Richard III, écrit en 1592, viscéralement actuel

Richard III, mise en scène de Thomas Jolly. Richard III, est une pièce de théâtre de quatre heures, adaptation d’un texte de Shakespeare. Un moment comme celui-là vous rappelle à quel point la pièce de théâtre est faite pour être jouée, pour être vue, et non pour être lue.

Lever de rideau. Une trappe s’ouvre d’un claquement. Lentement, péniblement, s’extrait du sol une silhouette décharnée et courbée, à la voix rauque, aux accents malicieux. Le charisme du protagoniste opère en quelques instants malgré son dos bossu, ses mouvements lents et saccadés, sa jambe trainante. Il est captivant, isolé sur scène et pourtant, par sa simple éloquence, il prend possession de tout l’espace. Les autres comédiens entrent sur scène après ce monologue, se succèdent, et pourtant on ne voit toujours que lui, celui qui deviendra Richard III.

Et c’est là toute l’astuce de la pièce ; on se raccroche à Richard, malgré nous. On adhère à son personnage pour ses qualités d’orateur, pour sa présence et son charisme et ce, bien qu’il s’agisse objectivement du personnage le plus infâme et le plus odieux. Machiavélique, être vil et délétère, il ne recule devant aucun crime, aucune abomination, ayant même délaissé sa nature humaine pour parvenir à ses fins : accéder au trône d’Angleterre.

Quatre heures de conspirations, de trahisons, d’afflictions, de meurtres, de séduction puis de jubilation sans jamais laisser de place à l’ennui. Les scènes et décors s’enchaînent avec un rythme effréné, dans une énergie bouillonnante qui vous tient en haleine, accroché au bord du siège. La scénographie est au service de cette mobilité, les éléments sont mouvants et constamment changeants. Les éclairages, parfaitement maîtrisés, transforment chaque scène, chaque plan en une photographie. Les ombres découpent, tranchent, cisaillent les personnages, redessinent les traits horrifiés ou triomphants de leurs visages. Les lumières vacillantes ou stroboscopiques ralentissent ou précipitent la vitesse de l’action, couplées à une bande son puissante et stimulante.

Et que dire de cette fin de premier acte, aboutissant sur un rock endiablé, chanté par Richard III lui-même ? Vainqueur, ayant atteint son objectif suprême, il se targue d’être abominable, rabâchant sans se lasser « I’m a dog, I’m a toad, I’m a hedgehog » (je suis un chien, je suis un crapaud, je suis un hérisson). L’audace est belle, et souligne un point important de cette mise en scène : sa modernité. Certes, le texte a gardé tout de son intégrité, mais quelques injonctions greffées çà et là, une paire de lunettes de soleil, et ces costumes nous rappellent que nous sommes bien en 2015, et que la pièce a conservé toute son actualité dans nos problématiques d’aujourd’hui, qui sont finalement les mêmes dans une période de transition et de doute, d’incertitude sur l’avenir, d’escalade de la violence, de soif de pouvoir.

Richard III est une délicieuse claque, qui vous secoue aux tréfonds de vous-même, vous envoûte et vous laisse à regretter que, contrairement à Henry VI, la pièce ne dure dix-huit heures.

Richard III est en tournée jusque fin mai 2015, vous pouvez retrouver les dates sur le site de la troupe La Piccola Familia.

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Image à la Une et galerie ©Nicolas Joubard

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