SOCIÉTÉ

Ils filent à l’anglaise

Cameron passe à travers les gouttes.

Le fiasco des instituts de sondages n’avait pas été en faveur de David Cameron. L’écrasante victoire des « Tories » menés par celui qui reste au 10 Downing Street apporte au parti pas moins de 331 sièges au Parlement sur 650, soit 37 % des voix. Ceux qui devaient les poursuivre de très près, le Labour de Miliband, n’ont obtenu que 30, 5 % des voix, remportant ainsi moins de sièges que lors des dernières législatives qui s’étaient tenues en mai 2010.

C’est d’un pas assuré et avec un sourire non dissimulé que le Premier ministre britannique a pris la parole dès le lendemain devant les caméras. Après une franche poignée de main aux personnes présentes, David Cameron a annoncé que son objectif ne se limitait pas à la « mise en place le plus rapidement possible de la politique de décentralisation » promise avec l’accord des autres partis. Effectivement, si la victoire du parti est liée aux réformes économiques précédemment mises en places (notamment concernant la nette baisse des dépenses publiques), il n’est aujourd’hui pas question pour les conservateurs de se reposer sur leurs acquis. Les modalités en ce qui concerne les impôts vont être revues, les prestations sociales diminuées, et la lutte contre l’extrêmisme accentuée. De plus, David Cameron compte bien enrichir les pouvoirs écossais, ceux du pays de Galles et de l’Irlande du Nord. Avant sa visite du 15 mai à Edimbourg, le Premier ministre a d’ailleurs mis en garde les autorités à travers un communiqué : l’Écosse devrait ainsi bénéficier « des plus grands transferts de pouvoirs dans le monde ».

Cameron lors de sa conférence de presse devant le 10 Downing Street, Londres - (c) Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Cameron lors de sa conférence de presse devant le 10 Downing Street, Londres – © Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Cependant, la ligne dominante du programme concerne la place du Royaume-Uni dans le club des vingt-huit de l’Union Européenne. Cameron compte bien réformer cette union économique et monétaire, expérience originale d’intégration dans le monde, dans le but d’en améliorer sa compétitivité. Pour lui, les institutions européennes et l’ensemble des pays membres n’ont qu’une solution pour faire opérer un changement significatif : être davantage « flexible et imaginatif ». Le président français n’a montré aucune rancune face à celui qui avait déclaré en mars refuser d’être « aussi mauvais que la France », en étant ouvert au dialogue avec Cameron. Ce même dialogue qui doit se montrer être l’issue du problème. Le referendum du conservateur, promis pour 2017, dont l’intitulé officiel serait le suivant : « Pensez-vous que le Royaume-Uni devrait rester un membre de l’Union européenne ? » ne rencontre pour le moment pas un franc succès auprès du Parlement. L’opposition des conservateurs, les travaillistes et les libéraux-démocrates sont europhiles, et l’eurosceptiscisme de droite ne les affecte pas. Ils considèrent en effet que d’autres questions sont prioritaires, comme celle de l’emploi et de la croissance. Brexit or not Brexit ? Affaire à suivre.

Five o’clock : un thé aux saveurs amères pour les opposants ! 

Miliband, Clegg et Cameron en premier plan, début du mois de mai 2015 - (c) AFP / GETTY

Miliband, Clegg et Cameron en premier plan, début du mois de mai 2015 – © AFP / GETTY

Du côté des grands perdants, l’ambiance n’était pas aux larges sourires le lendemain des élections. Saisis par l’incompréhension et n’étant pas préparés à une si ample défaite, les travaillistes menés par Ed Miliband voyaient s’avancer derrière les micros du siège du parti un leader choqué et déçu. Les résultats ne correspondaient en rien à ce qui était attendu. Il s’agirait même de la pire défaite depuis 1987, c’est-à-dire durant l’époque Thatcher. Après être passé sous une haie d’honneur formée par les partisans du parti, Miliband a mis en avant la déferlante nationaliste écossaise, responsable à son avis de cet échec qui laisse un goût amer en bouche. « Ed le rouge », celui qui avait voulu rompre dès 2010 avec une tendance trop libérale à ses yeux, en proie aux remarques de ses opposants, a tiré sa révérence dès le 8 mai.

Ed Miliband accueilli au siège londonien du Labour - (c) AFP / TALLIS

Ed Miliband accueilli au siège londonien du Labour – © AFP / TALLIS

Miliband n’a pas été le seul à se sentir affecté par ce qui a été qualifié de multiples fois de déculottée. Les libéraux-démocrates ont eux aussi été confrontés à l’échec mais la surprise n’a cependant pas été au même niveau que celle des travaillistes. Leur dirigeant Nick Clegg, n’a pourtant pas supporté ce naufrage. Les mots ne sont rien par rapport à la perte des « Lib-Dems ». Le parti aurait perdu deux tiers de ses électeurs, voyant apparaître à ses yeux le sceptre d’un revers de médaille qui devait un jour ou l’autre se remontrer à lui. Les libéraux-démocrates avaient effectivement participé à l’ancien gouvernement de Cameron, le victorieux. C’est ainsi que Nick Clegg a annoncé sa démission.

En ce qui concerne le parti qui s’était proclamé « armée du peuple », l’UKIP, le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, eurosceptique comme nul autre, la victoire n’a pas non plus été au rendez-vous ! Nigel Farage, son dirigeant, l’avait promis : un échec aboutirait à une démission de sa part. Ce fut chose faite au moment où l’UKIP a appris que malgré une prodigieuse ascension, un siège seulement avait été remporté. Une démission ne provoquant cependant pas de nouvelle vague après le séisme dans le paysage politique britannique : quatre jours après avoir annoncé qu’il se retirait, Farage est revenu sur sa décision. Il demeure donc dirigeant du parti. Une des raisons de ce retour en arrière ? La volonté du leader d’avancer la date du référendum de Cameron.

Le chef de file de l'UKIP, avant les élections législatives - (c) Reuters / HALL

Le chef de file de l’UKIP, avant les élections législatives – © Reuters / HALL

Après avoir abattu toutes ses cartes pour concurrencer ses adversaires et remporté avec brio tous ces sièges, tout en faisant un pied de nez remarquable aux instituts de sondage (quelle polyvalence !), Cameron a entamé sa tournée diplomatique fin mai. L’objectif est évidemment de promouvoir auprès du plus grand nombre de chefs d’États son plan de réforme pour l’Union Européenne. Il va en quelque sorte montrer que c’est anglais, mais que c’est bon ! Fort de sa victoire surprise, celui qui se fait encore appeler parfois « Tory Blair » doit rester vigilant. Les dirigeants européens ne devraient pas tarder à devenir plus fermes avec Cameron, qui a prévenu : il n’assumera pas les conséquences de sa politique.

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