Hollande s’engage sur l’année de césure : et après ?

François Hollande a annoncé le 6 mai dernier la parution d’une circulaire à la rentrée 2015, prévoyant le renforcement de l’année de césure pour les étudiants. Prendre un an pour mener à bien ses projets professionnels, associatifs, ou pour partir à l’étranger, beaucoup de jeunes en rêvent, mais trop peu franchissent le pas. Le président de la République entend bien rendre le système plus facile demain, mais jusqu’où est-il prêt à aller ?

Un jeune sur deux prêt à prendre une année de césure

Si le principe de l’année de césure est assez séduisant, nombreux sont les freins qui empêchent les étudiants de prendre ce chemin. En effet, on apprend qu’un jeune sur deux aimerait faire une année de césure, selon un sondage Viavoice pour Animafac, réseau national d’associations étudiantes. Mais il s’avère que seulement 15 % des jeunes ont effectivement pris une année de césure, ce qui démontre une différence importante entre le souhait et la réalisation de ce projet par les étudiants. Les raisons de cette réticence à s’engager dans l’année de césure sont multiples, mais la principale est bien d’ordre économique. Pour partir à l’étranger, ou pour s’engager dans un projet associatif ou professionnel, il faut des moyens dont bien souvent les étudiants ne disposent pas. De plus, la peur que cette année de césure soit pénalisante pour la poursuite des études est elle aussi bien présente. En effet, un étudiant ayant obtenu sa licence va renoncer à une année de césure, de peur qu’on lui reproche cette année sans études lorsqu’il postulera pour un master à accès limité.

Lever les freins

Du côté des défenseurs de l’année de césure, on ne cache pas sa satisfaction après l’annonce faite par le président de la République. Mais on reste tout de même sur ces gardes, notamment sur le principe de la circulaire, « un texte d’orientation qui n’est en aucun cas contraignant pour les universités », comme le rappelle Coline Vanneroy, déléguée générale d’Animafac, lors de l’assemblée générale du réseau le 6 juin dernier. « Pour développer l’engagement dans l’année de césure, il faut qu’elle soit sécurisée et sécurisante », poursuit-elle. En effet, trop d’étudiants renoncent à s’engager, de peur de ne plus toucher leurs bourses, de perdre une année d’études, ou d’être vu comme indécis quand à leur projet professionnel. « La moyenne d’âge des étudiants français est l’une des plus basses en Europe, parce que notre culture, c’est la course au diplôme, pour aller au plus vite vers l’emploi », appuie Malo Mofakhami, président d’Animafac. « Il faut donc que la circulaire valorise l’année de césure, à l’image du Danemark, ou prendre une année de césure donne droit à l’obtention de crédits ECTS », termine-t-il. En effet, un des enjeux majeurs de ce sujet, c’est la reconnaissance de l’année de césure comme utile et bénéfique pour les étudiants, notamment au près des universités et des entreprises.

Un combat loin d’être terminé

Cela n’empêche pas les partisans de l’année de césure d’avoir des motifs d’espérer. Des garanties de la part du président de la République ou du ministère sur le contenu de la circulaire ? « On peut raisonnablement espérer que la césure “engagement” sera présente, ainsi que le maintien du statut d’étudiant et des avantages qui y sont associés, et on espère également obtenir le droit pour les étudiants d’utiliser une année de bourse », affirme Coline Vanneroy. Si l’annonce de François Hollande est une vraie bataille remportée, le véritable combat commencera après la parution de la circulaire. « Maintenant, nous devons faire valoir nos propositions et nos engagements devant toutes les universités de France » clament les responsables d’Animafac. Notamment sur la question du report des candidatures à des formations à accès limité. « Nous souhaitons que les étudiants qui souhaitent prendre une année de césure bénéficient d’un report de leur admission dans telle ou telle filière » concluent-ils.

Les militants de l’année de césure ont dont encore du pain sur la planche pour que l’annonce du Président ne reste pas lettre morte, notamment au près du ministère pour ce qui concerne les bourses et le moment de la césure, pour qu’elle ne soit pas interdite par exemple entre la L3 et le M1. Enfin, au près des universités pour faire valoir les vertus de l’année de césure, et demain permettre à chaque étudiant de se poser un an pour un projet associatif, professionnel, ou pour découvrir le monde.

L’association Inspira-Maze, éditrice du magazine Maze, est membre du réseau Animafac, et élue à son conseil d’administration.

Kevin Dufreche

A l'écrit, et en podcast : Musique en bref !

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