MUSIQUE

“Sur scène le soir, je suis plus Claude François qu’Iggy Pop”, rencontre avec Didier Wampas

Quand je rentre dans la grande salle de la scène de musiques actuelles nîmoise, Paloma, en cette fin d’après-midi de janvier, les balances sont sur le point de commencer. Tous les Wampas sont là, et, à ma grande surprise, je n’arrive même pas à être mal à l’aise face à ces légendes du rock français. Plus de trois décennies de carrière, de lives déjantés, de chansons cultes comme Manu Chao ou Chirac en Prison, de centaines de festoches, de foules en délires assoiffées de riffs qu’on reconnaît du premier coup, voilà qui devrait donner le vertige au petit amateur de rock que je suis. Pourtant, quand Didier Wampas me tend sa main, tout sourire, lançant de sa voix légendaire un sincère « Salut, ça va ? », je comprends alors que les rumeurs sur la simplicité et la disponibilité du chanteur ne sont pas infondées.

Voilà qui me rassure un peu, tout comme le T-Shirt du PC – le parti de la crêpe – que porte fièrement Didier Wampas. Assis sur un chariot, en backstage, tandis que commencent en bruit de fond les balances, le punk quinquagénaire le plus cool du monde répond à mes questions.

Les Wampas font la gueule

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Après deux albums solo, tu repars en tournée avec les Wampas pour l’album Les Wampas font la gueule. Pendant la promo, tout le monde va te poser la question « Pourquoi Les Wampas font la gueule ?  », alors je préfère commencer l’interview avec «  Qu’est-ce qui pourrait redonner le sourire aux Wampas  » ?

On a le sourire, bien-sûr, malheureux ! Y a trop de raisons pour faire la gueule, surtout en ce moment, y en a plein, mais faut pas ! Sur les pochettes d’albums de rock, soit-disant, il faut faire la gueule. Comme on la faisait par hasard sur la photo, on a mis ça comme titre ! D’ailleurs, avec cet album, en fait, on se moque des gens qui font la gueule.

Dans ton dernier album solo, tu es accompagné par le groupe Bikini Machine. Qu’est-ce qui t’a amené à bosser avec ce groupe ? Comment s’est porté ton choix sur eux ?

C’est parce qu’on a le même éclairagiste. Le premier album solo, je l’avais fait avec des Américains, et c’était pas pratique pour tourner. Alors, il m’a dit « Tiens, pourquoi tu ferais pas ça avec les Bikini ? ». J’ai été à Rennes, où on a répété, et ça a collé tout de suite !

Après deux albums solo, tu rejoues avec les Wampas. Est-ce que c’est différent ?

C’est obligatoirement différent. Les Wampas, on a jamais vraiment arrêté, on était juste en pause, on faisait parfois quelques concerts. Jouer avec les Bikini pendant trois ans, ça change, ils font de la musique différemment.

Tu reprends Comme d’Habitude en concert, et dans Mars 1978, du dernier album, tu chantes que la variété française est morte avec Claude François. Cloclo est-il une source d’inspiration pour un punk français ?

D’inspiration, je sais pas, mais c’est vrai que quand je monte sur scène le soir, je suis plus Claude François qu’Iggy Pop. D’ailleurs j’ai plus grandi avec Claude François !

Et musicalement, tu l’aimes bien ?

Musicalement, oui, il reprenait des trucs de Motown. J’ai grandi avec, et je ne renie pas ce que j’ai aimé petit. Même si j’écoute pas Claude François tous les jours, évidemment. Je ne renie pas les années soixante-dix. A quinze ans, j’ai découvert le punk, j’ai arrêté d’écouter de la variet’ mais très vite je me suis rendu compte que, que ce soit Mike Brant ou Claude François, c’étaient mes premières émotions musicales. Donc je renie pas !

Dans ton dernier album solo, tu dédies une chanson au compositeur Olivier Messiaen. Est-ce que c’est important la musique classique ?

Oui, oui, énormément ! J’en écoute beaucoup, et heureusement d’ailleurs ! Parce que si j’écoutais que du rock, je serais un peu frustré. Tu peux pas tout avoir, dans le rock, tu peux pas faire passer les mêmes émotions que dans une Symphonie de Beethov’. C’est pas pour autant que le rock est inférieur, mais c’est différent. Il y a une vraie forme d’expression différente, et je suis content d’écouter plein de musique classique. Ce qui fait que quand je joue du rock, je me pose pas de questions. C’est plus facile de prendre ta guitare quand t’as écouté de la musique classique, car tu sais que, de toute façon, ce que tu feras, à côté de tout ce qui a été fait en musique classique, tu n’arriveras jamais à le faire ! Ça libère pour faire du rock, je trouve.

Justement, comment ça se passe l’écriture d’une chanson ? Est-ce que ça se fait vite ou pas ?

Je prends une guitare et la chanson doit être faite dans le temps de sa durée, trois minutes. Faut pas réfléchir !

D’ailleurs, tu privilégies souvent les formes courtes.

J’ai pas envie de reprendre, de retoucher mes chansons. C’est toujours moins bien car de toute façon, c’est toujours le premier jet qui est le mieux. Et puis, c’est plus vrai, j’ai l’impression de mentir aux gens si je retouche, si je refais. C’est comme ça, et les paroles, c’est pareil : une fois que j’ai tous les mots sur une chanson, je les laisse et c’est fini !

Dans le film Le Grand Soir, tu apparais dans un concert live avec Benoît Poelvoorde qui joue un punk. Un souvenir de cette soirée ?

Ah bah oui ! Poelvoorde était complètement bourré, et c’était quelque chose ! Entre chaque prise, fallait le porter dans sa loge, tellement il était bourré, mais vraiment le porter, quoi ! Deux mecs le ramenaient de sa loge tellement il tenait plus debout. Bien rock’n roll ! Ca se voit dans le film ! Il fait pas semblant ! Il fait rarement semblant je crois, d’ailleurs.

La dernière chanson de l’album s’appelle C’est pas moi qui suis trop vieux, votre musique c’est vraiment de la merde ! Que répondre à mon petit frère de quatorze ans qui écoute Maître Gims et Black M et qui dit que ce que j’écoute c’est de la merde ?

C’est un peu normal ! Il grandira !

Lorsque j’ai interviewé les Fatals Picards, ils m’ont dit que c’était toujours un plaisir de travailler avec toi et, je cite, «  Ta douce et mélodieuse voix  ». Qu’est-ce que tu aimerais leur répondre ?

Moi j’aime bien les Picards, ils sont bien et, moi aussi, j’aime bien travailler avec eux.

Yann Lindingre de Fluide Glacial avait réalisé le clip BD de ta chanson Punk Ouvrier. Est-ce que tu serais prêt à recommencer ?

Pourquoi pas ? Nous, on est ouverts à tout !

On a l’impression que le rock et la BD, ce sont deux mondes parallèles qui bossent souvent ensemble. Margerin, par exemple, dessine Lucien et son groupe de rock.

Moi je suis pas très BD. J’ai vraiment arrêté la BD quand j’ai appris à lire, avec Tintin et Pif le Chien ! Je crois que, ce clip, c’était une idée de la maison de disque. Des fois, ça arrive qu’elles aient des idées !

Malgré le succès des Wampas, tu as choisi de continuer à bosser à la RATP, pour garder ton indépendance artistique. Après avoir été un punk ouvrier, tu es maintenant punk retraité. Est-ce que ça change quelque chose ?

Pas grand-chose, non. J’ai plus de temps pour faire de la musique : tant mieux ! Je fais un autre groupe avec mes enfants, Sugar and Tiger. Aujourd’hui, j’ai trois groupes et j’ai le temps de faire plein de trucs, donc c’est bien.

Tu ne comptes pas te mettre à l’aquarelle ?

Ah, non, non ! Pas d’aquarelles ! Je suis pas prêt encore, ni de livres d’ailleurs !

On n’aura donc pas Les Mémoires de Didier ?

Je dis toujours « Quand je serai mort on écrira ce qu’on veut  ». Pour l’instant j’ai pas envie de rentrer dans l’histoire, qu’on écrive ma vie, mes mémoires, ça m’intéresse pas ! »

Didier Wampas en 2013 aux Rcoktambules de Rousson

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Tandis que je remercie Didier Wampas pour ses réponses à mes questions, je me dis qu’en fait, qu’il le veuille ou non, dans l’histoire du rock, il y est déjà.
Le soir venu, cette phrase se vérifie, tant Didier Wampas, à la fois fidèle à ses habitudes et à sa renommée, se donne à fond. Les Maroon Five auraient dû chanter « Moove like Didier », au lieu de « Moove like Jagger ». Sur scène, c’est bien l’homme que j’ai interviewé quelques heures plus tôt, et pourtant, on a l’impression qu’il s’agit d’un homme différent. Docteur Didier and Mister Wampas, peut-être ? Car le Didier calme et posé dans ses réponses saute d’un bout à l’autre de la scène ou sur lui-même, en chantant dans son micro qu’il envoie valser dans les airs, joue en équilibre de la guitare, soulevé par son public, se jette dans la foule et se laisse porter jusqu’à un mur qu’il escalade pour rejoindre le public resté au balcon. Du grand show, comme on l’aime et comme on n’en fait plus trop : un rock authentique, à la fois adolescent et d’une maturité pleine d’énergie, qui donne du baume au cœur. Au fil du concert, la voix de Didier Wampas, sans doute l’une des plus belles de tout le rock français, atteint les sommets de sa réputation : capable des pires dérives aux aigus infinis et modulable à volonté, elle chancelle parfois, mais ne tombe jamais lorsque notre homme, porté par la foule, joue avec la gravité.

Merci à Marilou, pour m’avoir conduit jusqu’à Didier Wampas dans le dédale de la Paloma !

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