SOCIÉTÉ

Paroles, Paroles… Et l’Europe dans tout ça ?

Des maux, toujours des maux, les mêmes maux… avec la crise grecque, l’Europe est au coeur de l’actualité internationale. Mais pas vraiment à la hauteur.

Si on devait résumer la crise grecque, en quelques mots (crûs), on pourrait dire que la Grèce est dans une situation merdique, que l’Europe peut l’aider, que l’Europe a plus ou moins essayé et que ça n’a pas vraiment marché. Alexis Tsipras, le premier ministre grec, a voulu renégocier l’aide européenne. En contrepartie, il lui faut un programme de réformes que ses créanciers (l’Union Européenne, la banque centrale et le FMI), doivent approuver. Mais évidemment, les propositions ne sont pas assez austères et les créanciers n’approuvent pas. Alors ils ont proposé un programme de réformes, que la Grèce a refusé par un référendum historique.

Voilà pour le décor. Mais en second plan de la scène européenne, il y a le Royaume-Uni, bon élève de l’Union Européenne, cancre de la zone euro puisqu’il préfère garder sa propre monnaie, la livre. Mais le Royaume-Uni c’est un pays plus prospère que la Grèce. Lorsqu’il évoque une sortie de l’Union, branle bas de combat, il faut qu’il reste ! Ce n’est bizarrement pas le même son de cloche lorsqu’on évoque une sortie de la Grèce, un Grexit, que les grecs ne demandent même pas. Allez comprendre pourquoi on veut en garder un et pas l’autre, si ce n’est pour des raisons économiques. Est-ce vraiment ça l’Europe ?

Enfin, au dernier plan, il y a l’Europe de la défense. C’est assez simple : pas d’armée commune, pas d’unité sur les décisions d’engagement militaire, une seule idée : on va imposer la paix de partout. Mais en cas de conflit, la France part au combat, souvent seule. Enfin seule, elle est soutenue par des déclarations des dirigeants européens mais leurs troupes sont encore et toujours attendues.

L’Europe, c’est une pièce en trois actes. Le premier : la construction, sur une superbe idéologie d’unité commune d’un continent. Une unité qui avantage tout le monde. Au-delà de l’économie, on songeait déjà à une Europe politique qui n’a toujours pas vu le jour. On évoque aujourd’hui « le sens de l’histoire » sur la situation grecque. Pas sur que les Delors, Schuman et autres pères fondateurs soient très satisfaits de ce qu’il se passe aujourd’hui.

Deuxième acte : la construction économique. Autant dire qu’aujourd’hui elle ne profite qu’à certains pays, il n’y a qu’à voir les différences de croissance entre l’Allemagne et l’Italie. Et si justement on craint plus ou moins une sortie de la Grèce, c’est parce qu’elle pourrait être suivie de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie, qui ont connu ou connaissent la même situation.

Troisième acte : la désillusion. Une tragédie digne des plus grands dramaturges grecs.

L’Europe c’est ce paradoxe entre une idée ancrée dans les esprits mais dépassée par les réalités économiques. Sauf que l’Europe n’est pas la zone euro. Elle ne doit pas être gouvernée par un gouvernement économique mais un gouvernement politique. Les dirigeants européens reprochent à Tsipras de faire de la politique. En réalité, il se soucie de son peuple et de l’avenir européen. Grâce à lui, l’Europe a une occasion de prendre un vrai tournant politique et social. Et grâce à lui, l’Europe est au coeur de tous les débats, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Alors « le sens de l’histoire » ce n’est peut-être pas négocier sur des milliards, loin des réalités des peuples, mais plutôt faire évoluer l’Europe vers ce qu’elle aurait du être depuis longtemps. Et ainsi écrire un fin un peu moins tragique à cette sombre tragédie.

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