MUSIQUE

Rencontre avec EZ3kiel – « Nous avons une proposition musicale singulière en France »

Ils n’ont pas leur pareil dans le monde de la musique : les quatre garçons d’EZ3kiel parcourent la France depuis vingt ans, enchaînent les albums, et pâtissent pourtant d’un certain déficit de notoriété, malgré leur talent indéniable. Maze a rencontré Stéphane, le batteur, et Yann, le « magicien » des lumières à Cherbourg, lors du festival des Art’Zimutés, le 27 juin dernier.

On est ici à Cherbourg. Avez-vous déjà eu l’occasion de venir jouer dans la région ?

Stéphane : On est venu jouer à Cherbourg une fois, il y a deux ans je crois. (Yann s’interroge) Mais si, il pleuvait, il faisait -12°C ! (rires). Sinon, nous avons fait plusieurs passages à Chauffer dans la Noirceur, à Montmartin-sur-mer.

Comment est né le projet, et même pourrait-on dire le style, EZ3kiel ?

Yann : Ça fait déjà vingt ans qu’on existe ! A l’époque, il y avait une scission entre l’électro, et le rock. Dans la tête des gens, l’électro ça devait être fait par un DJ. Nous, on a voulu faire de la musique électronique, mais en jouant. C’était complètement impensable à l’époque ! De plus, un groupe sans chanteur, c’était complètement original et nouveau. Au fur et à mesure, on a commencé à intégrer la vidéo dans notre travail, puis un vrai travail de lumière. On a manqué de visibilité, parce que nous n’avions pas de lead.

Justement, est-ce que vous diriez que le fait de ne pas avoir de lead vous a fermé des portes ?

Yann : Clairement, ça nous a fermé un certain nombre de portes. On n’avait pas d’existence réelle dans la presse, encore moins la presse musicale. On n’aurait pas eu la même carrière si nous avions eu un chanteur. Mais artistiquement, on fait ce qui nous semble être intéressant. On développe une approche totalement différente de la musique et du spectacle. On est en à huit albums, totalement instrumentaux.

Vous allez loin dans l’expérimental, dans la complexité musicale. Est-ce que vous pensez travailler énormément, parfois plus que les autres ?

Stéphane : On fait un véritable travail de fond, sur une longue distance, mais tout comme les autres groupes je pense. Ce qui est plus dur pour nous, c’est supporter le regard et l’écoute des autres. On fait de notre mieux. Donc tout est relatif. Ce qui est vrai, c’est qu’on a une proposition singulière en France, pas toujours facile à suivre pour le public.

Yann : En effet, c’est pas forcément évident pour le public de comprendre qu’on passe d’un groupe de noise à six personnes sur scènes, à un orchestre entier qui nous accompagne. On ne reste pas toujours sur les rails.

Puisque justement vous avez tendance à changer beaucoup de style, quelle est votre manière de travailler ? Est-ce toujours la même ?

Stéphane : On inscrit notre projet dans le long cours. On définit des bornes, et on les respecte, peu importe le style en fait ! Mais ça ne nous empêche pas de rester le même groupe. Chaque album devient un projet sur scène, à part entière.

Yann : Par exemple, pour moi, on a complètement redéfini ma fonction. Avant, je jouais de la basse sur scène. Pour ce projet, je suis descendu de scène, et je m’occupe de toute la partie lumière. Certains n’ont pas compris, mais pour moi, ce n’est pas parce que je ne suis plus sur scène, que ce n’est plus EZ3kiel ! Je participe d’une autre manière. Pour le reste, en général, je dirais que l’album est un prétexte au live. Il se transforme sur scène.

Stéphane : On peut facilement reprendre les chansons de nos albums sur scène. Elles ont même tendance à se sublimer en live. On modifie des petites choses, on se dit « Tiens, si on jouait celle-ci plutôt comme ça, ce serait encore mieux ! ». On s’attache à jouer les morceaux en entier. Ils vivent sur scène, on les perfectionne chaque jour.

Votre production est éclectique, mais est-ce que vous avez des influences communes à vous quatre, qui façonnent votre musique ?

Stéphane : On ne s’est jamais dit « On va faire tel style ». On est amis, on se fait écouter un certain nombre de choses, on s’attire dans différentes directions. Par exemple quand ils me font écouter de la grosse techno, ce qui n’est pas du tout mon style, je trouve des choses intéressantes. Tout est bon à prendre partout. On a des références classiques comme hip-hop. Notre musique est une sorte de gros buffet !

Vous êtes en tournée depuis fin 2014, où est-ce qu’on pourra vous voir prochainement ?

Yann : Tout l’été dans les festivals, aux Vieilles Charrues, à Cluze, au Canada au festival OSHEAGA. Et puis nous serons en concert à l’Olympia le 28 janvier 2016 !

Pour vous donner une idée de ce qu’est EZ3kiel :

Auteur·rice

Kevin Dufreche

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