SOCIÉTÉ

Edito politique : l’ère est au ternaire

Au bal des départementales, une nouvelle musique électorale s’est faite entendre : le bi-partisme imposé par les institutions de la Ve république disparaît decrescendo pour faire place au rythme ternaire.

Les résultats des dernières élections ne font pas de doute, le Front National harangue de plus en plus de danseurs restés sur les bords de piste, laissés pour compte ou simplement fatigués de s’agiter sur le même couplet en deux temps depuis des années. De moins en moins d’électeurs se reconnaissent dans les paroles que leurs chantent les partis de gouvernement, c’est un fait. Mais réduire le vote FN à un simple vote contestataire, serait un ignoble raccourci. Sinon, pourquoi le Front de Gauche ne réussirait-il pas lui aussi à prospérer ?

Parce que le Front National rejoue un air ancien, un air pour se rassurer, que l’on sifflait à une époque qui laissait moins de place aux doutes sur l’identité, et qui n’invite à chanter que ceux qui en connaissent les paroles, transmises par des générations d’anciens avant eux. Bien sûr, le texte a été retravaillé depuis, pour correspondre à un format plus susceptible de plaire aux jeunes, mais c’est bien de la seconde face d’un même disque qu’il s’agit.

Malheureusement l’extrême gauche, elle, s’époumone sur des refrains entraînants entendus ailleurs, dans une langue trop peu partagée pour faire écho , et peine à obtenir 10 % des voix, incapable de profiter de l’aspiration de ses voisins de Syriza ou Podemos.

Malgré tout, préservés par le mode de scrutin, comme un simple gif de notre démocratie, la carte de France continue année après année de passer du rose au bleu, selon que le parti d’opposition soit le PS ou l’UMP : à chacun de pavaner, ou de déclarer avoir retenu les leçons d’un scrutin sanction. Mais l’axe du balancier entre les deux partis de gouvernement a dévié. Se revendiquant un score de 40 % au second tour, le FN ne remporte aucun département, mais ne nous gargarisons pas. S’il ne ramène aucun partenaire à la maison, il n’en occupe pas moins la piste de danse, avec 62 conseillers départementaux. Pire encore, ne doutons pas qu’ils sachent s’accommoder des frontières idéologiques poreuses de la droite, qui remporte 66 départements, contre seulement 33 pour la gauche.

Pour s’éviter la honte dont on accable trop souvent les gens qui ne savent pas sur quel pied danser, ou par refus de cautionner la musique, un français sur deux ne s’est pas déplacé pour ce second tour d’élections départementales. Nous échouons à construire collectivement notre avenir démocratique, la faute aux DJ’s de la république ? Quelles que soient nos convictions politiques, nous avons tous perdu ce dimanche.

La bonne nouvelle de ce scrutin, et elle n’est pas anecdotique, c’est qu’en se livrant à un quart d’heure indien du plus bel effet, rendu obligatoire par la parité, nos hommes politiques font enfin rentrer les femmes dans la danse, où elles pourront être tout aussi brillantes et ridicules qu’eux.

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Pour toute tentative de corruption merci de demander la grille tarifaire à la direction.

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