MUSIQUE

Mina Tindle, la rencontre fascinante

Mina Tindle, c’est l’alliance d’une douceur infinie et d’un charme envoûtant. Dans une pop folk lumineuse aux inspirations anglo-saxonnes, l’artiste déjà couronnée du succès de son premier album Taranta (2012) revient émerveiller un public toujours plus grand. Dans cet album où l’amour côtoie l’inquiétude face au temps qui passe, la langue de Shakespeare se lie à celle de Molière… Et au Paléo Festival de Nyon, les langues se délient. 

Tu as réalisé un stage aux Eurockéennes, là où tout a commencé. Les organisateurs t’ont poussé à faire la première partie de Daniel Darc. Ta carrière a finalement été motivée par ces rencontres...

J’étais étudiante, j’avais fini mes études, j’avais fait un stage aux Eurockéennes de Belfort où je m’étais occupée de la presse. Personne ne savait que je faisais de la musique et même moi, j’avais écrit seulement trois chansons. C’est après coup, quand ils ont été au courant par un réseau social qui s’appelait Myspace où j’avais mis ma musique, et par un ami qui leur a fait écouter, ça les a fait marrer et donc effectivement, ils m’ont proposé quelques mois après de faire leur édition du festival d’hiver des Eurockéennes qui s’appelle Générik. Donc dans ce sens-là, oui, j’ai été poussée aux fesses parce que je n’avais pas de groupe, je n’avais pas assez de chansons… Et chaque fois que je leur donnais une excuse au téléphone, ils me disaient « j’ai pas de groupe – ben tu as en trouves un » ou « j’ai pas assez de chansons – ben tu en écris une de plus et tu viens ! ».

Tu es auteure, compositrice, interprète. Comment démarres-tu la composition de tes morceaux ?

Ca commence tout le temps par la musique. Je n’écris jamais un texte comme ça, c’est mélodique d’abord. Par contre, après, ça peut être un texte provisoire. En général, il y a quand même un truc immédiat de la chanson, quand tu te mets dans l’optique que t’as envie d’en écrire une avant la fin de la journée, t’en écris une. Quoiqu’il arrive, qu’elle soit bien ou pas, y a un moment de connexion – j’aime bien le voir comme ça, comme une sorte d’expérience, une période de transe, un peu mystique, où tu rentres en connexion avec quelque chose. Et la chanson en découle, dont la langue – parce que j’écris en anglais et en français et je ne sais jamais ce que ça va être avant. J’aime bien garder une part de mystère là-dedans.

Alors comment sont écrites les paroles plus concrètement ?

Comme beaucoup de gens qui le font, par exemple Jp Nataf avec qui j’ai fait mon premier disque, souvent il chantait du yaourt, pour les premières prises. On pourrait faire des choses très drôles avec les musiciens en publiant seulement les premiers jets de chaque chanson. Parce qu’il y a vraiment des trucs … Tu es tout seul dans ta chambre, complètement désinhibé et tu racontes n’importe quoi. Et en fait souvent, moi, il y a un mot ou deux que je vais trouver bien, qui vont accrocher, en réécoutant. Car tout ça, ça va avec un travail d’enregistrement, c’est un peu technologique, la technologie t’aide à créer, c’est assez beau. Donc en réécoutant, tu vas avoir une belle image et tout d’un coup, ça va m’éclaircir un truc.

Tu écris en anglais, en français. Ton principal répertoire est anglophone. C’est ton héritage de Cat Power qui te pousse à écrire en anglais ?

Oui c’était l’héritage d’ado en fait. Ce n’était pas que Cat Power, c’était tous les groupes que j’écoutais à partir de mes 15 ans, c’était des groupes anglo-saxons, que ça soit des Beatles à Cat Power, en passant par Elliott Smith et à beaucoup d’américains comme Bob Dylan ou Leonard Cohen. C’est assez récemment que j’ai redécouvert un peu toute l’histoire de la musique pop française, même des années 70, j’étais un peu passée à côté, parce que je n’étais pas née – hé oui, je ne suis pas si vieille ! Et je ne connaissais pas bien. On est à une époque où quand on écoute ce qu’il se passe, on a l’impression que les français sont un peu paumés. Il y a du folk français, de la pop française, mais finalement ce ne sont pas des catégories qui sont très francophones. Mais en même temps, il y a quand même eu des périodes où tu sentais énormément l’influence anglo-saxonne mais c’était tout à fait français. Et comme tout d’un coup là, Christine and the Queens fait du RnB français. Enfin, elle ne fait pas de RnB mais on sent des influences qui sont complètement anglo-saxonnes et qui sont bien digérées. Donc les choses évoluent.

Quand on pense en anglais, et quand on pense en français, on ne pense pas la même chose. La langue définit-elle le thème de tes chansons ?

Alors, c’est un peu bizarre car il y a cette envie d’exprimer mais il y a aussi ce truc où je dis que tu laisses la musique arriver et que c’est plutôt une expérience, que tu n’as pas forcément le but de la chanson avant, c’est un peu elle qui va le décider. Après, il y a un truc qui est vrai, c’est que faire de la pop en français, c’est plus difficile, je trouve. Car quand on écoute de la pop anglo-saxonne, parfois, tu peux te permettre pas forcément une faiblesse des paroles mais tu as le droit de répéter six fois la même chose dans un refrain et c’est presque bien, c’est pas redondant. Si tu le fais en français, c’est plus compliqué. J’ai donc remarqué qu’écrire des chansons calmes en français, c’est plus facile, plus douces, et après, j’ai toujours l’image du peintre qui prendrait de l’aquarelle, de la gouache, des pinceaux, des stylos, des crayons. C’est un outil, finalement c’est la même main qui va interpréter tout ça.

Mais quand tu joues, ça ouvre des sonorités. J’écoute beaucoup de musique brésilienne, africaine mais je ne parle pas portugais etc. Je ne comprends pas tout. C’est hyper intéressant, il faut le prendre aussi comme un truc qui est un peu sensoriel. Ça dépend quel rapport tu as avec ça. C’est sûr qu’en anglais, je ne pourrais jamais devenir Dylan ou Cohen, je n’aurai jamais cette aisance que j’ai avec le français, que je tords un peu et grâce auquel je me permets plus de liberté avec la langue. Forcément en anglais, ce n’est pas ma langue maternelle. Mais il y a aussi des choses assez belles parce que justement, ce n’est pas ma langue maternelle, au dire des personnes qui m’entourent, des choses qui peuvent être intéressantes parce que tu oses des images qu’un anglophone n’utiliserait pas. C’est comme Bjork, une islandaise qui chante en anglais, qui a été l’une des plus grandes pop-stars de sa génération, il y a un charme de ces rencontres là aussi.

Tu as collaboré avec Craig Silvey, ayant lui même collaboré avec Portishead, Arcade Fire etc. Ce sont des grands noms. Comment est née cette collaboration et que t’a-t-elle apportée ?

Craig est venu mixer le disque, que j’avais réalisé avec Yann Arnaud, un super ingénieur du son, mixeur qui a travaillé avec Syd Matters entre autres. Le disque a été réalisé en France. J’avais déjà un peu enregistré aux Etats-Unis, deux chansons. Mais après, on a fait tout le reste en France avec Olivier Marguerit. C’était deux de mes albums préférés, que ce soit Suburb d’Arcade Fire ou Surd de Portishead. Quand tu es impliqué comme je le suis, du début à la fin du processus, au moment de trouver un mixeur, tu rêves un peu aux disques qui t’ont le plus marqué ces dernières années. Sur le moment tu te dis « On va essayer de l’avoir mais on ne l’aura jamais ! » mais c’est marrant parce qu’une fois que tu as eu Craig Sylvey – je n’ai pas envie d’avoir quelqu’un de plus important, parce que j’ai adoré travailler avec lui donc je pense que j’aimerais recommencer – mais tu te dis que c’est faisable. Puis ça reste des gens qui font de la musique, a priori ils sont quand même du bon côté de la barrière. Effectivement, s’ils aiment le projet, ils font des efforts pour pas prendre ce qu’ils prendraient à une énorme star. Et ça a été super. Ça a été très rapide puisqu’on a fait 8 titres en 9 jours ! Et le reste a été mixé à Paris par Yann Arno justement.

Côté français, vous avez été inspirée par France Gall. C’est la seule artiste française qui vous ait donné ce rapport à la musique française ?

Non non, il y en a d’autres. Il y avait les Innocents, qui ont été mon influence principale et J. P. Nataf, qui a été le réalisateur de mon premier disque. Après je suis complètement fan depuis toujours et admirative de Dominique A. Récemment il y a eu des gens comme Bertrand Belin, Christine and the Queens que j’ai découvert il y a cinq ans dans une petite salle et que j’avais trouvé géniale. Elle était moins en français à cette époque-là, elle ne chantait qu’en anglais. Il y a plein de gens que j’apprécie. Mais France Gall, c’est mes amours d’enfant. Je sais très très bien l’imiter. J’ai appris à chanter avec elle. Un peu comme avec J. P. En fait, dans les français, il y a J. P. au masculin et France Gall au féminin.

“Mina Tindle”, c’est une référence à Milo Tindle. Pourquoi Le Limier, pourquoi Mankiewicz  ?

C’était juste une référence cinématographique à l’un des films que je préfère. En fait, je m’appelle Pauline de Lassus, d’ailleurs c’est une grande et vieille famille aristocrate de musiciens. C’est le nom de mon père, avec qui je n’ai jamais eu beaucoup de contact. Donc il y avait un truc aussi de ne pas avoir envie d’utiliser ce nom. Après c’est un nom un peu rigolo aussi. Donc ça partait de trouver un pseudo et en fait c’est un film, c’est une scène entre deux personnages où il y a toute une usurpation d’identité, où tu ne sais jamais qui est qui. Donc c’était plus un clin d’oeil sur le fait de jouer au jeu du déguisement de scène. J’aime bien avoir pris Mina Tindle pour faire ces deux disques là et je me dis aussi que je pourrais très bien reprendre mon nom ou en trouver un autre pour faire autre chose.

Nom de l’album : Parades. Est-ce une référence à une parade festive, une parade nuptiale ou bien un subterfuge ?

Ce sont les trois. Je cherchais le nom parfait. J’ai failli ne pas le nommer. Un peu comme quand on cherche le nom de son enfant. C’est agréable de trouver des titres pour les disques ou pour les chansons. Mais en général, faut que ce soit une évidence. J’avais l’option de ne pas le nommer, que ça soit un album éponyme, puisque le premier avait un nom. Donc je pouvais peut-être m’en sortir comme ça. Et je lisais un poète qui s’appelle Michaux, que j’adore, et qui a une façon de mettre en exergue les mots ! Quand tu lis, tu as l’impression que t’entends le mot, qu’il résonne. Tu te heurtes aux mots avec lui, c’est assez marrant. Et dans une sorte de maxime, j’ai vu « Parade ». Et ça m’est vraiment apparu. Il y a un peu ce défilé fier, le torse bombé, qui est présent dans cet album et qui ne l’était pas dans le premier, qui est un truc un peu libéré, assez joyeux. Il y a le truc de la parade nuptiale parce qu’au final c’est quand même énormément de chansons d’amour, de danse, de séduction. Et le troisième c’est la parade pour parer les coups, et je trouvais que c’était aussi mon rapport à la musique. C’est le titre parfait !

Auteur·rice

Journaliste en terre bretonne, je vagabonde entre les pays pour cultiver ma passion de théâtre, de musique et de poivrons (surtout de poivrons). J'essaie tant bien que mal d'éduquer à l'égalité entre les sexes, il paraît qu'on appelle ça le féminisme. J'aime bien les séries télé dans mon canapé et passer des soirées dans les salles obscures. Bref, peut-être ici la seule personne normale.

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