SOCIÉTÉ

Vers l’universalité du service civique ?

Le 5 décembre, c’est la journée internationale du volontariat. En novembre dernier, François Hollande a annoncé vouloir réformer le service civique pour le rendre obligatoire. Une réforme qui ne met pas tout le monde d’accord.

Le service civique, c’est quoi ?

Le service civique est un dispositif permettant l’engagement citoyen. Il a été créé en 2010 et concerne aujourd’hui 35 000 personnes. Sur la base du volontariat, cet engagement se réalise dans des collectivités publiques ou des associations, qui ont été au préalable agréées par l’Etat. Il se décline sous deux formes :

  • L’engagement de service civique, qui concerne les jeunes de 16 à 25 ans. Sa durée est comprise entre 6 et 12 mois et il est indemnisé par l’Etat entre 467 et 570 euros par mois pour 24 à 48 heures hebdomadaires. L’organisme d’accueil indemnise à son tour, à hauteur de 106 euros par mois.
  • Le volontariat de service civique, ouvert aux personnes âgées de 26 ans, et sans limite d’âge. Sa durée peut atteindre deux ans. Son indemnisation est financée par son organisme d’accueil, et prend en compte le temps consacré à la mission. Elle peut ainsi varier entre 115,46 € et 773,18 €, auxquels s’ajoutent les 106 euros.

Quelle réforme et pourquoi ?

François Hollande souhaite rendre le service civique universel. Ainsi, il serait plus court, d’une durée de deux ou trois mois,  et non-rémunéré et tendrait à devenir obligatoire.

Cette réforme, c’est la conséquence d’un bilan insatisfaisant. L’objectif de 100 000 contrats par an pour 2017 semble bien compromis.  Pour y remédier, l’Assemblée Nationale a voté en novembre une rallonge budgétaire, permettant alors à 45 000 jeunes d’accéder au service civique pour 2015. Le coût total de l’Etat s’élève alors à 150 000 euros ; une contrainte budgétaire liée à la demande : pour François Chérèque, président de l’Agence du service civique, le dispositif est « victime de son succès » avec cinq demandes pour un engagement. S’ajoute à cela la crainte que ce dispositif prenne la place d’emplois salariés (le service civique ne donne pas lieu à un contrat de travail, ndlr). En effet, le service civique apparaît comme la solution pour beaucoup de jeunes diplômés sans emploi.

Cependant, cette réforme est bien loin de favoriser les jeunes. D’abord, parce que cette réforme veut faire du service civique, du bénévolat. Cette autre forme de participation doit être encouragée, certes, mais n’est pour autant pas laissée de côté par les jeunes : ils sont déjà 3,3 millions à s’engager bénévolement dans des associations, syndicats ou partis politiques. Les jeunes ne sont pas moins engagés que leurs aînés, au contraire, ils sont aujourd’hui le levier de l’engagement bénévole. Ne faisons pas d’amalgame entre le service civique et le bénévolat. Le service civique se prévaut d’un cadre bien spécifique, qui lui confère tout son succès : la base du volontariat, les indemnités (tout le monde ne peut pas se permettre d’être bénévole pour 2 ou 3 mois), l’accompagnement et la durée significative des missions. C’est toutes ces conditions qui font du service civique une expérience enrichissante et une étape de vie structurante dans le parcours des jeunes. Son accessibilité permet notamment aux personnes les plus éloignés de l’engagement de prendre parti pour le volontariat. L’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) explique : « Un service civique réduit à deux ou trois mois ne permettrait pas de créer pour les jeunes une expérience de qualité dans les associations. Un engagement sans indemnité relève du bénévolat. Si le bénévolat gagnerait à être mieux reconnu, il ne doit pas être intégré dans un service rendu à la nation ».

Le service civique est né et se définit sur la base du volontariat. L’universaliser et le rendre obligatoire contredit la forme-même du dispositif. L’engagement aujourd’hui est une valeur très importante, et qui n’a lieu d’être que si elle est voulue. Ne nous méprenons pas sur ces définitions et laissons l’engagement vivre de ce qu’il est vraiment : une expérience enrichissante mais avant tout délibérée.

Auteur·rice

Journaliste en terre bretonne, je vagabonde entre les pays pour cultiver ma passion de théâtre, de musique et de poivrons (surtout de poivrons). J'essaie tant bien que mal d'éduquer à l'égalité entre les sexes, il paraît qu'on appelle ça le féminisme. J'aime bien les séries télé dans mon canapé et passer des soirées dans les salles obscures. Bref, peut-être ici la seule personne normale.

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