MUSIQUE

Hyacinthe magnifie la noirceur

Comparse de L.O.A.S dans le collectif DFHDGB (Des Faux Hipsters et Des Grosses Bites), Hyacinthe a sorti mi-novembre Sur La Route de L’Ammour 2 : Mémoires De Mes Putains Tristes. Une ode à la destruction de soi et à la mort. Tout ceci sur fond de mélodies enivrantes.

Un peu de mythologie pour commencer : Hyacinthe est un jeune homme beau et aimé d’Apollon et de Zéphyr. Il meurt accidentellement, touché par un disque en pleine tempe. De son sang, qui coule de son corps sans vie, naît une fleur. Voilà pour le Hyacinthe mythologique. En ce qui concerne le Hyacinthe « rapologique », celui-ci s’est fait remarquer en lâchant un couplet de huit mesures sur l’émission Master Classe devant les yeux stupéfaits d’Annick Cojean, reporter au journal Le Monde.

Ce qui ressort le plus de SLRA 2, c’est ce goût prononcé pour la mort. Ainsi, à peine 10 secondes après avoir pressé le bouton play sur Maldoro, Hyacinthe dépeint ce qu’il voit au moment d’une gâterie : le visage de la faucheuse. Il fait également allusion à une horde de corbeaux qui lui tournent autour sur le titre éponyme de l’album.

A côté de ces élucubrations morbides, Hyacinthe sait également apprécier les douceurs de la vie. Notamment, le sexe et la drogue. Être MDMA, cocaïne et allusions sexuelles, aucun morceau de SLRA 2 ne manque à l’appel quand il s’agit de faire l’apologie de ces plaisirs de la vie.

La vie et ce qu’elle comporte en terme de destinée et de futur, Hyacinthe la perçoit avec noirceur. « Et si le destin a une bouche, qu’il l’ouvre bien grande pour que je pisse dedans », « L’avenir est sombre et j’suis pas sûr que mes choix le péroxydent » sur Maldoro, ou encore « J’ai mon destin entre les mains. Il ne respire plus, j’ai dû serrer trop fort le cou de ce fils de pute » sur Meurs à la fin illustre bien cette vision.

Le diable se joint également à cette dark party qu’est SLRA 2. Hyacinthe se vante de lui avoir volé sa haine et attend qu’il se décide à lui donner son adresse. Un titre résume à lui seul cet attachement porté à la mort, au diable et au sexe : « Meurs à la fin ». Tout est dans le titre pour la première notion. Pour les deux autres cette phrase ; « J’parle que c’que j’connais, de hargne, de haine, de Diable et d’teucha  » suffit.

Le meilleur rappeur de sa génération

Hyacinthe ne respecte rien ni personne ainsi, sur Meurs à la fin, Hyacinthe, sur un beat rapide il se dit « meilleur rappeur de [sa] génération et de celle d’après aussi ». Rien que ça. Bien qu’il dédaigne ses confrères et le rap des années 90 comme il le confiait dans une émission spécialisée, cela ne l’empêche pas de présenter sur la tracklist Retour aux pyramides. Les connaisseurs auront tout de suite saisi le rapprochement avec les X-Men et leur classique présent sur la bande son de Ma 6-T Va Crack-Er.

Mais s’il ne devait rester qu’un seul titre de ce très beau projet tant au niveau des productions que des envolées lyriques, L’ennui remporterait, haut la main, la palme. Sur une production magnifique signé Holos Graphein et Krampf, Hyacinthe met de côté le rap pour se laisser à une ballade au cœur de la nuit où il nous fait part de son spleen et de l’ennui que lui procure sa belle et douce qu’il trompe.

SLRA 2 se révèle être la fleur qui pousse à la mort du personnage mythologique auquel Hyacinthe emprunte son nom. Aidé par une voix et une faculté à mélanger chant et rap sur des instrus calibrées pour accueillir ses déblatérations, Hyacinthe arrive à sublimer ce qu’il y a de plus sombre sur cette terre.

Cover de Sur La Route de L'ammour

SLRA – Droits réservés

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