Fou d’amour : quand un récit dramatique prend la forme d’une comédie

Inspiré d’un fait réel datant de 1956, Fou d’amour de Philippe Ramos retrace l’histoire du curé d’Uruffe, incarné par Melvil Poupaud. Ici, nous sommes en 1959. Accusé d’un double meurtre, un homme vient de se faire guillotiner. La tête coupée, regard face caméra, le curé qui aimait tant les femmes nous conte son histoire : tout allait si bien…

“Je fus certes un rien coupable, mais avant tout une victime”. Ainsi sont les mots du récit post-mortem que nous pouvons entendre au début de Fou d’amour. Cette voix off, agréable par ailleurs, est omniprésente dans le film. Une idée très intéressante, amusante, mêlant suspense et humour, et qui pour le coup deviendra troublante à la fin du récit. Car oui, si vous ne connaissiez pas les faits, vous sortirez de la salle tout retourné. Mais parlons un peu du récit… Notre jeune et beau curé, assoiffé de liberté et de femmes, est muté dans le petit village d’Albon : l’occasion pour lui de se faire peau neuve. Car non, il n’était pas sans antécédents. Multipliant les conquêtes et l’instauration de diverses activités, c’est dans son club de théâtre qu’il rencontrera la belle Rose, une mineure aveugle magnifiquement interprétée par Diane Rouxel (The Smell of Us, La tête haute). Vous devinez la suite…

© Alfama Films
© Alfama Films

On a donc un film divisé en deux parties -la première étant très drôle et la deuxième particulièrement tragique- formant un récit atypique, complexe, mêlant à la fois religion, joie de vivre, obsession, folie et déraison. On observe un “dégradé d’atmosphère et de sentiments jusqu’à un noir intense” comme le dit si bien Ramos et il est très troublant de vouloir nous faire éprouver de l’empathie pour ce curé. La narration par Melvil Poupaud a été un choix très justicieux de la part du réalisateur. C’est une façon très originale de raconter une telle histoire, donnant d’ailleurs aux spectateurs, une distanciation tardive.

On sent que Philippe Ramos a eu le soucis du détail tant ses plans sont parfaits, ne laissant pas de place au désordre. On y découvre notamment une magnifique nature. La mise en scène est excellente et le jeu d’acteur encore plus. Il est d’ailleurs très agréable de revoir  la talentueuse Dominique Blanc au cinéma, dans le rôle d’une des amantes du curé. Quant aux dialogues, subtils et qui prennent une place considérable dans le film, ils sont fabuleux.

On peut dire que Fou d’amour est un film réussi, intéressant sur beaucoup de sujets (et particulièrement la religion ) mais quelques peu déconcertant.

Noa Coupey

21 ans. Passionnée de cinéma et étudiante en Audiovisuel. Rédactrice cinéma et musique à Maze.

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