ART

Warhol s’affiche

Après avoir exploré les différentes facettes de Roy Lichtenstein au centre Pompidou à l’été 2013, l’hiver 2015 a été sujet à la redécouverte d’une des figures de proue du Pop Art, le fameux Andy Warhol.

En l’espace de deux salles, le Musée des Beaux Arts prend le parti de nous présenter un travail moins connu de l’artiste. Le tout se focalise sur ses créations en tant qu’illustrateur, voire d’un certain point de vue, en tant que publiciste. En effet, au vu de la totalité du parcours, ce que l’on réalise c’est que l’artiste a eu une carrière transversale, entre art et culture industrielle. Un lien que l’on ne manque pas d’établir quand on découvre que l’avènement du Pop Art coïncide avec la pensée de l’école de Francfort.

Nous commençons notre cheminement entre pochettes et affiches réalisées en fonction des périodes de l’artiste. Des musiciens de divers horizons se retrouvent métamorphosés sous les mains de Warhol. Diana Ross, Aretha Franklin, The Beatles ou Michael Jackson sans oublier Debbie Harry qui illustre sa période camouflage. Camouflage de l’affiche dans le vinyle mais aussi dans la tenue de la chanteuse de Blondie.

Puis vient le temps de découvrir les différentes unes que Warhol s’est octroyé. Ses plus fameuses nécessairement offertes à Time Magazine sont présentées sous le format d’une sorte de polyptyque moderne. Warhol semble avoir développé un réel culte à son image. Ce n’est pas “un quart d’heure de gloire” que l’américain a vécu mais des décennies qui ne semblent pas prêtes de se terminer.

Le tout commence sous forme antéchronologique jusqu’à un mur recouvert de ses fameuses Cow maintes fois déclinées. Après les années 1980, nous remontons donc le temps pour retrouver ses Flowers (1964) et certaines affiches de festivals qu’il a effectué.

Au cours de l’exposition nous ne nous cantonnons plus aux sérigraphies connues de l’artiste, nous en observons un autre aspect représentant la quintessence sérielle de son art. Celui-ci est développé à la manière d’une production industrielle puisqu’il est même distribué sur les couvertures et dans les pages de magazines tel le Harper’s Bazaar. Ensuite, un mur entier est dédié aux publicités qu’il a réalisées. Quel lien établir entre l’Art et la publicité ? N’en est-il pas aliéné ? Quel profit pour les produits des marques ? Quel profit pour l’artiste ?

Aujourd’hui encore, Perrier utilise les deux affiches colorées pour décorer les étiquettes de ses bouteilles. La vodka Absolut utilisait les posters de Warhol comme récompenses et outil promotionnel. L’Art devient alors un produit comme un autre au service du marketing. Ici,  il est utilisé pour attirer le consommateur. Devient-on alors de simples consommateurs et non plus des observateurs des œuvres culturelles ?
Par ses collaborations, Warhol rend plus prestigieux le produit auquel il accorde sa signature, il est un acteur non négligeable de leur succès. D’un autre côté cela lui permet une plus grande visibilité, voire une démocratisation de ses dessins les rendant plus accessibles aux yeux de tous. Leur possession semble alors être plus facile. Obtenir un magazine dans lequel Warhol s’est exécuté permet à tout un chacun d’avoir un bout de l’artiste chez lui. Si cela mène à certaines interrogations, ce sont les mêmes que celles que l’on peut se poser aujourd’hui, notamment avec les artistes du monde de la rue.

Absolut - Musée es Beaux Arts de Montréal par Loïc Artino

Absolut – Musée des Beaux Arts de Montréal par Loïc Artino

Dans la salle suivante, Warhol s’arroge en génie de l’illustration. Toujours dans la bonne idée et dans la précision, il n’est pas une couverture qui nous soit inconnue. Du $ de Forbes au lapin de playboy, toute couverture devient iconique sous les mains de l’expert. Celles-ci réussissent même à être représentatives du contenu et servent à accrocher le regard et l’attention du lecteur potentiel.

Alcools, bijoux, parfums, chaussures, montres tout y passe … Warhol exécute sans différenciation du sujet affiches et illustrations … La musique, le cinéma, les campagnes politiques et même l’humanitaire semblent être mis au même rang que les autres biens de consommation. La limite entre culture et consommation se fait de plus en plus poreuse au fil de l’exposition.

Seconde pièce : les années 1950. Son travail d’alors est presque épuré, notamment les couvertures d’Interiors. Celles-ci présentent quelques touches sur des traits hâtifs, presque comme de simples esquisses tels les prémices d’une œuvre encore inachevée. Pour Dance Magazine les dessins sont délicats et précis. Une facette que l’on aurait presque oubliée, tant ses dessins relèvent de l’illustration et sont plus conventionnels.
En 1958, la couverture d’Opera News tranche déjà avec ses exécutions précédentes. Sur fond rose la production révèle toute l’effervescence de la tragédie ou de la comédie par le biais d’allégories. S’ensuit des unes pour des magazines féminins ou une affiche pour l’anniversaire du Brooklyn Bridge. Puis Querelle. En un triptyque les trois affiches en vert, bleu et gris du film de Fassbinder arrêtent. Les couleurs sont plus ou moins vives, le regard est interpellé. Malgré ses liens avec le cinéma et Hollywood, il a peu produit d’œuvres qui lui sont dédiées, mis à part celles servant à sa propre promotion.

Le théâtre, les festivals et l’humanitaire viennent en suivant. L’autre poster fort de l’exposition est sans aucun doute celui réalisé pour l’UNICEF en collaboration avec Jean-Michel Basquiat, découvert par Warhol, Keith Harring, Roy Lichtenstein et Yoko Ono. Rien que ça ! Le tout est cohérent et en harmonie. Délicieux, surtout apposé à côté de l’affiche faite pour le Festival de Jazz de Montreux avec Keith Harring, là aussi.

Finalement, que retient-on de toute cette exposition ? L’éclairage ni trop intense ni trop sombre permettait d’observer les travaux de Warhol. Ceux-ci s’appuyaient d’ailleurs dans de nombreux cas sur des photographies comme on pouvait déjà s’en douter. La multiplicité de l’artiste est une fois encore ressortie. Dans le cadre de la visite, nous avons alors découvert le réel talent d’illustrateur qu’était le sien, capable d’exécuter de quoi faire la promotion de n’importe quel objet culturel, ou non. Cependant, certaines interrogations résident alors : Warhol est-il artiste ? Son art n’a-t-il servi qu’à sublimer des biens de consommation ? Entre The Velvet Underground, les mémorables Marilyn ou les boîte de Campbell’s, il a toujours indirectement assuré la promotion de produits culturels mais aussi de simple biens de consommation. Qu’est-ce qui aurait bien pu arrêter l’américain ? D’où venait son énergie créatrice ? Que cherchait-il dans l’Art ? Avait-il des valeurs, une éthique ?

En attendant, il ne reste plus que quelques jours pour profiter de l’exposition au Musée des Beaux Arts de la ville de Montréal, les affiches disparaîtront des murs le 15 mars prochain.

Auteur·rice

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

You may also like

More in ART