Kingsman : services secrets – God save the Queen

Après Jupiter Ascending le mois dernier, nous continuons dans ces films auxquels Hollywood ne nous avait plus habitués. Matthew Vaughn quitte le monde des super-héros après en avoir fait une relecture pop (Kick-Ass) et une lecture tout court très habile (X-men le commencement) pour s’attaquer aux films d’espionnages, avec Kingsman. Une occasion de plus, il en fallait, de constater qu’il réside encore et toujours des résistants au formatage hollywoodien.

Le film débute sur un mouvement aérien au milieu du désert avec une bande sonore rock ‘n’ roll, les morceaux d’un fort explosent pour former les titres du générique. Quelques plans plus tard, la mort de l’un des membres de la compagnie d’espionnage marque la création du drame fondateur. Cette scène d’ouverture fait office de véritable note d’intention : un film rock, débridé, se reposant entièrement sur ses personnages. Le film ne perdra jamais de vue le développement de ses protagonistes incarnés par un Colin Firth à contre-emploi (le rendre crédible en machine à tuer est déjà un exploit en soi), et un Samuel L. Jackson qui a l’air de s’amuser comme s’il était chez Tarantino. Mais surtout, la révélation du film reste le jeune Taron Egerton en parfait marginal qui se révèle à travers son parcours initiatique. D’ailleurs à travers ce parcours, le scénario dégage une habile réflexion sur le besoin de prendre en compte l’héritage du passé, à travers les coutumes que se transmettent les Kingsman, mais aussi la nécessité de ne pas renier sa différence présente.

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© 20th Century Fox

 

Ce film s’oppose radicalement aux James Bond version Daniel Craig ( Skyfall en tête) et sa lecture très premier degré, très sérieuse (traduire par “plus mature”) des films d’espionnages. Ici rien de tout cela, bien au contraire, Vaughn lorgne plutôt sur les James Bond des années 60-70 avec ses méchants mégalomanes extravertis et leur second degré perpétuel. En ces temps de “Nolanisation” à l’extrême de n’importe quel blockbuster monochrome, il serait dommage de bouder notre plaisir devant un tel feu d’artifice de couleurs et d’irrévérence. Kingsman s’inscrit dans la lignée d’un certain mouvement punk, contestataire de l’ordre établi dans la société et qui invite à faire éclater joyeusement tout ce beau monde. L’anarchisme assumé du film culmine dans un plan séquence de carnage dans une église ( !) qui met subtilement en contradiction la morale du spectateur mais aussi son désir d’assouvir ses pulsions meurtrières, bien humaines. Vaughn s’autorise tout (le grand méchant n’est-il pas un ersatz de Bill Gates ou Steve Jobs ?), et livre avec générosité un grand défouloir où la population s’entre-tue aux quatre coins du monde. D’ailleurs comment ne pas évoquer le sort explosif réservé à l’élite de la planète, du Conseil de sécurité à la Maison blanche, à la fois extrêmement osé dans une telle production et extrêmement galvanisant. Matthew Vaughn compense son budget restreint (certains effets spéciaux s’en ressentent) avec une mise en scène toujours plus inventive et dynamique des  scènes de combats. Il en profite même pour reprendre des idées antérieures, comme la vue à la première personne de Kick-Ass, pour les emmener encore plus loin.
Sans doute l’un des spectacles les plus fun (terme souvent employé, mais rarement à juste raison), et surtout politiquement incorrect, gore, subversif (depuis quand avait-on vu un héro de teen-movie  autant sexualisé ?) et mal élevé que vous verrez cette année. En comparaison, le prochain James Bond nommé Spectre, toujours réalisé par Sam Mendes, risque de paraître bien fade.

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