SOCIÉTÉ

The interview : la question qui dérange ?

Qualifiée de pire cyberattaque de l’histoire menée contre une entreprise américaine, le piratage de Sony Pictures le 24 novembre a ravivé de vieilles douleurs entre les USA et la Corée du Nord. Un scénario hollywoodien au moins aussi ubuesque que celui du film The Interview, cible des attaques.

“Rire de tout, mais pas avec n’importe qui”

Le film The Interview avait tout pour être un succès de la filiale américaine de Sony. A l’affiche, le duo comique Seth Rogen-James Franco et un synopsis réduit au minimum syndical qui se résume aux bouffonneries de deux journalistes recrutés par la CIA pour assassiner le dirigeant nord-coréen. La bande annonce a bien évidemment suscité la colère de Pyongyang et de Kim Jong-un en personne, pas particulièrement connu pour son amour du 7e art, allant jusqu’à y voir “un acte de guerre” tout en promettant des représailles.

Evidemment le 24 novembre, lorsque Sony Pictures est la victime d’une cyberattaque, une centaine de téraoctets volée, et sa base de données détruite, les regards se tournent tout naturellement vers la Corée du Nord. Les revendications des hackers sont claires et aimablement détaillées dans un e-mail dont voici un extrait  : « Rappelez-vous le 11 septembre 2001. Bientôt le monde verra quel mauvais film Sony a fait. Le monde sera plein de craintes. »

Avant même les conclusions du FBI, l’agence de presse Reuters n’hésite pas, dès le 5 décembre, à désigner le Bureau 121, une unité de hackers nord coréens comme étant à l’origine de l’attaque menée sur Sony. Quinze jours plus tard, le gouvernement affirmera avoir « maintenant suffisamment d’informations pour conclure que le gouvernement de Corée du Nord est responsable » du piratage informatique de Sony Pictures, en la présence d’adresse IP coréennes dans leurs recherches. Une théorie intéressante qui passe difficilement l’épreuve de la réalité.

Dictature 1.0

En effet, en Corée du Nord où le pays est coupé du monde, la poignée d’habitants suffisamment riches pour se procurer Internet surfe approximativement avec le débit que nous avions en 1996. Soit une bande passante loin d’être suffisante pour s’attaquer et détruire des bases de données importantes, sécurisés qui plus est, et encore moins sur le sol américain. Pire encore, la connectivité internationale du pays est assurée par un satellite chinois ainsi que par Sprint, une entreprise américaine ! Les américains fournissant les moyens pour leur auto-flagellation ? Peu crédible.

Quel retour de bâton ?

Lors d’une conférence de presse  à la mi-décembre, Barack Obama s’est impliqué dans cette affaire affirmant que les Etats-Unis « allaient répondre proportionnellement au moment et de la façon que nous choisirons ». En choisissant une nouvelle fois les grandes déclarations aux actes, comme face à Bachar al Assad ou encore à Poutine en Crimée, le président américain suscite nombre d’interrogations. Lancer une guerre pour défendre le dernier navet des studios Sony Pictures ? Lancer une cyberattaque contre un pays quasiment pas lié à Internet ? Comme le fait remarquer Slate, des sanctions économiques n’auraient également aucun sens car « le système bancaire nord-coréen n’a à peu près aucun lien avec le reste du monde et la clandestinité des quelques opérations commerciales et financières menées à l’étranger est totale. »
Du côté de chez Sony en revanche, la filiale du groupe est revenue sur sa décision de ne pas sortir le film suite au refus des grandes chaînes de cinéma américaines. L’interview qui tue en français est désormais disponible dans quelques 200 salles indépendantes aux Etats-Unis ou sur Google Play, YouTube Movies, Microsoft Xbox Video et sur un site spécialement dédié, a précisé Sony Pictures. Jurant la main sur le cœur de défendre la liberté d’expression vaille que vaille, le directeur général du studio, Michael Lynton a déclaré : “Nous avons choisi de commencer par la distribution numérique afin d’atteindre le plus grand nombre de spectateurs le jour de la sortie et nous continuons à chercher d’autres partenaires et d’autres plateformes pour le diffuser plus largement.” Et tout est bien qui finit bien.

Recherche coupables désespérément

De nombreuses pistes sont évoquées sur l’identité des hackers et notamment l’implication d’une ex-salariée de la filiale récemment évincée. Fait intéressant l’institut de sondage Worldwide Independent Network et Gallup vient de publier une étude. Pour 2014, 66.806 personnes issues de 65 pays différents ont été interrogées sur question : “Quel est selon vous le pays qui représente la plus grande menace pour la paix ?” 24 % de la population mondiale considère les Etats-Unis comme la plus grande menace pour la paix, dont 13 % d’Américains eux-mêmes. L’interview qui tue ?

Pour toute tentative de corruption merci de demander la grille tarifaire à la direction.

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