CINÉMA

Coup de cœur, le chef d’oeuvre oublié de F. F. Coppola

Il est relativement fréquent que, dans la filmographie de grands auteurs, quelques petits bijoux passent à la trappe, devenant ainsi ce qu’on pourrait appeler des chefs d’œuvres oubliés. On pourrait parler de La Fille de Ryan, de David Lean, ou encore de Trois Sublimes Canailles, de John Ford, mais il est ici question d’un film un peu plus récent : Coup de cœur, de Francis Ford Coppola. Coppola, tout le monde le connaît. Réalisateur de la célébrissime trilogie du Parrain, deux fois palmé à Cannes, pour Conversation secrète (1974) puis Apocalypse Now (1979)… Il est la figure emblématique du Nouvel Hollywood, et probablement l’un des plus grands cinéastes américains. Pourtant, personne ne semble avoir prêté attention à Coup de cœur. Sorti en 1982, soit trois ans après son précédent film, le mythique Apocalypse Now, Coup de coeur (One from the heart en anglais) raconte comment Frannie et Hank vivent leur séparation après cinq ans de vie commune.

La trame est très classique, et jamais Coppola ne cherchera à la rendre compliquée. Il se contente de cette histoire simple et décide de concentrer toute son énergie sur la mise en scène. Car c’est là que réside tout l’intérêt de Coup de coeur. Ce film est une sorte d’orgie visuelle permanente. Dès la scène d’introduction, on voit des néons rouges et bleus s’allumer puis s’éteindre, grâce à de brillants jeux de lumières. Puis ces effets laissent place à d’autres expérimentations, à base de fondus, de miroirs… Le tout accompagné de plans séquences géniaux, dans lesquels on voit régulièrement les personnages se croiser. Coppola s’amuse, et ça se ressent ! Il s’amuse aussi dans l’écriture d’ailleurs, puisque le film s’apparente à une sorte de pastiche de comédie musicale. Les dialogues sont parfois guimauves, et régulièrement rythmés par des rimes bien senties, et les références au genre sont nombreuses, à commencer par « tu voudrais que je chante ? Mais je ne sais pas chanter ! », de Hank. Le cinéaste jongle habilement entre la parodie et l’hommage, et livre une œuvre d’une virtuosité formelle ahurissante et d’un avant-gardisme surprenant !

Mais pour appréhender au mieux Coup de cœur, et le juger à sa juste valeur, il faut établir le parallèle avec Apocalypse Now. Car l’un est en quelque sorte l’alter-ego de l’autre. Pour son chef d’œuvre palmé, F. F. Coppola a puisé dans ses ressources. Il a poussé la démesure à un tel point qu’il a atteint une certaine forme de folie, à l’image du personnage principal, interprété par Martin Sheen. Son film l’a tant épuisé qu’il a eu besoin d’un élan libérateur, d’une démesure inverse, pourrait-on dire. Et cet élan libérateur, c’est Coup de coeur. C’est le film qui lui a permis de se remettre d’Apocalypse Now et de repartir sur de bonnes bases pour la suite de sa carrière. D’ailleurs, il est intéressant de constater à quel point les deux œuvres se ressemblent tout en étant radicalement opposées. Le fait de vouloir raconter une histoire d’amour, simple qui plus est, après avoir réalisé un film de guerre sur un conflit aussi complexe que la guerre du Vietnam, c’est très significatif. Tout comme le fait de faire jouer des acteurs relativement peu connus juste après avoir offert un immense rôle à la star Marlon Brando. Dans Apocalypse Now, tout était grand, géant même. On voyageait dans des hélicoptères au son de La Chevauchée des Walkyries, on se perdait sur le fleuve d’une jungle brumeuse… Ici, on ne quitte jamais l’espace confiné des studios hollywoodiens. Et tandis que les couleurs étaient sombres et ternes dans son précédent film, celles de Coup de Coeur sont flashies et saturées. Comme si Coppola avait besoin de revenir aux fondamentaux (l’histoire d’amour classique, les studios hollywoodiens), tout en conservant sa folie des grandeurs, lui permettant ainsi de réaliser un objet d’art fourmillant d’idées visuelles plus étonnantes les unes que les autres.

Ainsi, Coup de coeur est une œuvre majeure de la filmographie de Francis Ford Coppola, de part son aspect charnière, et son importance dans la carrière du réalisateur. Peut-être que sans elle, nous n’aurions jamais connus d’aussi bons films que Le Parrain III, Dracula ou Tetro, au rayonnement bien plus fort que ce chef d’œuvre injustement oublié…

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