SOCIÉTÉ

Édito politique : Agissons !

Pari réussi pour Marine Le Pen. En l’espace de trois ans, le Front National est devenu le sujet central dans le monde politico-médiatique. Nul besoin pour les candidats frontistes de faire campagne pour les élections départementales, tellement leur traitement dans les journaux, à la radio et à la télévision a été important. Des personnalités inconnues ont fait des scores importants dans nombre de cantons, sans distribuer le moindre tract, sans la moindre présence sur les marchés locaux. L’extrême-droite, non contente d’avoir gagné dans les têtes, gagne maintenant sur le terrain.

Comment combattre le Front National ? Voilà la seule question qui inquiète les partis dits de gouvernement. Sur le terrain des valeurs ? Agiter le chiffon rouge du fascisme est désormais une méthode éculée. Confronter les programmes ? Les nombreuses promesses non tenues par les candidats de droite comme de gauche depuis des années ont fini par rendre les idées des uns et des autres totalement illisibles. Attendre les erreurs des élus Front National ? La leçon des mauvaises gestions frontistes dans les années 1990 a été plus ou moins retenue. Le front républicain, le sursaut, autant de notions floues et obsolètes. Non content d’être aux portes du pouvoir pour 2017, le FN l’est localement, profitant des divisions, des querelles politiciennes, et de la perte de foi en la parole publique.

Une classe politique installée, vieillissante et hagarde, voilà le véritable problème aujourd’hui. Le manque de renouvellement et d’idées nouvelles ont raison de l’UMP et du PS. Ce n’est pas en stigmatisant le Front National, comme le préconise le Premier Ministre, ou en disant qu’il ne fallait pas donner la parole à Eric Zemmour comme l’a regretté Laurent Ruquier récemment, que l’on fera reculer l’extrême-droite. Faut-il se résigner en pensant que le FN a gagné dans les têtes, et en marchant sur ses plates-bandes comme le fait Nicolas Sarkozy ? Certainement pas. C’est en allant sur le terrain, en expliquant que l’on défend des valeurs de vivre-ensemble et de progrès, et en disant pourquoi on défend cela, qu’on règle une partie du problème. En essayant de toujours aller vers l’opinion supposée majoritaire pour faire sa politique, en renonçant à défendre une idéologie claire, un modèle de société différent ou non, la parole publique ne trouve pas d’écho. Si François Hollande avait tapé du poing sur la table en Europe comme promis, s’il avait fait sa grande réforme fiscale, comme promis, au lieu de penser à son éventuelle réélection en 2017, la situation politique en France serait tout autre.

Enfin, il faut que chacun s’empare du terrain politique. Citoyens, bénévoles ou responsables associatifs, chacun à son niveau peut et doit défendre son idée de la France. Tolérance, écologie, solidarité, respect de l’autre, liberté, égalité, et surtout fraternité, autant de valeurs à défendre par tous ceux qui se reconnaissent en elles, pour gagner la bataille culturelle. Regagner le terrain, en allant dans les quartiers et les campagnes, rencontrer ces femmes et ces hommes qui par dépit et par dégoût se tournent vers l’obscurantisme. Un élan collectif, sans arrière-plan partisan, voilà où réside notre salut. Jamais nous ne devrons nous résigner. Car nous avons tous un rôle à jouer dans les années qui s’annoncent. Marre des paroles. Maintenant, sans attendre, agissons.

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