Paris is a moveable feast

Depuis quelques années Paris reprend du galon en matière de soirées et on la considère davantage comme une concurrente potentielle des soirées berlinoises. De nouvelles boîtes branchées ont en effet ouvert, mais elles sont confrontées à la tendance grandissante des squats : quand les fêtards fuient l’atmosphère aseptisée des clubs pour l’excitation d’une aventure illégale.

La capitale a vu naître de nouvelles figures de la nuit ces dernières années telles que le Wanderlust, le Carmen, ou encore le Showcase. Tous sont dans des complexes particuliers : le Carmen est dans une ancienne maison close, le Showcase dans un ancien hangar à bateaux sous le pont Alexandre III, et le Wanderlust se situe dans la cité de la mode, sur les quais. Ces endroits originaux sont rapidement devenus prisés par les fêtards, qui viennent autant pour le lieu que pour la musique. Cependant si chacun de ces clubs sont différents, les mêmes problèmes persistent pour leur clientèle : le budget de cette dernière explose vite entre le prix de l’entrée et/ou des consos, et l’on a souvent l’impression de ne voir qu’une catégorie de personnes y entrer.

C’est là que les squats interviennent. Comme l’explique Aladdin Charni, l’un des principaux acteurs des Free Parties à Paris, il y a vraiment une demande de lieux alternatifs dans la capitale. Les squats sont alors les endroits idéaux réunissant non seulement des concepts artistiques, mais aussi permettant à de jeunes artistes peu aidés d’exposer ou de mixer. Ce qui séduit d’abord les fêtards, ce sont les lieux improbables dans lesquels ces soirées clandestines se déroulent : le Poney Club et le Pipi Caca Poney Club étaient respectivement dans un ancien abattoir du XVème arrondissement, et dans des toilettes publiques abandonnées dans le Xème arrondissement, avant qu’ils ne soient fermés. On découvre des endroits oubliés de la ville blanche qui ont, malgré tout, un certain charme.

Et puis ce qui amuse, comme pour les soirées dans les catacombes, c’est cette inversions des codes des boîtes de nuits : rares sont ceux qui viennent en talons ou costumes, on ne sait pas vraiment où l’on met les pieds donc mieux vaut avoir une tenue dans laquelle on est à l’aise. Bien sûr les prix attractifs aident aussi à attirer un public, et qui plus est un public très large au contraire des clubs. C’est d’ailleurs ce que cherchent les organisateurs de ces évènements, démocratiser la fête, la rendre accessible à tous.
Enfin ce qui charme vraiment les noctambules, c’est le goût d’aventure que ces soirées procurent. En effet, savoir que l’on se met en danger en étant dans l’illégalité, et parfois en passant par des lieux peu sécurisés (si l’on prend le Pipi Caca Poney Club il fallait passer par les égouts pour rejoindre le dancefloor) rend tout de suite la soirée plus excitante et plus piquante.

Cependant ces fêtes sous adrénalines peuvent tourner au cauchemar, en témoigne ce fait divers datant de 2011, où des cataphiles (ndlr : amateur de catacombes) s’étaient perdus dans les galeries souterraines interminables avant d’être retrouvés par les pompiers deux jours plus tard, complètement épuisés. Pour les organisateurs les répercussions peuvent être conséquentes : garde à vue, chefs d’inculpation lourds, comparution devant un tribunal … Les squats sont alors soient repris pour devenir des clubs, comme ce fut le cas pour La Main Jaune, soient ils retournent à l’abandon, et cela dans l’indifférence générale. Les organisateurs peinent à mobiliser les foules pour garder ces lieux ouverts et pour financer de nouveaux évènements : lorsqu’Aladdin Charni a voulu soulever des fonds pour recréer un lieu dans le même esprit que le Poney Club, la collecte n’a pas été aussi fructueuse qu’elle aurait dû être, puisque sur les 15 000 € demandés seulement 1 860 ont été récoltés.
Il semble que, finalement, les fêtards soient tout autant attachés au côté dangereux et illégal de ces lieux qu’à leur éphémérité.

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