Sismikazot tisse sa toile sur la route

Sismikazot, c’est le fruit de la rencontre entre Rémi Tournier, allias Sismik, et Paul Soquet, Azot. Depuis 2012, ces deux artistes-peintres-graffeurs sillonnent les quatre coins de la France. Armés de bombes aérosols et de peinture acrylique, ils graffent, peignent et remodèlent murs, fresques, et tableaux, avec style et poésie. Cette année, ils ont intégré la Fauve corp et accompagné le groupe sur sept dates lors de leur tournée. Portrait de deux chauves, uniques en leur genre.

Comment est né Sismikazot ?

Paul et Rémi : Graffeurs autodidactes, nous sommes de vieux potes depuis nos années collège. À l’époque, le graff, on le vivait à travers des clichés. En 2012 à Paris, ce fut le déclic, c’était le 15 octobre 2012, on a fait le portrait du rappeur Flynt, pour la sortie de son deuxième album. Nous avons appris à graffer et peindre sur le tas sans trop se poser de question. Avant 2007 on prenait plein de photos de graffs mais on a vraiment appris tout seul.

Cette première fresque a été réalisée avec les moyens du bord et sans aucun financement pour rendre hommage à un pote avant tout, et sans aucun doute le meilleur rappeur français pour nous. Depuis, on bouge aux quatre coins de la France, mais aussi au Maroc. Mais on ne compte pas s’arrêter là et nos frontières n’ont pas de limites !

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Sismikazot.com – Sismikazot @ Toboggan & Cie de LIMOGES

Qui est qui ?

Paul : Rémi Tournier (Simsik), c’est le petit chauve avec un léger surpoids. Certains pensent qu’il passe régulièrement son temps à la muscu et qu’il fut international dans le XV de France au Luxembourg ! Dernier truc, avant il était roux, mais ça c’était avant.

Rémi : Paul Soquet (Azot), c’est le grand, un peu gros du ventre, poilu comme un singe et chauve. C’est lui avec la grosse barbe. Certains pensent qu’il s’est converti à l’islam alors que lui c’est à l’Islande. C’est plus un bûcheron qu’un hipster. Dernier truc, il était blond, mais ça c’était avant.

« On veut bosser avec notre cœur »

Quels types de performances faites-vous ? Et où ?

Fermés à aucun type d’interventions, nous allons partout dans le monde entier, du moment que l’on se retrouve dans le projet. On a fait le tour de la France même si on n’a jamais eu de maillot jaune, quelques pays d’Europe, et nous sommes aussi allés mener un beau projet au Maroc.

On n’a pas encore fait une bonne partie de ce que nous voulions réaliser mais c’est en bonne voie. On intervient auprès de jeunes en difficulté, d’ados, de vieux dans des maisons de retraites, des tous petits dans des crèches… Bientôt on va partir en colo et réaliser un projet dans une maison d’arrêt. Bref, on veut bosser avec notre cœur. On a la chance de choisir nos projets, la notion de partage et de travail sur soi est très importante.

« C’était impossible que nos chemins ne se croisent pas »

Comment a débuté votre collaboration avec Fauve ?

Pour vous raconter toute l’histoire il faudrait plusieurs numéros de Maze en vrai. On a connu Fauve au festival Le Printemps de Bourges l’an passé en Avril 2014, ils avaient vu une fresque qu’on avait réalisée pour Stromae lors de ce festival. Puis de fil en aiguille, après de longues discussions sur les réseaux sociaux, on a décidé de se retrouver dans un bar à Paris. On a grave adhéré à leur projet et on s’est vraiment reconnus dedans, du coup avec du recul c’était impossible que nos chemins ne se croisent pas.

On a eu des idées, et tout est parti. On devait faire deux dates et on s’est retrouvés sur la moitié de la tournée : Caen, Lyon, Genève, Montpellier, Toulouse, Clermont-Ferrand et Paris. On a fait plusieurs murs à Paris, Lille et Genève, deux fresques et plusieurs visuels qui ont suivi la tournée. Ce fut une aventure exceptionnelle, et une putain d’expérience. Au fond c’est pas fini.

Ça s’est fait naturellement en fait, Fauve c’est un peu nous aussi. Ici on peut réellement parler de collectif, il y a un noyau dur de cinq, six personnes. Ce qu’on appelle le CORP, composé de graphistes, vidéastes, acteurs, potes, et maintenant de deux graffeurs, nous.

Sismikazot.com – LES NUITS FAUVES @ TOURNEE 2015

Que signifie CORP ?

Corp c’est l’équivalent de crew ou d’équipe… L’appelation collectif correspond plus pour Fauve que celle de groupe. Ca rassemble des personnes exerçant dans des domaines variés : texte, musique, vidéo, photo, graphisme, web, textile, technique, et peinture. C’est pour ça qu’on parle aussi bien de Fauve que de Fauve Corp. Fauve rassemble aujourd’hui une trentaine de personnes, dont une partie travaille désormais à temps plein sur le projet. Nous on a clairement intégré le truc sans même se poser la question et sans qu’il y ait un gars qui nous couronne en disant “ça y est les gars vous êtes…”, ce n’est pas une secte. C’est le genre de truc qui se ressent et se fait super naturellement. Aujourd’hui on se sent Fauve plus que jamais et il y a certaines personnes avec qui on se sent proches comme si on les connaissait depuis tout petits.

Qu’est-ce qui vous a amené à pratiquer cette discipline ?

La question la plus difficile, car vu comment on vit le truc, on se dit qu’on a pas eu le choix et que ça devait se faire quoi qu’il arrive. On est tombés dedans en tant qu’artisans du hip hop. On avait un petit groupe de rap, on traînait dans les battles de danse hip hop, les soirées beat box ou djing.

Plus qu’une passion c’était un mode de vie, animé par le tag et le graffiti. En revanche au fil de nos rencontres et de nos voyages on s’est énormément éloignés des codes du graffiti, aujourd’hui nous sommes simplement deux artistes peintres, indépendants, issus du graffiti. Au fond notre démarche est bien plus hip hop que beaucoup de gens qui se revendiquent comme tel mais qui en ont perdu toutes les vraies valeurs.

Vous gérez une pluralité de projets, ce n’est pas trop compliqué de faire ça à deux ?

En vrai on est complémentaires à mort. On arrive à tout gérer à deux sans “trop” se prendre la tête. C’est un peu comme pour un couple, il faut se faire confiance et ne pas repasser derrière l’autre ou juste le faire valider ou le faire en cachette. Là par exemple un répond aux questions pendant que l’autre est en train de finir une toile. L’un va le lire à l’autre et l’autre va valider ou pas d’ailleurs. On est en train d’écouter le disque de Blizzard sur notre nouvelle platine vinyle… Et on a qu’une envie, c’est de niquer ce putain de blizzard, à deux, sans l’aide de personne juste en faisant ce qui nous plaît. D’être deux, ça nous conforte à fond dans nos choix et on en serait certainement pas là à parler de nos conneries si on avait pas été ensemble depuis le début.

Combien de fresques et peintures avez-vous réalisé depuis 2012 ?

Sans trop réfléchir, disons quand même beaucoup. Mais si vous voulez vraiment un chiffre, on a dû faire 35 fresques. Mais on ne compte pas les petits trucs, les fresques participatives, celles en ateliers, sinon on arriverait vite à 200.

Et en plus de tout ça on ne compte pas les peintures où on est seul, les chromes et noirs sans intérêts. Toutes ces petites choses faites pour vider nos bombes et nos têtes, les flops et les tags. Pour avoir les vrais chiffres il faut compter les vignettes qu’il y a sur notre site, car chaque fresque a son reportage et chaque reportage sa vignette.

Quels sont vos prochains projets ?

Cet été on part deux fois en colo avec le comité d’une grosse entreprise qui gère l’électricité en France pour ni les citer ni vous donner d’indices… !

L’idée est que nous sommes avec les jeunes pour deux fois une période d’une semaine. On met notre cerveau en mode colonie de vacances et nous aménageons l’emploi du temps en fonction de leurs créneaux pour faire une semaine SISMIKAZOT, avec de la peinture mais pas que..

Nous voulons faire des ateliers de théâtre, de slam, de photo et de retouche photo, leur expliquer comment on se sert des réseaux sociaux, monter une expo, faire participer les gens, peindre en petit mais aussi en grand, choisir un visuel, regarder des reportages et aussi aller à la pêche, à la piscine, manger des glaces et des bonbons jusqu’à ce qu’on ait épuisé l’argent de poche de tout le monde.

Concernant la maison d’arrêt c’est dans les Vosges à Epinal. L’hiver dernier, on était en tournée de Noël et un soir on a dîné chez Sarah, une femme avec qui on travaillait, son époux est chef de détention dans la prison locale. On a apprécié sa démarche, sa façon de penser et on lui a rapidement parlé de ce qu’on pouvait faire. Le projet devrait voir le jour pour les vacances de la Toussaint. Le but ? Réaliser une grande fresque en plein milieu de la maison d’arrêt avec plusieurs détenus. On s’adapte à tout type de cadre en fait.

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Sismikazot.com – Fabrique Culturelle des anciens abattoirs @ CASABLANCA

Votre plus beau souvenir à l’un et à l’autre…

…Depuis le début de votre aventure ?

Paul : Il y a eu trop de trucs mais je me rappelle le premier projet que nous avons mené au Maroc, on a rassemblé les délégués de classe d’une école dans la cantine. On leur a parlé de nous et montré des trucs. Ils devaient retranscrire le projet à toutes les classes. Il y avait une trentaine de délégués, pour 1 200 élèves. Ils étaient si choux et si attentionnés, putain c’était fort, le café Hdou dans la montagne au Maroc aussi et les papys à la maison de retraite. En vrai y’a trop de trucs c’est dur de choisir.

Rémi : Il y en a plein, on peut pas hiérarchiser, c’est trop compliqué… En vrai on a vécu tellement de choses riches, que ça serait presque malsain d’en faire ressortir qu’une mais je me rappellerai toute ma vie cette mamie à notre première expo à Paris vers Belleville, le premier jour elle nous engueulé, puis deux jours après elle sirotait un soda avec nous sur le banc de la galerie ! Ou la fois où à Ladirat, un gros projet que nous avons mené dans notre petite campagne, on a vu Didier, le maire, arriver en vélo pour descendre au village, ses fesses ne touchaient plus la selle. Il sifflotait et souriait comme s’il avait 20 piges grâce à la fresque et les retours qu’il en avait. Et mes derniers souvenirs sont Fauve, je ne peux pas en citer un mais l’aventure reste et restera exceptionnelle.

…Et lors des nuits fauves ?

Paul : Toutes les dates étaient sensationnelles mais les deux dernières m’ont marqué. A Clermont mes parents sont venus partager le truc avec nous, voir Jean Paul danser sur Kané et Mathé niquer le blizzard sans retenue, c’était magique. Mais si je dois garder un truc je dirais sans hésiter un moment qui restera gravé à jamais. C’est à Paris c’était la dernière et ma petite copine, Carole, m’a fait la surprise de venir alors qu’elle habite Bordeaux, quand elle est arrivée j’ai rien compris. Je me croyais à Clermont-Ferrand alors que ça c’était la veille. Et Fauve nous porte tellement dans notre relation. Et surtout a fait qu’on est ensemble. C’est ouf qu’elle soit venue.

Rémi : Toutes les nuits fauves étaient folles. Ce qui était dingue et reste un souvenir inébranlable c’est avant la première date à Caen : on a passé deux jours au zénith à installer et tester le village des Nuits Fauves et on s’est fait plusieurs concerts tout seuls dans la salle.  Il y a vraiment eu énormément de belles choses. Je pense aussi à des discussions qui m’ont fait comprendre pourquoi je me sentais si proche de cette musique et totalement en accord avec cette démarche.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Depuis 2012 des événements qui nous marquent, il y en a toute les semaines. Mais disons quand même que notre voyage au Maroc en 2014 fut une expérience inoubliable, le résumer en quelques mots est impossible. Pareil pour l’aventure avec Fauve, c’était juste ouf. Un truc simple, réalisé avec des gens simples mais qui est monté tellement haut. À la fin de la tournée, se retrouver au Zénith de Paris devant 6 500 personnes, niquer le blizzard et agiter des drapeaux aux logos et aux couleurs de l’équipe, c’était ouf.

Si vous aviez un message à faire passer, un conseil à donner aux gens qui admirent vos initiatives et n’osent pas forcément faire de même, quel serait-il ?

C’est impossible pour nous de donner des conseils. Juste dans quoi que ce soit, il faut faire les choses avec le cœur sans jamais calculer où ça peut nous mener. Il n’y a pas de stars dans la vie on est tous pareils.

Et dans 10 ans, vous aimeriez être où ?

Disons au même endroit en train de répondre à des questions pour Maze qui hallucine de notre parcours. On a un petit atelier dans le Lot, là où on a grandi. On est bien ici, un peu loin de tout. Puis vu qu’on bouge pas mal plus les années vont passer, plus on va être contents de se retrouver ici, ou pas. Dans dix ans, on mènera le même genre de projets, la même vie. On demande rien de plus en fait, juste continuer dans la même vibe en ayant semé notre façon de voir les choses un peu partout dans le monde.

Sismikazot.com – VOYOU @ LE FLOW à LILLE

Avec ce panel d’interventions, quels sont vos retours ?

On a des supers retours. Sincèrement les premiers messages qu’on a reçu en privé nous ont juste fait halluciner. Des trucs super sincères, sensibles et personnels. On essaye vraiment de répondre à tout le monde.

Concernant nos rencontres et nos ateliers, on garde des contacts au maximum, mais c’est difficile pour nous d’être toujours dispos. Mais sincèrement, une très grosse partie de nos potes maintenant sont des gens qu’on a croisé sur la route. Il nous est quand même arrivé des trucs de dingue, on a dormi et mangé chez des gens qu’on ne connaissait pas et à la fin on avait le sentiment  que c’était des personnes de notre famille qu’on avait pas vu depuis un moment. Pour les jeunes en ateliers, ils nous suivent sur les réseaux sociaux et si on peut on essaie de les recroiser dès que possible.

Un petit mot pour la fin de cette interview ?

Le mot de la fin c’est toujours dur. Puis nous on aime tellement parler. On va dire merci à tous les gens qui nous suivent et nous font confiances. Et une énorme pensée à nos deux chiens Knaki et Badofle, on vous aime fort. Merci à Maze de nous avoir contactés, et longue vie à vous. On espère que Sismikazot n’est que le début d’une longue histoire.

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