Don du sang : la médecine en marche vers l’égalité

Vendredi 3 avril, la société française se modernisait et devenait plus juste, alors qu’un amendement contre l’exclusion des homosexuels du don du sang était voté à l’unanimité à l’Assemblée Nationale, lors de l’examen du projet de loi santé, au motif que « nul ne peut être exclu en raison de son orientation sexuelle ». Un acte civique qui désormais ne sera plus l’objet de discriminations.

Cet ostracisme était le résultat d’une circulaire de 1983 qui jugeait les personnes homosexuelles comme représentant une « catégorie à risques », héritage d’un siècle révolu où fleurissaient les stéréotypes discriminants, injustes, et, inhérents à leurs fonctions de clichés, infondés. Le virus du sida était à l’époque associé aux homosexuels, et c’est pour éviter la contamination qu’ils ne pouvaient donner leur sang. Cependant, il y a déjà bien longtemps que la médecine a démontré que les hétérosexuels n’étaient pas épargnés par le virus. Si aux États-Unis, le virus est transmis principalement par les homosexuels, en Europe, la voie de transmission hétérosexuelle est désormais majoritaire. En 2012, 56 % des personnes qui s’étaient découvertes séropositives avaient été contaminées lors de rapports hétérosexuels. On ne le dira jamais assez, mais se protéger est capital. Plus qu’un droit, c’en est presque un devoir quand on sait que le sida tue chaque année des milliers de personnes.

Cet amendement a été accueilli favorablement. Pour Marisol Touraine, ministre de la Santé, il a pour but de « lever les discriminations relatives à l’orientation sexuelle, et de leur substituer un critère de comportement sexuel s’appliquant à l’ensemble des donneurs potentiels ». Toutefois, la politique étant toujours pleine de rebondissements, le Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) s’est positionné contre l’avis du gouvernement, et avait estimé le 31 mars que l’exclusion permanente des homosexuels du don du sang devait être maintenue.

Si bien sûr, la garantie de la sécurité du receveur reste une préoccupation majeure, l’acceptation de toutes les orientations sexuelles devraient l’être aussi. Afin de ne pas compromettre la santé des bénéficiaires, des critères seront toutefois précisés. En effet, les autorités sanitaires pourraient préconiser une totale abstinence, une absence de pratiques à risque (changements de partenaires, partenaires multiples) ou encore une période d’abstinence minimale. N’oublions pas qu’un délai de quatre mois est requis aussi pour les personnes hétérosexuelles lorsqu’il y a changement de partenaires.

Le questionnaire modifié, la médecine transformée et les idées changées, voilà de quoi peut se prévaloir ce nouvel amendement. Il ne reste plus qu’à attendre la décision des autorités sanitaires pour que cette initiative soit enfin appliquée.

Le projet de loi santé a par ailleurs suscité de nombreuses réactions puisque plusieurs amendements sont sujets à polémique, notamment la réforme du tiers payant, les méthodes de lutte contre l’anorexie et la suppression du délai de réflexion obligatoire préalable à une IVG.

Retrouvez notre entretien avec l’association AIDES et notre article sur les Solidays, ce festival qui lutte contre le sida.

Amélie Coispel

Journaliste en terre bretonne, je vagabonde entre les pays pour cultiver ma passion de théâtre, de musique et de poivrons (surtout de poivrons). J'essaie tant bien que mal d'éduquer à l'égalité entre les sexes, il paraît qu'on appelle ça le féminisme. J'aime bien les séries télé dans mon canapé et passer des soirées dans les salles obscures. Bref, peut-être ici la seule personne normale.

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