CINÉMA

Maryland – Génie et chèvrefeuille

Un homme cagoulé saute sur Vincent et tente de l’assommer. Il le dégage d’un coup de coude. L’homme tente alors de s’échapper. Coup de feu. L’homme est touché à la jambe. Vincent, filmé en contre-plongée, attrape la tête de l’homme qu’il a décagoulé et reconnu : il frappe la tête contre une table en verre. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Encore. Et encore. Dans un ultime raccord regard, nous découvrons une flaque de sang. Jessica, Jessie pour les intimes, a assisté à toute la scène. Alice Winocour signe, avec cette scène de son film Maryland sélectionné à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, un coup de génie.

© Mars Distribution

Une scène, un homme, deux histoires. Dans cette scène il y a Vincent, victime de stress post-traumatique dû à une opération militaire en Afghanistan. En proie à des hallucinations, parfois ultra-nerveux, il dort très mal et l’état de son cerveau ressemble à la BO signée Gesaffelstein qu’utilise Alice Winocour : sifflements, basses, saturation. Dans cette scène, il y a aussi Vincent, chargé de la sécurité de la famille d’un riche homme d’affaires libanais. Un homme plein de désir, un homme inquiet, un homme attentif.

Alice Winocour ne tombe pas dans une dialectique entre passé traumatisant et présent traumatisé comme a pu le faire Eastwood dans American Sniper. Elle décide de mettre en scène, dans un seul espace et un seul temps, toute la complexité d’un traumatisme.

Lorsque, dans la scène racontée plus haut, le stress de Vincent prend le dessus, la violence déborde. La présence de celui qui la porte,  Matthias Schoenaerts, déborde elle aussi. Et à ce moment là, alors que le passé du personnage est à l’écran, alors que l’expression du traumatisme devient saignant, le présent revient dans une profondeur de champ que la cinéaste manie avec brio : la netteté se fait sur la discrétion de Diane Kruger, interprétant Jessie.

Tout le film semble converger vers ces quelques plans. Le cinéma c’est la rencontre. Dans cette scène, le traumatisme, l’animalité, le regard, la figure du témoin, le présent et le passé s’entremêlent.

Ces plans sont à l’image du chevrefeuille qui s’enroule autour du noisetier. Si le chevrefeuille meure, le noisetier pourrit. Sans ces plans, le film meure et sans le film, ces plans n’ont aucune valeur. Heureusement pour nous et bientôt pour vous, cela existe vraiment.

Auteur·rice

You may also like

More in CINÉMA