ART

Les merveilles de l’Orient s’invitent à Montréal

Depuis le 31 janvier, le Musée des Beaux-Arts de Montréal expose sur ses murs des œuvres de Jean-Joseph Benjamin-Constant, maître incontestable de l’orientalisme du XIXème siècle. À ses côtés, d’autres grands orientalistes tels que Laurens, Delacroix, Regnault et Gérôme, sans oublier des artistes marocaines qui nous offrent leur regard contemporain sur ces œuvres. Pour cette exposition, le musée organise des soirées à l’orientale, l’occasion de s’offrir un voyage aux couleurs chatoyantes. 

Au sommet des marches du pavillon Hornstein s’offre aux yeux du spectateur la première œuvre de l’artiste vedette de l’exposition. Cette imposante huile sur toile représente, tel que l’indique son nom, une scène à l’intérieur d’un harem au Maroc. Près de ce premier tableau, plusieurs personnes forment déjà une file d’attente devant l’atelier où il est possible de se faire poser un tatouage au henné, une pratique qui existe depuis plus de 5 000 ans, très populaire au temps de l’Égypte Antique. Dans un angle opposé de la pièce, les nombreux visiteurs peuvent déguster du thé marocain, servi avec le sourire. Les lumières sont tamisées, des canapés et des lampes marocaines sont disposés près du stand. Pas de doute, l’Orient s’est bien invité à Montréal !

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Jean-Joseph Benjamin-Constant. La Favorite de l’émir. Vers 1879. Huile sur toile. 142,2 x 221 cm. Washington, National Gallery of Art. Courtesy of the United States Naval Academy Museum

La présence des œuvres de l’artiste d’origine toulousaine à Montréal semble évidente quand on connaît sa grande popularité d’antan en Amérique du Nord. Dans la première salle de l’exposition, une œuvre s’impose et attire l’œil. Il s’agit du Portrait d’Emma Calvé, un portrait en pied de la cantatrice française, qui, pour la petite histoire, aurait été prise comme modèle par Hergé pour la Castafiore dans Tintin. Tout autour, des représentations de l’artiste dans son atelier, ainsi que des portraits de ses fils André et Emmanuel. Des œuvres qui montrent la capacité de Benjamin-Constant à capturer de façon saisissante chaque trait d’un visage à travers la peinture. Également en exposition, une palette de peinture de l’artiste qui côtoie des carreaux de faïences espagnols, des tapis du Moyen-Orient ainsi que plusieurs œuvres signées Eugène Delacroix, source incontestable d’inspiration pour Benjamin-Constant.

La seconde salle d’exposition nous plonge dans une nouvelle facette de l’orientalisme avec des œuvres de plusieurs maîtres de ce courant artistique. À l’image de Jean-André Rixens et de son imposant et sublime tableau La mort de Cléopâtre, qui aura grandement participé à la renommée de l’artiste. Un des sujets de prédilection des peintres de ce mouvement artistique est la vie dans les bazars. Une tendance qui s’illustre par exemple avec Le marchand de babouches, œuvre signée par l’artiste espagnol José Villegas Cordero. Des scènes de vie reproduites en peinture durant le XIXème siècle par des artistes aux origines plurielles, à l’exemple de l’œuvre Salomé dansant devant le roi Hérode, réalisée par l’artiste français Georges-Antoine Rochegrosse.

C’est un véritable voyage entre le Maroc et l’Espagne qui s’opère alors à travers cette exposition. De « la rouge » Alhambra, antichambre de l’Orient en Andalousie, la troisième salle d’exposition, à l’image de son ambiance lumineuse, transporte le visiteur vers « la blanche » Tanger, où l’artiste offre sa vision de l’époque colonialiste. En effet, le « pays du couchant extrême » tel qu’est surnommé le Maroc fut sous protectorat français entre 1912 et 1956. Le spectateur peut alors admirer plusieurs types de scènes reproduites en peinture par Benjamin-Constant, de Tanger à Marrakech en passant par Meknès. Les thèmes diffèrent et se croisent, entre vie quotidienne des femmes de Tanger avec Le soir sur les terrasses et scènes d’entrée triomphante et de cortèges avec Le roi du Maroc allant recevoir officiellement un ambassadeur européen. Des tableaux aux couleurs chaudes, chatoyantes qui appellent à l’imaginaire et transportent les visiteurs dans ces contrées lointaines.

La quatrième salle qui marque le point final de l’exposition invite dans un songe avec une ambiance très sombre et un grand canapé au centre, entouré d’une structure aux motifs orientaux. Se détachent alors les peintures et les photographies sur le thème du harem, qui fût autrefois un important objet de mystères et de fantasmes pour les occidentaux. C’est ici qu’est offert le regard contemporain des trois artistes marocaines Yasmina Bouziane, Lalla Essaydi et Majida Khattari, qui interrogent à travers leurs productions artistiques la place de la femme dans ces œuvres du XIXème siècle. Le médium photographique est utilisé pour récupérer et modifier les représentations occidentales. À l’image de la photographe franco-marocaine Majida Khattari qui remet en scène La mort de Sardanapale de Delacroix avec Tornade. Une photographie aux résonances politiques qui utilise les codes de l’orientalisme en tant que métaphore de la chute des dictateurs durant le Printemps arabe.

L’exposition Merveilles et mirages de l’orientalisme : de l’Espagne au Maroc, Benjamin-Constant en son temps est à découvrir jusqu’au 31 mai 2015 au Musée des Beaux-Arts de Montréal, à ne pas rater !

Auteur·rice

Amoureuse de photographie, curieuse, passionnée par l'infinité du monde de l'art et aussi très intriguée par la complexité du monde politique.

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