nous préparions réellement un truc. On avait déjà enregistré des sessions live mais personne n’était au courant, on n’avait fait aucune communication, dans l’idée c’était une manière de présenter le projet pour que naisse ce genre d’idée.

Superpoze : planètes alignées !

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Donc on ne doit pas s’attendre à retrouver, dans votre prestation, vos sets, séparément ?

Superpoze : on n’a pas recomposé de musiques parce qu’on avait pas le temps, concrètement, de le faire, donc c’est des morceaux de Superpoze et de Dream Koala mais qui sont réarrangés, réecrits, retravaillés par Code.

Code : ce n’est pas que de l’arrangement, on a aussi retravaillé les structures, la base, en termes de concert. On a pensé le truc comme un tableau d’exposition. C’est ce qu’on appelle un programme en musique classique, un poème symphonique. Des oeuvres à la fin du XIXe font un peu comme ce qu’on fait là, il y a beaucoup d’instrumentaux et d’un coup une voix qui sort, un air, une forme de chanson quelque part, et le développement electronique des musiques de Yndi fait penser à ça. On peut passer à un moment d’un instrumental à l’autre, il y a des micro-thèmes qui passent d’une région à l’autre, on retrouve des thèmes au travers du set.

Superpoze : c’est vraiment quelque chose qu’on retrouve en musique classique, dans mes morceaux je fais souvent ça, faire revenir un sample, une sonorité d’un son à un autre, créer des rappels. C’est le principe classique du thème développé.

Code : c’est quelque chose qui n’existe pas du tout en chanson, ça ne se fait jamais et c’est assez intéressant d’apporter la couleur orchestrale et de s’en servir pour ça. On apporte cette particularité de l’orchestre dans la musique électronique, on cherche les points communs.

Dream Koala : je pense que le plus intéressant du projet c’est ce mélange de langages, de sonorités, que ce soit entre classique, musique électronique, moi un peu plus pop/chanson, même au niveau des sonorités. Il y a des moments où on retrouve du piano-voix, d’autres avec des sons plus expérimentaux qui s’approchent presque du noise.

Superpoze : c’est en cela aussi que ce n’est pas qu’un medley simple, on essaye de trouver du liant et de faire le lien entre nos sonorités, nos morceaux.

Le travail de trouver une cohérence, une alliance, entre la musique électronique et un côté plus classique, plus orchestral, ça s’est fait comment ?

Code : concrètement je crois que ça s’est fait assez naturellement, avec Léo, mon pote avec lequel j’arrange pour Code, c’est un truc qu’on a envie de faire depuis qu’on est ados. C’est quelque chose qui a germé depuis longtemps, qui a vraiment mûri, quand on s’est retrouvés à écouter la musique de Yndi et Gabriel il y a naturellement des choses qui nous sont venues dans les oreilles. On ne s’est pas trop posés de questions, après c’est normal il y a quelques trucs sur lesquels on a buté, on s’est demandés comment faire, mais ça a été assez naturel au final.

Dream Koala : on avait déjà, avant de se rencontrer pour travailler, beaucoup d’influences communes, on écoute pas mal de classique, on cherche dans le post-rock, le rock psychédélique, ça vient vraiment de nos inspirations.

Superpoze : le lien entre tout ça, et sans parler de texture, même si ça en fait partie, c’est le principe de musique progressive. Même si Yndi se rapproche le plus de la « chanson » avec des couplets et des refrains, on est tous fans de la progression, de laisser le temps à la progression, à la musique.

Vous vous êtes inspirés d’autres initiatives similaires ou vous êtes partis de nulle part ?

Superpoze : pas directement, je crois qu’on a plutôt essayé d’éviter des choses.

Code : on ne voulait surtout pas faire le concert symphonique de Julien Clerc, ça se trouve c’est très bien mais c’est juste pas ce qu’on voulait faire.

Superpoze : on ne voulait pas faire « Dream Koala et Superpoze en grand », on ne voulait pas faire ça pour amplifier ce qu’on fait. On veut juste faire autre chose.

Code : on est autant influencés par des trucs discos que du hip-hop genre Kendrick Lamar, qui utilisent beaucoup de samples de cordes qui nous donnent des idées, et sinon on est hyper inspirés de Philippe Glass. Plus particulièrement, on aime la musique très orchestrale de la fin du XIXe qui compose toute l’influence des musiques hollywoodiennes aujourd’hui, avec Hans Zimmer etc. Il y a des influences de Strauss, de Wagner, de Mahler, qui sont évidentes. C’est exactement ça, mais en moderne. Dans les idées qu’on a eu avec Gabriel et Yndi, il y a beaucoup de ça.

Les musiques classiques et électroniques sont donc beaucoup plus liées que ce qu’on peut imaginer ?

Dream Koala : c’est assez large le classique, évidemment, entre Bach et Steve Reich il y a tout un monde.

Superpoze : la scission se trouve plus dans ce qu’on peut qualifier de « musique académique ». Derrière la musique classique il y a des institutions, des académies, des méthodes à respecter. Typiquement, même si on a appris la musique, dans mon cas au conservatoire, c’est parti assez loin et c’est des musiques qui sont autodidactes, basées sur l’instinct.

Code : c’est la manière d’aborder la musique qui est importante. Les musiciens classiques ont des manières très différentes de faire les choses.

Co-fondateur, directeur de la publication de Maze.fr. Président d'Animafac, le réseau national des associations étudiantes. Je n'occupe plus de rôle opérationnel au sein de la rédaction de Maze.fr depuis septembre 2018.

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