La fille n’a pas de nom. Elle erre dans les rues de Bad City, à la nuit tombée. Des rencontres arrivent, bonnes et mauvaises. A girl walks home alone at night, nous dit le titre du film. C’est (presque) tout à fait ça.
Avec ce premier long-métrage, la réalisatrice d’origine iranienne Ana Lily Amirpour accomplit la gageure de renouveler le film de genre -film d’épouvante, kitsch et ketchup- en Californie, avec des acteurs iraniens. Cet OVNI cinématographique, qui oscille entre farce et film d’auteur, aurait pu être un fiasco ; la réalisatrice, touche-à-tout, y met tout un tas d’ingrédients hétérogènes, sorte de cocktail Molotov visuel et sonore qui explose à la tête du spectateur. Contre toute attente, ça marche !
Les premières images du film placent l’intrigue dans une Amérique fictive, il y a cinquante ans de cela, où les jeunes hommes tondent encore les gazons des riches sous un soleil de plomb, le samedi après-midi. L’enjeu ? Une superbe voiture à la James Dean, d’ailleurs assortie au héros : coupe en brosse, jean taille haute, T-shirt blanc moulant, la blondeur en moins. C’est Arash.
Orphelin de mère, c’est lui qui tient la maison et prend soin de ses deux occupants : son père, malade, et le chat qu’il a volé dans une basse-cour. Acculé par les dettes, Arash se voit contraint de céder son bolide au dealer et usurier Saeed, prototype même du méchant. Le quotidien terne du jeune homme bascule lors d’une soirée costumée où il se déguise en Dracula.
L’héroïne féminine (Sheila Vand) nous est présentée dansant comme une murène, en marinière et petite coupe carrée. Sous ce visage angélique se cache une vampire (vraie, pour le coup). En vengeresse des femmes, et plus particulièrement d’Atti, prostituée bafouée, elle sévit dans les rues obscures de Bad City à la recherche de sang frais (chaud, plutôt ?) et de mauvais garçons. Sa rencontre avec Arash change la donne.
Avec sa bande originale imprégnée de rock’n’roll seventies, le film séduit avant même que ne se déroule l’intrigue. Convaincant du point de vue esthétique, A girl walks home alone at night reste toutefois du côté de la série Z, avec son noir et blanc emphatique et ses mises au point artisanales. Mais ne vous y trompez pas, l’œuvre recèle un trésor de références, toutes plus ou moins bien cachées.
L’affiche du film, si l’on commence par le début, évoque l’esprit malsain qui hante Le voyage de Chihiro ; on retourne dans le passé avec les Grease, Dirty Dancing et autres blockbusters américains, grâce au décor vintage que propose Amirpour. L’omniprésence de plans macroscopiques et l’atmosphère sont très “lynchéens”, et le tout rappelle le Stranger than Paradize de Jarmush (bien plus qu’Only lovers left alive, dernier film de l’auteur).
Loin de perdre le spectateur novice ou d’acculer le cinéphile, ces clins d’œil dynamisent des séquences qui, il est vrai, nous poussent parfois à la limite de l’ennui. Car le film n’est pas sans faiblesses : le dilemme final d’Arash, tiraillé entre amour et honneur, est peu approfondi. On aurait également pu attendre plus d’éléments concernant le chat, sorte d’incarnation de la mère morte d’Arash. Mais qui a dit qu’un premier film devait être parfait ?







