LITTÉRATURE

Eva de Simon Liberati, le roman de la rentrée

Attention… Ames sensibles s’abstenir, Eva est le roman coup de poing de la rentrée littéraire, roman à scandale qui fait s’agiter le monde médiatique. Roman d’amour, biographie sulfureuse d’Eva Ionesco, petite fille maltraitée par une mère photographe qui la travestissait en femme à une époque où tout était permis dans l’art, y compris le plus pervers. Eva est devenue une femme, excessive, provocatrice, enragée, blessée. Son mari en fait le portait dans un roman qui mêle la poésie au trivial, la beauté à la laideur.

Les critiques se sont accordées sur le même point, Eva est une déclaration d’amour passionnée de la part de l’auteur, il décrit ici son épouse sans faux semblants, et part souvent du coté du merveilleux pour la sublimer. Il présente sa femme tour à tour comme une icône auto-destructrice, un ange, une madone, qui a survécu, une rescapée des limbes venue lui apporter l’inspiration. Eva c’est Ève, la femme originelle, et Simon Liberati la met sur un piédestal comme par provocation contre les bonne mœurs, pour lui rendre sa grâce et exprimer toute la beauté façonnée dans l’excès et le drame. C’est étrange, parfois choquant, mais l’amour qui inspire l’auteur donne au livre ses lettres de noblesse, le lyrisme amoureux trouve sa voix dans le chaos, lyrisme surprenant pour parler de deux vies marginales, abîmées mais qui pourtant sont toutes deux belles comme une oeuvre d’art.

C’est bien là l’originalité de ce livre. Simon Liberati redonne de la magie à ce qui n’aurait pu être qu’une histoire triste et vaine. La muse inspire à l’auteur cet amour particulier d’esthète transi par une forme de beauté totale, absolue et quasi mystique, c’est ainsi qu’il compare la famille Ionesco au mythes de l’antiquité, à tous les grands mystères sombres des divinités, dans une ambiance en clair-obscur. Il y a là quelque chose qui relève de la fascination, de l’incantation, quelque chose qui dérange tout en restant très beau car Eva est, dans ce roman, encore et toujours un objet d’art, inspirant à son mari à la fois l’extrême admiration et la cruauté dans une ambivalence qui fait tout le style du roman.

Eva est donc entre deux eaux, saturé de poésie et de mots crus, et semble finalement révéler un portait où la banalité n’existe pas et où l’excès, tant dans la douceur que dans la dureté s’affiche entièrement, totalement à l’image de l’amour du couple. Reste que la petite fille martyre est, dans la réalité, toujours exploitée par les créateurs, une muse qui reste prisonnière de l’art même lorsqu’il sert à montrer le pouvoir rédempteur de l’amour.

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