Cette année encore, pour sa trente-troisième édition, le festival de cinéma Itinérances a tenu quinze jours Alès, la sous-préfecture du Gard, en haleine, avec ses 233 films projetés, ses 48 000 spectateurs, et ses 102 invités. Les chiffres, qui pourraient défiler encore longtemps pour témoigner de la douce démesure du festival alèsien parlent d’eux-mêmes et il apparaît aussi difficile que frustrant, face à une programmation si riche, de résumer plusieurs intenses soirées de cinéma. Pour moi qui ai bravé les révisions de mes partiels afin de couvrir l’événement au nom de Maze, une seule option : voici les quatre films qu’il ne fallait pas rater à Itinérances. Avants-premières ou film culte, polard ou comédie, tout le monde devrait y trouver son compte.
Les quatre films qu’il ne fallait pas rater à Itinérances
The Big Lebowski des frères Coen, projeté en VOSTFR dans le cadre de la nuit du film de culte.
Un film tellement culte que j’ai presque honte d’avoir à le présenter : un classique du cinéma américain, déjanté, indémodable et émouvant, avec des riches et des pauvres, des courses-poursuites et des parties de bowling, des femmes fatales et des magnats de l’industrie du porno, des artistes contemporains et des nihilistes, des anciens du Vietnam paranoïaques et surtout des peignoirs et des russes blancs pour permettre au héros, The Dude, de supporter toute cette folle enquête policière.
La Isla Minima, d’Alberto Rodriguez, présenté en avant-première
Au sortir du franquisme, dans une Andalousie sublimée par des plans aériens qui ponctuent l’atmosphère angoissante d’un film couronné aux derniers Goyas, deux détectives enquêtent sur la disparition de jeunes filles. L’Espagne en pleine transition démocratique, avec ses flics un peu ripoux et ses journalistes aux méthodes peu scrupuleuses, est rigoureusement décrite, dans un mélange de morbide et de poésie. Portée par de très bons acteurs, l’enquête n’est plus qu’un prétexte pour explorer la complexité de l’âme humaine, véritable fil rouge d’un film aux multiples rebondissements, où aucun détail ne semble laissé au hasard. Vivement juillet, pour sa sortie française.
Brabançonne, de Vincent Bal, en avant-première surprise.
Dans une Belgique en proie aux divisions culturelles, deux fanfares, l’une wallonne, l’autre flamande sont en compétition pour devenir la meilleure fanfare d’Europe. Brabançonne, avec un tel scénario commence comme une blague belge où tous les coups seraient permis entre bands rivaux. Les amateurs de solos de trompettes y trouveront également leur compte dans un film coloré et plein d’humour, aux allures de comédie musicale où les acteurs jouent plutôt bien leurs rôles respectifs. L’histoire d’amour au gnan gnan qui peut se justifier ne ternit même pas l’ambiance du film. Un film à suivre après son succès en Belgique !
Histoire de Judas, de Rabah Ameur-Zaïmèche, encore dans les salles à l’heure où j’écris ses lignes.
Le personnage de Judas, parce qu’il a souvent servi de support idéologique à l’antisémitisme, est réduit à son baiser et à sa sale gueule de méchant des Évangiles. C’est pour briser cette éternelle figure de la duperie, que Rabah Ameur-Zaïmèche joue Judas dans son propre film, où le Christ et ses fidèles apparaissent comme arabes, fils de la Terre sainte, loin des images blanches des Descentes de Croix renaissantes. Un rappel nécessaire, dans ce film aux quelques longueurs parfois désagréables, tourné au Maghreb, sur des ruines romaines qui rendent magistrales un dialogue entre Jésus et Pilate. Une initiation au voyage méditerranéenne d’actualité !







