Rencontre avec Kid Wise – « Le nombre fait la force »

Kid Wise nous en a mis plein la vue à l’Imaginarium Festival, les 23 et 24 mai derniers. C’est un groupe énergique, original, audacieux et moderne, qui est surtout très complet et bien équilibré tant sur les arrangements que sur le chant qui nous a livré un excellent concert. La musique est lente, tranquille, un crescendo la porte puis elle explose de façon très maîtrisée et très mature. Ils sont heureux, convaincus, ils y mettent trois fois leur cœur et ça se ressent bien. Si bien qu’ils auront fait griller puis s’enflammer une des enceintes. Le public est conquis, dansant à l’unisson sur les rythmes entraînants. Ils sont vraiment très bons, l’émotion est là, la force est là, et il n’y a rien de superflu. Une vraie surprise, une vraie claque dans la figure. C’est avec eux que Maze a eu le plaisir de s’entretenir.

Ce soir, vous avez littéralement enflammé l’Imaginarium. Est-ce que tous vos concerts sont comme ça ?

 Le feu ? Non, le feu c’est la première fois (rires). Pour l’ambiance, c’est le premier festival qu’on fait cet été et c’était génial, les gens étaient très réactifs, on s’est éclatés.

J’ai eu un peu peur pour toi à un moment, j’ai cru que ta tête allait se décrocher de ton corps à force de la secouer dans tous les sens comme ça !

Demain je vais le regretter ! On en parlait hier, justement. On aime bien bouger notre tête très fort, mais le lendemain on a un peu des courbatures.

Vous avez l’air vraiment heureux d’être là.

Carrément ! On est passés à 18 heures, c’est un horaire un peu ingrat, les gens arrivent du camping on sent bien qu’ils ne sont pas trop chauds, mais on a l’impression d’avoir bien réussi à les réveiller. Le public était quand même très réactif, les gens sont adorables ici.

En ce qui concerne le groupe, donc, comment Kid Wise, qui était au début un projet solo  est passé à un projet collectif ?

Très naturellement. Au début je travaillais tout seul et puis j’ai eu envie que le projet prenne un peu plus d’ampleur,  je me suis entouré d’amis que j’avais. On faisait tous partie de groupes différents mais on se connaissait personnellement et musicalement. Par exemple ça m’est arrivé de faire un concert avec l’ancien groupe de Nathan (le bassiste de Kid Wise, ndlr), et petit à petit on s’est retrouvés à travailler ensemble, on est tous égaux et unis dans ce collectif. Au-delà de la musique on est tous amis.  

Vous êtes donc six dans le groupe, n’est-ce pas parfois dur à gérer ?

Si, forcément, c’est un pari un peu risqué ; c’est notamment plus difficile de faire des premières parties, ça fait beaucoup de monde et beaucoup de matos à déplacer, ce qui n’est donc pas toujours idéal pour ouvrir d’autres artistes. En dehors de ça, nous aimons jouer avec les extrêmes, faire des morceaux très calmes, mélodiques, avec du piano par exemple, puis qui explosent avec beaucoup d’énergie. De notre point de vue, le nombre fait la force, on a beaucoup d’instruments et on peut jouer sur beaucoup de fréquences différentes. On se complète les uns les autres, entre l’analogique et l’électronique. Enfin on n’en abuse pas non plus, on n’aime pas trop abuser de l’informatique et de ce que ça offre non plus. On aime beaucoup travailler avec des instruments acoustiques, et même si on en utilise quelques-uns ne pas travailler uniquement avec des samples.  Tout est une question d’équilibre, et je peux te dire qu’aucun membre n’est remplaçable ni optionnel.

Beaucoup de vos titres font référence à l’enfance, y compris le nom de votre groupe, pour quelles raisons ? Qu’est ce qui vous plaît dans cet univers ?

Tu sais, on a tous la vingtaine, mais on est des grands enfants. Des grands enfants qu’on compte rester. On n’a pas spécialement de message à faire passer, on exprime ce qu’on vit, on parle de ce qu’on connaît, simplement. Il s’agit de se concentrer sur l’instant présent, vivre l’émotion à l’instant T. C’est exactement comme les Fleurs du mal, vraiment ce sont les émotions sans message particulier. C’est très onirique, enfin c’est ce qu’on essaie de faire. Mais sans se comparer à Baudelaire ! (rires)

Par rapport aux visuels, vous semblez leur accorder une place très importante dans le projet Kid Wise, pourquoi ?

C’est relatif à l’époque ; l’image est aussi importante que le son, il faut s’adapter à la façon dont les gens « consomment », même si je déteste ce terme de « consommer » pour parler de musique. Mais il faut une identité visuelle forte, c’est comme ça que ça fonctionne.

Vos visuels, qui les fait ? Ça se passe en interne ou vous avez recours à des personnes externes ?

Alors, ce sont toujours des amis. Par exemple les dessin sont d’Eléonore Verger, le packaging c’est Aloïce Lecerf. En fait on fouille beaucoup pour trouver des gens qui ont envie de travailler avec nous, qui nous comprennent. On est très concentrés sur l’humain. Pour les vidéos, on les fait avec des amis aussi même si on est encadrés par des managers. On a cette sorte d’équilibre entre les structures en place qui nous épaulent dans notre professionnalisation et notre liberté de pouvoir travailler avec des gens avec qui on a vraiment des atomes crochus.

Sur Ceremony, vous collaborez avec l’artiste iranien Mohammad Moussavi. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette rencontre ?

Bien sûr. Il a 19 ou 20 ans, il est né à Téhéran, et nous, on l’a rencontré sur Soundcloud. Il a un univers merveilleux, il a une manière de faire de la musique qui est très brute. Si tu veux, là-bas la musique est contrôlée par l’État. Il est illégal de faire autre chose que la musique religieuse ou la musique que l’État cautionne. Tu n’as pas le droit de faire du métal, tu n’as pas le droit de faire des concerts dans des bars… Comme dans le film Les chats persans, où des jeunes essayent de monter un groupe clandestin, ils se battent pour leur liberté. Je sais pas si tu l’as vu ? Par conséquent il vit dans la peur constante, il a un talent et des émotions inégalables qu’il sait très bien transcrire dans ses morceaux.

On a donc décidé de lui offrir une tribune dans le morceau Ceremony, on lui a donné carte blanche et il a fait chanter son père, qui est lui chanteur religieux, et il a joué par-dessus, on a incrusté ça dans le morceau et c’est merveilleux.

Comment est-ce que vous gérez, d’ailleurs, quand il y a un imprévu, quelque chose qui ne se passe pas comme il faut en concert ? C’est quelque chose qui vous ennuie ou au contraire que vous mettez à profit ?

Quand c’est pas prévu…. Ça fait jamais plaisir mais ça fait partie du spectacle, et on réécoute chaque live à chaque fois et on note ce qui allait ou pas, pour ensuite travailler sur ce qui a pêché. Il faut pas que ce soit le bazar, quoi… Il faut un mélange des deux, il ne faut pas que ce soit trop aseptisé mais il faut maîtriser pour tenir le rythme.

Avez-vous parfois des blocages, le syndrome de la page blanche ?

Ouais, bien sûr.

Comment est-ce que vous gérez ça ?

On boit de l’alcool et on se tape dessus. Non, je plaisante. Tu sais, on a eu l’impression d’aller dans le mur, d’écrire pour les autres, on a fait une grosse remise en question pour l’album, et au final il ne faut pas trop se poser de questions, il faut vraiment y aller sans penser aux autres, il faut se déconnecter. Tout appréhender comme un enfant. C’est ce qu’on essaie de faire.

Pour finir, par quel morceau est-ce que vous aimeriez qu’on vous découvre ?

Oh, par n’importe quel morceau. On les aime tous. Ce qui serait vraiment bien, c’est que les gens prennent le temps d’écouter l’album du début à la fin.

Kid Wise, leur album L’Innocence est sorti et vous pouvez retrouver notre critique ici

Pour approfondir, le Soundcloud de Mohammad Moussavi.

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Belle enceinte en feu lors du concert de Kid Wise – ©Maze

 

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