MUSIQUE

Rencontre avec Superpoze – « Je refuse de faire du Superpoze »

Alchimiste des sons et architecte du rêve, Gabriel a.k.a Superpoze a récemment confirmé son talent en nous offrant un des meilleurs albums de 2015. Après plusieurs délicieux EP, des sorties de titres aux côtés d’autres grands noms (Stwo, Fakear, Thylacine), un side-project pour Kuage et une tournée internationale, le jeune normand revient avec un premier album Opening, sorti sur son propre label Combien Mille Records. A l’occasion de la 15ème édition des Papillons de Nuit, nous avons rencontré ce jeune beatmaker et producteur plein de talent. 

C’est la première fois que tu viens aux Papillons de Nuit : qu’est ce que ça te fait de jouer pas loin de chez toi ?

Je suis super content. D’autant plus que c’est la première fois que je joue en Normandie depuis que j’ai sorti mon album Opening donc c’est vraiment un truc de coeur, je suis impatient.

Dans ton premier album, on remarque un changement de cap par rapport aux EP : pourquoi ce choix ?

C’est un ensemble de plein de facteurs. D’abord, il y a le fait que j’ai fait énormément de live sur la base de mes premiers EP, avec des lives qui étaient justement très making / MPC. Pendant que je tournais, j’ai composé de la musique mais pas beaucoup donc j’avais beaucoup d’espaces libres et d’envies pour composer. J’ai commencé à écouter d’autres choses que ce que j’écoutais avant. Après ma tournée où je suis passé par la France, la Belgique et la Suisse de septembre 2012 à décembre 2013, en janvier 2014 je me suis dit que j’allais faire un album. J’ai commencé à ouvrir mon logiciel comme d’habitude, à prendre des samples de voix et de les découper et je me suis rendu compte que je n’avais pas envie de faire ça. J’en avais entendu partout, on en avait bouffé trop. En fait, ça ne me plaisait plus du tout mais au-delà de ça, c’est surtout que ça ne me touchait plus. Quand je faisais ça, je ne ressentais rien, j’avais un truc mécanique… En fait j’étais en train de faire du Superpoze. Et je refuse de faire du Superpoze car c’est un nom que j’ai pris, mais ça reste moi, c’est ma musique donc je voulais faire une musique qui me touchait.

À côté de ça, il y a eu l’arrivée d’un piano chez moi que j’avais dans mon enfance et comme j’ai beaucoup déménagé dans ma vie, il était resté dans une de mes maisons. Il a été rapatrié dans l’appartement de ma mère où j’ai composé l’album et du coup je me suis mis à ce piano au début juste pour composer et je voulais ensuite tout réarranger mais, finalement, ce piano est resté au coeur de cet album final dans les enregistrements. Et surtout je voulais faire un album qui soit un album, qui ne soit pas une compilation de morceaux. Avant, quand je faisais des EP, je faisais plusieurs morceaux je prenais les meilleurs et je disais “ça ‘cest un EP, c’est quoi le meilleur titre c’est The Iceland Sound je le mets en premier”. Là je voulais faire un disque que les gens allaient écouter en entier, c’est pour ça qu’il n’est pas très long. Je veux qu’on l’écoute en entier. Ce sont tous ces facteurs qui ont fait qu’aujourd’hui Opening sonne comme ça.

Opening est un album très visuel et évocateur. Comment sont nées toutes ces images quand tu as composé ?

Oui c’est de la musique évocatrice d’images parce que nous dans notre inconscient de jeunes du XXIème siècle d’Europe Occidentale, on a vu des films avec des BO qui évoquent ces choses-là. Pour moi je n’ai pas d’images en tête quand je fais de la musique. Ce qui m’intéresse d’abord c’est vraiment le son, l’enchaînement harmonique, des mélodies, des montées, des choses sonores qui me prennent. Au début c’est ça. Je ne compose pas en me disant “Attention là je vais peindre la mer en musique” (rires). Par contre, une fois que mon morceau est terminé, forcément, comme n’importe quelle personne qui écoute de la musique, ça me renvoie à des images et à des choses.

Et ton album te renvoie à quoi quand tu l’écoutes ?

Ca me renvoie à une certaine idée de l’espace, du temps qui passe et de la lenteur.

Partir à l’étranger pour ta tournée a-t-il joué sur l’écriture de cet album ?

C’est sûr, si je n’étais pas parti en Asie j’aurais fait un album qui ne sonnerait pas comme ça. En étant tout seul du coup, je me suis repositionné et j’ai laissé le temps aux choses. Tu te rends compte que t’appartiens à un monde plus grand que ton petit quotidien. Même si tu le sais, quand tu ne le vis pas, c’est pas pareil. Donc l’enchaînement Cambodge, Viet Nam,  Japon, Chine ça a en effet changé beaucoup de choses.

Quel est l’impact de ta nouvelle manière de composer et de construire tes morceaux sur ta prestation en live ?

Ca change beaucoup en effet. Avant mon live c’était de lancer mes séquences de morceaux. J’avais des parties lead de voix découpées, je les jouais et les parties de clavier je les jouais comme ça. Là je ne pouvais pas faire ça avec cet album, ça n’aurait eu aucun sens. Je voulais reconstruire les morceaux. En fait, je n’ai tellement pas pensé au live quand j’ai fait cet album que c’est une fois que je l’ai écouté terminé que je me suis demandé comment j’allais le faire en live. A partir de là, j’avais beaucoup de possibilités et j’en développe encore plusieurs en ce moment mais celle qui pour l’instant tourne c’est une manière purement électronique de jouer avec une réécriture des morceaux en live tout simplement. J’ai toujours ma petite MPD au cas où en cas de secours mais sinon ça change vraiment.

Pourquoi avoir voulu créer ton propre label Combien Mille Records ?

Quand j’ai commencé à faire de la musique électronique, je faisais tout tout seul et c’était complètement logique d’aller jusqu’au bout de la démarche. Je commençais un morceau à 15 heures, le lendemain  à 10 heures il était mixé et masterisé avec les outils que j’avais. Il avait donc juste à être mis sur bandcamp pour sortir. Du coup, c’était évident pour moi de faire mon propre label. J’étais avec mes amis des Beaux Arts de Caen et on voulait faire des CD à la main. Et puis j’étais fan d’artistes comme Four Tet il avait son label et c’était logique pour moi. Pour moi quand tu es producteur électronique, c’est normal d’avoir son label. Ca ne veut pas dire être cloisonné dans ce label-là, tu peux sortir des choses sur plein de label si tu veux. Ca permet vraiment d’être réactif dans les sorties et de faire des projets comme tu veux.

Tu ne voudrais pas le développer encore plus, aller plus loin avec ce label ?

Si j’aimerais vraiment le faire mais je n’ai tout simplement pas le temps pour le moment. Et puis j’ai pas envie de le faire pour le faire, sans un véritable fond. Là je suis sur plein de projets, pour Superpoze j’suis déjà sur deux autres albums, sur de la musique pour l’image, ça prend énormément de temps … Peut-être que quand tout sera fini en 2016-2017. Un nouvel EP de Kuage (side project avec Adrien des Concrete Knives, SAmBA De La mUERTE) est prêt et j’aimerais bien le sortir, on va voir si on a le temps de le faire bien. Sûrement d’autres choses vont arriver .. mais donc pour l’instant développer ce label ne peut pas être ma priorité.

Pour tes prochains morceaux, vas-tu suivre cette voie d’innovation ou va-t-on retrouver une structure plus proche de celle de tes premiers titres ?

Là, pour l’instant, je ne suis pas en train de faire un album Superpoze, mais des albums pour d’autres gens. C’est donc un travail différent. Il y a forcément ma manière de travailler plus récente qu’il y a sur Opening avec beaucoup plus de nappes et de piano et surtout des structures moins pop mais plutôt plus progressives. Après quand je déciderai de faire mon deuxième album, je pense que je le ferai comme j’ai fait le premier, pas du tout dans le son mais dans la méthode de faire un album qui va être un tout et ça se trouve ça sera avec une guitare, j’en sais rien. Je suis dans cette optique de faire des albums qui s’écoutent en entier et que tu peux ranger côte à côte dans ton Expedit.

Marie-Madeleine Remoleur

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