CINÉMA

Festival de Cannes 2015 – Cannes où est ton âme ?

Cannes fait rêver des générations de cinéphiles depuis sa création parce qu’il est, dans sa définition, le festival du cinéma le plus international, celui qui a découvert les plus grands cinéastes du monde entier. Il est aussi célèbre pour son implication politique, notamment lors de la grève pendant les événements de mai 68. Alors, justement à sa 68ème édition, que reste t-il de ces élans humanistes ?

Cannes avait visé grand en ayant pour prix d’honneur la fameuse Agnès Varda. Compagne des surréalistes, épouse de Jacques Demy et surtout femme de résistance, femme de modernité, Agnès Varda représente toute une génération de cinéastes dont la plupart sont morts aujourd’hui. La désigner comme prix d’honneur pouvait ressembler  à un hommage à tous ces gens pour qui le cinéma était la vie et la vie, le cinéma. Des gens comme Truffaut ou Orson Wells qui avaient en mai 68 bloqué le festival de Cannes pour témoigner leur soutien aux manifestants. Aujourd’hui, Cannes est une sorte d’Absolu avec majuscule, hier révolté aujourd’hui résolu comme une vieille relique institutionnelle. Beaucoup disent, et c’est en grande partie vrai, que sans lui bien des films ne pourraient pas être vus mais à force de jouer avec ce pouvoir total sur le cinéma, Cannes perd de sa cinéphilie. Pour preuve de cette influence, bien des films qui n’ont pas été sélectionnés à Cannes ne connaissent aucune diffusion internationale et parfois même nationale pour des films où la censure est appliquée. A chacun de juger si cela est positif ou négatif. Être nommé à Cannes est l’assurance du fric et de la postérité. Les déçus de ce business n’ont qu’à aller se faire voir aux Hallucinations Collectives, à qui la majuscule va bien aussi.

Alors Cannes, dis moi, n’as-tu pas peur de perdre un jour ce monopole ? Parce que, et pour une fois disons « je » ou « nous », nous avons quand même été un peu tristes de constater que les « grimpeurs des marches rouges » sont plus souvent mannequins que cinéastes, plus souvent businessmen que cinéphiles. Et puis, parlons un peu de ton palmarès Cannes, parce que oui là, la poule chante haut, dis donc. Sur dix-neuf films en compétition officielle, cinq sont français et 3 se sont vus attribuer des prix dont la Palme d’or. A propos de Palme d’or, cette année Dheepan est l’heureux gagnant. Film sur l’immigration et la vie dans les cités. Il est certes tout à fait réducteur de le cantonner uniquement à cela mais tout de même, quoi de plus politique que ce sujet ? Rappelons-le, ces dernières années les films à la Palme d’or ont été : Entre les murs, La vie d’Adèle, The tree of Life et Amour. Cinq films magnifiques mais cinq films ultra-politisés. Alors où faire la distinction ? Comment choisir : Cannes a-t-il aimé ces films pour leurs qualités artistiques ou pour leur résonance politique ?

A travers ces pages écrites sur le tas, toutes ces critiques du vif vous pourrez constater que cette année, Cannes a loupé de sacrées pépites qui n’ont, malheureusement, reçues aucun prix. Mais, tout n’est pas manichéen et Cannes et ses paillettes, Cannes et son tapis rouge, ce ne n’est que de la surface. Le vrai, c’est l’écran, le film et vous. Ceux qui ont vus leurs poils se dresser devant Moutains May Depart ou leur coeur battre face à Marguerite et Julien. Peu importe l’enrobage, le cinéma sera toujours le cinéma.

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