SOCIÉTÉ

Sergio Mattarella, l’anti-berlusconien au pouvoir

PORTRAIT – Le 31 janvier dernier, le quatrième tour de l’élection présidentielle a permis à l’Italie de connaître son douzième président, Sergio Mattarella. Ancien ministre, cet homme discret en Italie est presque inconnu à l’étranger. Cependant, le successeur de Giorgio Napolitano présente un profil neuf au sein d’une classe politique suffisamment discréditée. Entre la perte d’influence de Berlusconi et le coup de maître de Renzi, l’avènement de Mattarella marque une rupture singulière en ce début d’année 2015.

Napolitano n’en pouvait plus. Après avoir été réélu en avril 2013, par défaut, par les grands électeurs de la péninsule, le prédécesseur de Mattarella tirait sa révérence, la faute à sa fatigue et ses 89 ans. Son dernier mandat, il le doit à l’incapacité des parlementaires et autres grands électeurs de s’entendre : l’enjeu de cette nouvelle élection de janvier était donc fort. Il fallait ainsi un nouveau président digne de ce nom. Pour remplacer le très populaire Napolitano, le combat fut difficile et indécis. Tout d’abord, les trois premiers tours ne donnèrent pas de vainqueur du fait que la majorité des deux tiers est nécessaire pour accéder au Quirinal, l’énorme résidence présidentielle. Cependant, le tour suivant était attendu, car une simple majorité de 505 voix permettait de mettre fin au suspens. Ce tour, Matteo Renzi l’attend. En effet, le président du Conseil prépare ce scrutin depuis plusieurs semaines. Redoutant une mésentente comme lors de la réélection de Napolitano, son aura politique lui permet de regrouper suffisamment de voix pour permettre au méconnu Sergio Mattarella, 73 ans, d’accéder au poste le plus prestigieux de l’État.

Un homme touché par la mafia

1200x630_297948_sergio-mattarella-president-italie

Tous droits réservés.

Très longuement applaudit au Parlement après l’annonce de sa large victoire, ce Sicilien de naissance présente depuis le début de son mandat une discrétion sans pareil. Grandissant auprès de sa famille, le jeune homme s’intéressait au droit, se destinant à être professeur. Cependant, un événement tragique touche sa famille, investie en politique. Mattarella n’a pas oublié l’assassinat de son frère Piersanti au début des années 1980. Celui qui était président de la région de Sicile voulait rompre avec la mafia en votant des lois contre ce système, et il le paya de sa vie.

Mattarella se lance ainsi en politique, et devient militant dans la Démocratie Chrétienne sicilienne. Il gravit rapidement les échelons : parlementaire pendant un quart de siècle, il est plusieurs fois ministre. C’est d’ailleurs lors de son mandat de ministère de l’Instruction en 1990 que cet homme de conviction démissionne. Il marque à ce moment son désaccord avec la loi Mammi, permettant selon lui à Berlusconi de garder son emprise sur les télécommunications. L’opposition à celui-ci est constante durant sa vie. Mattarella change ainsi de bord politique et se place à gauche, pour ne pas être trop proche de l’ex-Cavaliere.

L’année 2011 marque un nouveau tournant dans la vie de l’actuel président de la République. Certainement lassé des querelles politiciennes auxquelles il n’a jamais pris part, il dit au revoir à la politique et devient juge à la Cour constitutionnelle. C’est pendant ces quelques années qu’il se porte garant du respect de la Constitution et est présenté comme le défenseur de la République péninsulaire. Veuf depuis 2012, ce père de trois enfants vit à quelques centaines de mètres du Quirinal, dans la discrétion. C’est en ce début d’année 2015 qu’il sort de cette vie bien rangée. N’acceptant aucune interview ni invitation sur les plateaux de télévision, il est choisi par Matteo Renzi comme candidat à l’élection présidentielle.

Le coup parfait de Matteo Renzi

Son élection est finalement un coup politique de Renzi, ayant réussi à répondre aux nombreux défis qui l’attendaient. Le leader du Parti démocrate était attendu au tournant, après la grande victoire de sa famille politique aux dernières européennes (40 % des voix). Le scrutin de ce début d’année permet à Renzi de reformer une majorité large et solide : il ne s’est pas entendu avec Silvio Berlusconi pour présenter un candidat commun. L’actuel président du Conseil a profité de la fragilité de Berlusconi (condamné pour fraude fiscale), qui souhaitait garder une alliance avec lui pour obtenir une grâce et ainsi retrouver un rôle politique. Mis au pied du mur, l’ex-Cavaliere voit ainsi son parti fissuré entre ceux lui reprochant son manque de tactique et ceux rejoignant la majorité. De plus, le jeune Renzi réunit les partisans de son parti, dont une partie lui en voulait de ce rapprochement passé avec Berlusconi.

Le résultat est sans appel en ce 31 janvier : le quatrième tour donne la victoire au candidat de Matteo Renzi, rassemblant autour de son nom 665 voix des 1 009 sénateurs, députés et délégués régionaux. C’est une victoire pour le sulfureux Matteo Renzi, une cuisante défaite pour Beppe Grillo et Silvio Berlusconi. En effet, Beppe Grillo, l’étoile filante du parti Movimento 5 Stelle n’a pas eu d’influence dans ces résultats, tout comme les partisans de Berlusconi, ayant voté blanc. Contrairement à 2013, les grands électeurs se sont entendus, la grande majorité place ainsi l’homme aux cheveux blancs au poste le plus prestigieux de l’État. Pourtant, les pouvoirs du président de la République sont limités, il garde surtout une influence spirituelle et un rôle majeur lors des crises politiques.

Finalement, ce résultat permet à Matteo Renzi de démontrer ses talents de leader d’une vaste majorité parlementaire : il gouverne à partir de maintenant avec la majorité ayant soutenu le candidat Mattarella, sa propre famille politique ainsi que les anciens berlusconiens. Le bouillant président du Conseil va ainsi pourvoir se servir de ce serviteur incorruptible de l’Etat comme une base pour sa politique. Fidèle, Sergio Mattarella occupe cependant un poste plus honorifique qu’autre chose, mais il représente les espoirs de lutte contre la mafia. Déjà que Matteo Renzi domine largement la scène médiatique par une personnalité hors du commun, l’austérité du nouveau chef de l’État ne changera pas la donne. Bien au contraire, puisque ce retrait médiatique va sublimer le président du Conseil. Permettant également à ce dernier de continuer sa politique, Mattarella veut être, plus que jamais, l’antithèse du médiatique Berlusconi dont le souvenir n’est pas forcément agréable.

La tranquillité et la discrétion du Sicilien de 73 ans peuvent devenir un handicap, après le mandat d’un Napolitano très populaire et aérien face aux crises. C’est ainsi que la majorité parlementaire peut être fragile : il reste maintenant au duo à la tête de l’Etat à ne pas faire regretter aux Italiens le départ du prédécesseur de Sergio Mattarella.

Auteur·rice

Jeune étudiant caennais passionné par une musique éclectique (Foals, Muse, Hyphen Hyphen et autres Watsky), intéressé par un cinéma grand public, mais aussi avide de sports en tout genre.

Vous pourriez aussi aimer

More in SOCIÉTÉ