L’homme irrationnel, le nouveau film brillant de Woody Allen

Woody Allen est un monstre sacré du cinéma américain. Auteur de 46 long-métrages depuis 1966 -soit près d’un par an- parmi lesquels beaucoup de bons films (Hannah et ses sœurs en 1986, Coup de feux sur Broadway en 1994 ou encore Scoop en 2006), pas mal de très bons films (Annie Hall en 1977, Alice en 1990 ou Whatever Works en 2009) et quelques chefs d’œuvres, comme Manhattan (1979) ou Match Point (2005), cet intellectuel new-yorkais parvient à chaque fois à créer quelque chose de nouveau, malgré un style presque toujours identique. Devenu maître dans l’art d’écrire des scénarios millimétrés et des dialogues jouissifs, il sait alterner entre la pure comédie (Tout le monde dit I love you en 1995) et le drame plus sérieux (Une autre femme en 1988), toujours autour du même thème : l’amour. L’amour, mais aussi la passion, le sexe (sans jamais le montrer d’ailleurs, comme l’indique bien le titre de son film de 1972) et de nombreux autres sujets, variant au grès de ses obsessions du moment… On y retrouve également souvent le même type de personnages, notamment l’intellectuel cynique et névrosé (régulièrement joué par lui-même d’ailleurs) et une muse (parmi les plus célèbres : Diane Keaton, Mia Farrow, Scarlett Johansson…). Pourtant, Woody Allen se renouvelle sans cesse, aucun de ses films n’est une pâle copie d’un autre.

L’Homme irrationnel, son 47e long-métrage, ne déroge pas à la règle. Générique en blanc sur fond noir, avec la mention “in alphabetic order” et du jazz pour accompagner le tout. Pas de doute, on est bien devant le cru 2015 de Woody Allen ! Le film s’ouvre sur Joaquin Phoenix, pas au mieux de sa forme mais tout de même charmant, au volant d’une belle voiture, avec un thème jazzy enivrant. Très vite, il nous rappellera le personnage allenien typique, de par son cynisme et sa vision pessimiste de la vie. Pourtant, l’acteur de Her (2014) réussit à se forger sa propre identité, plus sombre, plus déchirée, s’éloignant ainsi d’un énième autoportrait de Woody. La nouvelle muse du cinéaste, Emma Stone, déjà resplendissante sous sa direction dans Magic in the Moonlight (2014), est ici éblouissante, de par son charme comme de part son talent ! Elle habite totalement son personnage de jeune étudiante romantique perdue face au jeu de l’amour.

L’amour donc, thème inhérent au cinéma de Woody Allen, parait s’effacer un peu ici, pour laisser place à ce qui semble être une dissertation ouverte de philosophie, autour de différents sujets, notamment le hasard et la morale, qui occupent tout deux une place centrale dans le récit. Et la force de L’Homme Irrationnel réside en cette remarquable intelligence dont fait preuve le réalisateur new-yorkais pour fouiller ces sujets de fond en comble et en tirer le maximum. Et cela sans vraiment y apporter de réponse car, à la fin du film, on ne sait pas plus qu’au début si l’acte d’Abe Lucas était moral ou non, tout comme le comportement de Jill, vis à vis de lui et de son petit ami. Allen nous laisse interpréter cela comme bon nous semble, tout en nous interrogeant également sur le sens de la vie, et sur la place du hasard dans celle-ci. Enfin, nous n’échappons évidemment pas aux éternelles questions sur le sentiment amoureux, ainsi qu’à ce qui fait naître en tout être humain une passion (même si l’une des réponses apportées dans ce film est plutôt inattendue et surprenante…).

Woody Allen a toujours été un cinéaste du texte, un maître de l’écriture. Le scénario est précis, les dialogues sont nombreux… Et la mise en scène est souvent très simple (bien que toujours diablement efficace). C’est pourquoi il est assez surprenant -et agréable- de constater que L’homme irrationnel profite d’une esthétique plus léchée, plus travaillée qu’à l’accoutumée. Ici, Allen ose les jolis cadres, et laisse même parfois parler les images. Ce doit d’ailleurs être l’un de ses films avec le plus de plans sans texte (dialogue ou voix off). D’ailleurs, la musique joue aussi un rôle très important ici, avec un thème unique toujours utilisé à bon escient. En terme de réalisation, le film est donc une franche réussite !

Ainsi, 2015 est un grand cru pour Woody Allen, L’homme irrationnel étant probablement son meilleur film de la décennie en cours et peut-être même l’un de ses meilleurs tout court…

2 commentaires
  1. OUI MAIS…Vous ne précisez ni le titre ni le nom de l’ interprète du morceau que l’on entend tout au long du film.

    Dans les films de W.Allen, la musique est prI-mor-dia-le et les génériques de fin passent trop vite pour qu’on ait le temps de capter tous les morceaux.

    C’est du style Ramsey LEWIS trio. Pouvez-vous faire des recherches et m’en communiquer le résultat? Merci d’avance