MUSIQUE

Solidays, c’est sexy !

            « Ici, le soleil est dans les cœurs ». Qui aurait cru que ce slogan publicitaire définirait si bien cette 17ème édition des Solidays ? Du 26 au 28 juin, l’Hippodrome de Longchamp a accueilli plus de 180 000 festivaliers, 2 000 bénévoles et 80 concerts.

Le beau temps, les cœurs battant au rythme de la musique, la bonne humeur, l’odeur de crème solaire… C’est à peu près tout ce que l’on retiendra de l’ambiance des Solidays cette année. Le record d’entrées a été une nouvelle fois battu, et les organisateurs continuent de donner. Donner de l’argent, en reversant les bénéfices du festival à l’association Solidarité Sida. Mais aussi donner du plaisir, donner des sourires. Sur l’immense site des Solidays, vous pouviez apercevoir des festivaliers ravis.  Entre chapiteaux à l’ambiance circassienne et scènes ouvertes, le bonheur trônait.

Cette édition « Keep On Dreaming » nous proposait une programmation à tomber par terre, et de plus en plus éclectique : du rap, du reggae, de l’électro, du jazz, du rock, de la rave… C’est ainsi que IAM, Taïro, Brigitte, Chinese Man, Caravan Palace, The Do, Biga*Ranx, Damian Marley ou encore The Vaccines se sont enchaînés sur les six scènes du festival. Enorme tête d’affiche, révélation récente, inconnu… Tous les artistes présents n’ont pas le même niveau de notoriété, et c’est peut-être une alliance qui garantit la fraîcheur de l’offre musicale.

Le premier concert marquant fut celui de Phases Cachées, formé en 2006, ce trio de « Globe-Trottoirs » se définit à travers un univers qui se veut bien spécifique : le boogie-woogie flow, c’est-à-dire un combiné de hip-hop et de reggae. « Le Gros, le Maigre, et le Chevelu » ont fait l’unanimité auprès des festivaliers lors de leur live. Une intense demi-heure pendant laquelle le public a gardé les mains levées, ébahi devant les trois personnages dérangés qui présentaient sur scène leur nouvel album, intitulé 2 temps 3 Mouvements, sorti en mars dernier. Phases Cachées a fait passer un agréable moment aux courageux festivaliers venus tôt, une mise en bouche parfaite pour la suite du week-end.

Izia -  ©Premiere - Solidays

Izia – ©Premiere – Solidays

Izia était la première grosse tête d’affiche, et a réussi à mettre l’ambiance tout naturellement. Sensuelle et énergique, elle nous a offert un véritable show. Elle alternait anglais et français, ses morceaux rock et ceux de son nouvel album, aux sonorités plus électroniques, douces harmonies et véritables explosions scéniques. De sa voix suave et puissante, la fille de Jacques Higelin semble incarner la relève d’un rock français sexy et sophistiqué.

The Avener fit sensation le même jour. C’est à travers ses reworks, mélangeant beaucoup de styles qu’il enflamma son public, dont les pupilles scintillaient à grand coup de lumières et graphismes psychédéliques. Sur son tube « Fade out Lines », c’était l’explosion des sens. Tous les spectateurs se sont lâchés et le visage du jeune niçois s’est illuminé. Il prenait son pied, et nous aussi. Un échange mémorable qui brisa la frontière entre la scène et la foule.

On retiendra également le live de Feu ! Chatterton, ces minets sortis d’un autre temps qui n’ont malheureusement eu que 30 minutes de passage, mais pour qui ce fut bien assez pour démontrer leur talent. Leur carrière décollant petit à petit, les Solidays étaient un superbe tremplin pour eux. Ce sont cinq jeunes hommes amoureux de littérature, et le revendiquant fièrement avec ce nom de groupe, en hommage au personnage d’Alfred de Vigny. Leur style s’apparente à du rock français au look dandy, un étrange mélange entre Mano Solo, Noir Désir, Bashung et Gainsbourg. Un mélange qui fonctionne ! Feu ! Chatterton a enivré les festivaliers à travers leur poésie décalée, leur sincérité et leur dynamisme. Le public réclama un rappel avec insistance.

Il y eut aussi Chill Bump. Eux, c’est un duo rap alliant deux spécialités : hip-hop/trip-hop pour l’un et scratch pour l’autre. Ce savant mélange a fait vibrer le chapiteau plein à craquer. Ils ont remixé certaines de leurs chansons pour leur donner un aspect plus électro, à la limite trap. Naturels, sur scène ils n’usent pas trop d’artifices, quelques jeux de lumière leur suffisent, mais c’est grâce à leur présence et leur vitalité qu’ils parviennent à captiver le public. Ils donnent ce qu’ils ont brut, sans vouloir l’enjoliver et le résultat est plus qu’appréciable.

Die Antwoord- ©Jean-Manuel Duguay - Solidays

Die Antwoord- ©Jean-Manuel Duguay – Solidays

Les sud-africains de Die Antwoord ont joué à minuit samedi, horaire propice au déchaînement des foules, juste après un Caribou décevant. Et eux n’ont déçu personne ! Yolandi, Ninja et DJ Hi-Tek, qui composent ce groupe de rave, sont véritablement des bêtes de scène. Leur scénographie épatante et l’organisation bien pensée du spectacle ont permis au public de plonger la tête la première dans leur univers décalé et trash, transcendé par une énergie débordante et un brin de folie partagée.

Le concert de Rone fut tout aussi mémorable. Le nouveau prince de la musique éléctro a fait une nouvelle fois sensation. Epatée par les jeux de lumière prodigieux et la musique envoûtante, c’est une foule en transe qui s’agitait devant ce véritable artiste aux allures de geek timide. Il a pris la main de son public et l’a embarqué pour un voyage d’une heure dans son univers électrisant et séduisant si particulier.

Rone - Marylène Eytier - Solidays

Rone – Marylène Eytier – Solidays

Fakear nous a également livré un spectacle onirique, transcendant, et même pêchu. Il est venu comme il est, comme on était tous venus : à l’aise, en short de pyjama. C’était poétique mais énergique. Le pauvre avait hérité d’un horaire loin d’être évident, le dimanche soir, mais il a su nous faire passer un excellent moment, en toute simplicité. Le plus : il a invité, Juliette, la violoncelliste de L.E.J.. L’accord violoncelle et MPC était tout simplement jouissif et la toute jeune star de Saint-Denis a prouvé son immense talent au delà de son style de prédilection.

Enfin, Parov Stelar et sa bande ont eu l’honneur de clôturer le festival. Pour un troisième passage aux Solidays, l’autrichien a fini en fanfare. Et c’était presque une cérémonie que ce dernier concert, marquant la fin d’une édition pleine de sensations.

Aux Solidays, on vit dans un autre monde, on pénètre dans une bulle hors du temps, que l’on ne voit plus passer. Ce que l’on voit en revanche, on ne le voit nulle part ailleurs. Par exemple l’étrange spectacle sous un chapiteau de festivaliers munis d’un casque dansant sans un son : la Silent Disco ! Ce concept né aux Pays-Bas est une expérience sympathique, bien qu’étrange, durant laquelle chacun danse tout seul, mais tous écoutent la même musique. Comme partout sur le festival, s’entremêlent cohésion et singularité. C’était très étonnant à voir de l’extérieur.

Color Party - Ben Viallatte - Solidays

Color Party – Ben Viallatte – Solidays

Dimanche, à 20h, avant le concert de Zebda, des bénévoles distribuaient des sachets de poudre colorée aux festivaliers : une Color Party en plein festival. On aura tout vu. Lorsque le moment vient, un énorme nuage coloré se forme au dessus de la scène et retombe délicatement sur une foule en transe qui se meut alors comme un arc-en-ciel vivant. Un moment de pure folie où le public en liesse se regardait avec des yeux ébahis.

Toutefois à côté des espaces voués à la musique, une véritable vie se crée sur le site de Longchamp pendant ces 3 jours, et l’ennui n’y trouve pas sa place tant tout est là pour divertir.

Amateurs de sensations fortes, à votre disposition sont mis des manèges, qui illuminent les recoins la nuit. Pour les plus aventureux, il est même possible de faire du saut à l’élastique. Les cris (de joie ou de peur) résonnent sur tout Longchamp. Cependant, étant  organisé par la SNCF, trois heures de file d’attente sont à braver. Mais sauter avec un proche n’est-il pas le meilleur souvenir que l’on puisse avoir ?

Manège - Marylene Eytier - Solidays

Il y a également des espaces de détente comme le Green corner. Véritable îlot de paix au milieu de ce fourmillement incessant, ce sont 900 mètres carrés de pure décontraction : transats et hamacs, paysage tropical, masseurs et masseuses, alcool interdit. On pourrait aussi parler du salon de thé à la menthe et de pâtisseries orientales juste à côté, ou des différents food-trucks et autres restaurants qui nous ont régalés.

Si vraiment vous ne trouvez pas votre compte et que vous avez l’âme sensible à votre prochain, il faut vous rendre au village des associations, où les militants défendent leur cause et tentent de sensibiliser, toujours dans un esprit ludique (vous pouvez par exemple participer à des courses en fauteuil roulant).

Solidays a en effet pour dessein de récolter des fonds pour financer l’aide aux malades et la recherche de traitement, mais aussi de sensibiliser les festivaliers à se protéger dans leurs rapports sexuels, à parler librement de leur sexualité. C’est ce que l’on ressent à la découverte des différentes expositions sur le festival. On pouvait visiter en libre accès Happy Sex, une expo BD de Zep (le dessinateur de Titeuf), très ludique et presque enfantine, présentant des situations de la vie sexuelle, à tout âge, en tout lieu, et toutes circonstances. Certains sont celles que l’on connaît bien, d’autres nous paraissent bien extrêmes. Souvent ridicules, il y a quelque chose de gênant car c’est une mise à nu de l’intimité de chacun. Toutefois, cela permet aussi d’exposer clairement le fait que la sexualité est une part importante de la vie de chacun, dont il ne faut pas avoir honte. Mais peut être plutôt quelque chose qui se partage, dont on peut rire et qu’il faut avant tout démystifier.

C’est également un message de tolérance que Solidays veut répandre. Le SIDA est une maladie qui touche tout le monde, mais les populations les plus à risques sont celles qui sont en marge de la société : les homos, les travestis, les prostituées, les transsexuels… L’idée d’intégration est défendue tout au long du festival, et la dimension très hétéroclite de la population des Solidays trouve peut être son origine de cette volonté. En effet, ce sont des jeunes et des moins jeunes, venus entre amis, en couple, en famille qui se fondent dans une masse extrêmement diversifiée.

Comme tout festival qui se respecte, Solidays propose un camping. Divisé en deux parties, le coin zap (pour les fêtards) et le coin zen (pour les dormeurs), le camping est aussi le lieu de nombreuses animations. Neuf heures du matin, la tente ayant presque fondu sous la chaleur, le réveil est difficile mais les animateurs proposent un cours de sport. De quoi préparer son corps pour la journée qui vient !

Un concours de chant a aussi été organisé, permettant aux campeurs de gagner des pass VIP pour le saut à l’élastique. Suite à ce concours, un clip a même été tourné avec des campeurs allemands, surnommés les « Piscine Boys », pour enregistrer leur hymne aux Solidays qui aura marqué nos quelques jours en tente. Tout cela se déroule dans une ambiance « friendly », on peut entendre tout au long de la journée  « apéro ! » , ou encore des répliques de films cultes (« -Ca va être tout noir ! -Ta gueule ! »). L’aménagement du camping représente à la perfection l’ambiance qui y règne : coin chill, des hamacs et des tubes de lumières flashy, une petite plage de sable fin, des poufs, un coin petit-dej…

Solidays © Laurence Geai

Solidays © Laurence Geai

Les seuls petits bémols de cette édition, victime de son succès, étaient presque liés au monde présent sur le site. Le festival plein à craquer peut être très oppressant. Chinese Man a en effet rameuté une telle foule qu’il était pratiquement impossible d’accéder à la scène après le début du concert. C’est également beaucoup de queue à l’entrée (quoique le système des bracelets soit plutôt efficace), aux food-trucks, aux attractions, au bar. Même chose sur le camping, bondé, l’attente était parfois très agaçante. Malgré tout, cela aura créé une vague de rébellion chez les campeurs lors du dernier jour, qui se sont mît à scander joyeusement « Libérez les campeurs ! ».

Finalement Solidays, c’est sympa et sexy. La programmation ecléctique permet de plaire à tout le monde et de passer d’une atmosphère à une autre toutes les heures. L’ambiance y est agréable car les festivaliers sont pour la plupart sympas, ouverts d’esprit. Il n’y pas de dress code, les gens sont déguisés ou presque nus ou peints avec des couleurs qui font du bien aux yeux, ou simplement venus sans pression offrir des sourires et des Free Hugs. Solidays c’est aussi l’occasion de faire une bonne action sans s’en rendre compte, et c’est peut-être pour ça que l’on en sort si heureux. Car c’est un festival qui prône la tolérance et l’ouverture d’esprit et car il attire des gens venus d’horizons différents mais tous d’accord pour profiter de la musique, on s’y sent fondamentalement bien. Et qu’est-ce qu’on s’y éclate ! On repart tous avec le Soliblues, un peu comme à la fin d’un colo et on attend avec impatience l’année prochaine.

Par Oksana Baudouin et Cassandre Tarvic

Auteur·rice

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