Inherent Vice

D’après le roman de Thomas Pynchon, publié en 2009. 1970, Los Angeles, citée des anges coincée entre deux âges. Le rêve psychédélique hippie et son réveil accompagné de désillusions. Larry Sportello, Inspecteur privé, reçoit la visite de son ex-petite amie, Shasta, prise dans un complot contre son amant, un célèbre promoteur immobilier, Mickey Wolfmann.

Larry, surnommé Doc par tous, traité de hippie par les bouches méprisantes, mène son enquête. Celle-ci se révèle être d’une complexité accablante de rencontres en rencontres. Il erre dans une jungle de personnages et de lieux, souvent sous l’emprise d’une drogue douce bien connue. Nous nous laissons porter passivement par les tournants de son investigation et les indications d’une voix off maternisante. Le rythme du récit ne connait pas vraiment de pic. Il est plutôt soumis à la logique hypnotisante d’un langoureux solo de rock psychédélique. Son évolution est progressive, diffuse, mais segmentée en parties distinctes qui s’enchaînent harmonieusement. Ce ton provoque un détachement qui nous rapproche de celui du personnage principal. Ce n’est pas une aventure qui prend aux tripes. C’est plus un égarement, un navire qui avance dans le brouillard, image d’ailleurs présente dans le film.

Cet univers parcouru est peuplé par des personnages pantins. Des figurines charmantes, guidées par leurs vices : argent, luxure, drogue, autorité… Dans ce monde, il est naturel d’offrir de la cocaïne à son prochain,  de se faire passer pour mort ou d’assumer un désir sexuel comme une faim. Le vice a remplacé les émotions. Comme nous le fait remarquer cette voix off, “Love” est un mot usé, vidé de son sens par les idéologies de l’époque. Nous débarquons au moment où les envies de paix et d’amour (peace & love) se sont épuisées et s’endorment dans leur propre transe psychédélique. Les premiers réveillés se prélassent dans cette désillusion décadente tandis que d’autres dorment encore. Face à eux, dans une autre forme d’inertie, l’autorité et la morale conservatrice. Les deux groupes cohabitent dans ce brouillard, incapables de communiquer sans mépris.

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Paul Thomas Anderson nous livre un jeu de pistes sans frissons. Une quête sans grandes motivations. Un paysage où le fantasme côtoie le dégout et habité par un superbe casting d’acteurs et d’actrices. “Inherent Vice” est une expression pour désigner un objet défectueux. Est-ce que le titre désigne la fatalité de cette utopie ? Cette contemplation de la lente auto-dégradation de la société n’est pas un sujet historique mais intemporel. L’histoire ici se déroule en 1970 mais d’autres films ont proposé un tel regard critique abordant différentes époques avec les thématiques qui vont avec. Quelque soit le contexte, le sujet est là et nous tend un miroir sur nos vices et nos utopies passées.

Ce film est une longue marche solitaire à travers une mosaïque de poupées désenchantées. La passivité qu’il déclenche n’est en rien un défaut, même si elle risque d’ennuyer quelques uns. Elle est nécessaire pourtant pour apporter cette contemplation.

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