MUSIQUE

Live Report : Hubert-Félix Thiéfaine à Paloma

C’est un office bien particulier, une messe itinérante rock’n roll, qui, après un passage par Reims quelques jours plus tôt, a repris sa route ce vendredi 17 avril, à la salle de musique actuelle Paloma de Nîmes. Après la sortie en novembre dernier de Stratégie de l’inespoir, voilà Hubert-Félix Thiéfaine, véritable OVNI de la chanson française, de retour en tournée pour le VIXI Tour, lequel vient de commencer et qui passera sans doute tôt ou tard près de chez vous. Pourquoi s’en priver ?

Tout commence avec En remontant le Fleuve, premier titre du dernier album, une chanson à la sympathique atmosphère moite, pesante, où Hubert-Félix Thiéfaine chante d’une voix qu’on peut trouver plus claire qu’autrefois, les premiers vers d’une soirée qui s’annonce riche en poésie. « En remontant le fleuve, où d’étranges présences invisibles nous guettent et murmurent en silence » résonne comme une invitation au voyage.

Et quel voyage ! Plus de deux heures durant, le show, à la hauteur d’une œuvre de dix-sept albums et de près de quatre décennies de carrière, se poursuit, plutôt rock’n roll. Il semble qu’Hubert-Félix Thiéfaine ait fait le choix pour cette tournée de donner une place particulière à des morceaux plus anciens, que d’aucuns peut trouver plus hermétiques pour le profane, comme Autoroute Jeudi d’Automne, Errer Humanum Est ou Femme de Loth. Les classiques sont également aux rendez-vous, pour le plus grand plaisir des connaisseurs de l’œuvre, avec Bipède à Station verticale, ou 113ème cigarette sans dormir, un morceau aux paroles plus que jamais d’actualité, comme Médiocratie du dernier album, au concept étrange d’ « inespoir ».

L’inespoir ce n’est ni l’espoir ni le désespoir, mais une lucidité libératrice de la condition humaine, qu’a choisi de chanter à grands renforts de rimes ultrariches Thiéfaine. Il y a une certaine joie chez cet artiste à aborder les sujets de la folie, de la mort, des multiples vices fondateurs de l’âme humaine, et l’on sent le rockeur heureux de déconstruire certains de ses morceaux dans des versions live, fruits d’une complicité apparente avec ses musiciens.

Car Hubert-Félix Thiéfaine, sur scène comme en studio, sait s’entourer, à l’instar d’Alice Botté, ancien guitariste d’Alain Bashung, qui, déjà présent sur la dernière tournée, reste impressionnant par sa capacité à aller chercher sur son manche des notes fluides, que personne n’aurait pu soupçonner, dans des solos intelligents et déchirants, qui viennent accompagner, sans l’écraser, la musique de Thiéfaine. On note également la présence à la guitare de Lucas Thiéfaine, fils d’Hubert-Félix, qui a activement participé à la réalisation du dernier album.

Cette complicité permet des versions magistrales des classiques de l’artiste, comme Alligator 427, au texte savoureux et à l’air hypnotique que Thiéfaine avoue avoir écrit en revenant d’une manif contre la centrale nucléaire de Fessenheim. Mais ce soir là, les textes ne sont pas là que pour dénoncer l’énergie atomique, et avec des refrains comme « Je veux brûler pour toi, petite » ou « Je n’ai plus de mots assez durs pour te dire que je t’aime », on se demande comment Hubert-Félix Thiéfaine arrive à parler de l’amour d’une façon poétiquo-romantique sans frôler un gnangnan détestable.

L’humour est également au rendez-vous, au-delà des anecdotes et souvenirs personnels, ou quand Thiéfaine n’hésite pas à tourner en dérision l’univers liturgique qui l’a élevé dans son enfance, en lançant notamment le titre Angelus avec du latin.

Le show se termine après les rappels réussis, autour du classique La Fille du Coupeur de Joints. Et parce que chez Maze, on est toujours perfectionniste, une petite frustration : Hubert-Félix Théfaine n’accompagne pas ses textes avec son harmonica, comme lors de la précédente tournée. Pour autant, ce fut une très belle soirée, et vivement la sortie de l’album live de cette tournée du « fou [qui] a chanté dix-sept fois » !

Photographie :  Lara Herbinia

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